Des enchères en faveur de l’industrie pétrolière aux États-Unis

Plusieurs plateformes de forage sont déjà en activité dans le golfe du Mexique, qui a été le théâtre en 2010 de la pire marée noire de l’histoire américaine.
OMAR TORRES Agence France-Presse Plusieurs plateformes de forage sont déjà en activité dans le golfe du Mexique, qui a été le théâtre en 2010 de la pire marée noire de l’histoire américaine.

Au lendemain de la fin de la 26e conférence climatique des Nations unies (COP26), le gouvernement américain mettra mercredi aux enchères de nouveaux permis d’exploration pétrolière et gazière dans le golfe du Mexique. Cette vente pourrait déboucher sur l’exploitation de centaines de millions de barils de pétrole au cours des prochaines années.

Joe Biden avait promis en campagne électorale de mettre un terme aux ventes de permis d’exploration sur les territoires de compétence fédérale, avant d’imposer un moratoire au début de 2021, le temps qu’une évaluation environnementale soit menée.

Cette décision a toutefois été contestée devant les tribunaux par 13 États qui estiment que Washington a ainsi outrepassé ses pouvoirs. En juin, un juge fédéral de Louisiane nommé par l’ancien président Donald Trump leur a donné raison. C’est ce qui a ouvert la voie à la mise aux enchères de nouveaux permis dans cette région, qui compte déjà beaucoup de ces permis.

Cette vente, prévue mercredi, prévoit que les entreprises pétrolières et gazières pourront miser sur de nouveaux permis totalisant plus de 320 000 km2 de territoire dans le golfe du Mexique. Selon des évaluations préliminaires, les projets qui découleraient de cette mise aux enchères pourraient mener à l’exploitation de plus de 1,1 milliard de barils de pétrole et de 4200 milliards de pieds cubes de gaz naturel, et ce, au cours des 50 prochaines années.

Le golfe du Mexique a été le théâtre en 2010 de la pire marée noire de l’histoire des États-Unis, lors de l’explosion de la plateforme de forage exploratoire Deepwater Horizon, de la pétrolière BP. L’accident provoqua le déversement de plus de cinq millions de barils de pétrole brut en cinq mois. Cette marée noire a eu des impacts sur l’écosystème du golfe, mais aussi sur les côtes de plusieurs États et sur l’industrie de la pêche.

Pétrole et crise climatique

 

Même si l’administration Biden a porté en appel la décision des tribunaux qui a permis cette nouvelle vente de permis d’exploration, les organisations environnementales ont dénoncé cette porte ouverte à une augmentation de l’exploitation des énergies fossiles, à l’heure où la crise climatique est plus sévère que jamais.

« Cette vente est profondément décevante. L’administration Biden s’est pliée à l’industrie pétrolière en s’appuyant sur sa campagne de désinformation et de pression politique, ignorant l’urgence climatique croissante à laquelle nous sommes confrontés », déplore l’organisation Earthjustice, qui conteste la décision devant les tribunaux.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, il faut abandonner dès maintenant tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation d’énergies fossiles pour espérer limiter le réchauffement climatique à un seuil sécuritaire.

Or, la production d’énergies fossiles prévue pour les prochaines années est beaucoup trop importante pour espérer limiter le réchauffement climatique à un seuil viable, concluait en octobre une analyse rédigée notamment par des experts de l’ONU.

Plus précisément, les grands pays producteurs prévoient d’exploiter en 2030 environ 110 % plus d’énergies fossiles que ce qui serait cohérent avec l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit celui de limiter le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Cette même production sera 45 % plus élevée que ce qui permettrait de ne pas dépasser un réchauffement planétaire de 2 °C.

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