Appel à faire plus et plus vite pour le climat à la COP26

Mercredi, des jeunes ont pris part à une manifestation de Fridays for Future à Glasgow. Les yeux dessinés sur leurs mains montrent qu'ils surveillent les actions des États contre le réchauffement climatique.
Photo: Alberto Pezzali Associated Press Mercredi, des jeunes ont pris part à une manifestation de Fridays for Future à Glasgow. Les yeux dessinés sur leurs mains montrent qu'ils surveillent les actions des États contre le réchauffement climatique.

Plus vite et plus fort : la version préliminaire de la déclaration finale de la COP26 appelle les pays à renforcer leurs ambitions climatiques face à un réchauffement qui s’annonce catastrophique.

Après 10 jours de discussions à haut niveau et dans des groupes techniques à Glasgow, la présidence britannique de la conférence climat a publié mercredi ce premier projet de texte qui a attiré des réactions mitigées, notamment des pays pauvres.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson, doit revenir à Glasgow mercredi pour faire le point sur l’avancée des négociations.

Le texte, qui sera amendé d’ici la fin de la COP, prévue vendredi mais qui peut être retardée, appelle les pays à « réviser et renforcer » dès 2022 les contributions nationales (NDC) qui fixent leurs engagements à court terme.

L’accord de Paris de 2015 fixe la révision de ces NDC tous les cinq ans, mais de nombreux pays demandaient qu’ils soient révisés plus fréquemment, certains même annuellement.

Il s’agit, selon le texte, de rendre ces engagements « compatibles avec les objectifs de réchauffement de l’accord de Paris », c’est-à-dire « bien en deçà » de +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, si possible sous +1,5 °C.

Car les dernières estimations données mardi par l’ONU sont alarmantes : malgré les nouveaux engagements à échéance 2030 pris par certains États, juste avant ou au début de la COP, le monde est toujours sur la trajectoire d’un réchauffement « catastrophique » de +2,7 °C d’ici la fin du siècle.

Garder l’objectif +1,5 °C en vie

La présidence britannique de la COP26 avait fait de l’objectif de « garder en vie +1,5 °C » un des marqueurs principaux du succès de la conférence.

Le texte souligne notamment que « les impacts du changement climatique seront bien moindres avec un réchauffement de +1,5 °C, comparé à + 2 °C ».

Il appelle donc à des « réductions rapides, fortes et soutenues des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont des réductions d’émissions de CO2 de 45 % en 2030 par rapport au niveau de 2010 et à la neutralité carbone vers le milieu du siècle ».

Il encourage également les pays à « accélérer la sortie du charbon et des financements pour les énergies fossiles », responsables de la plupart des émissions.

Une telle mention explicite des énergies fossiles est inédite, et ne figure notamment pas dans l’accord de Paris. Mais elle promet d’être âprement disputée jusqu’à la conclusion du texte final.

Sur un autre dossier brûlant, le texte « relève avec regret » l’échec des pays développés à tenir leur promesse de mobiliser à partir de 2020 quelque 100 milliards d’aide financière climatique annuelle aux pays pauvres, souvent les moins pollueurs, mais les plus exposés aux ravages du changement climatique.

Il n’avance cependant pas de solution claire pour remplir cet objectif, que les pays riches assurent désormais pouvoir tenir à partir de 2023, selon un nouveau « plan de livraison ».

Mais la version préliminaire de la déclaration finale appelle les donateurs à doubler les fonds accordés aux mesures « d’adaptation » aux effets du changement climatique, qui ne représentent actuellement qu’un quart environ de cette aide, contre 75 % consacrés à la réduction d’émissions. Les pays pauvres revendiquent au minimum la parité entre les deux volets.

Peu pour les pays pauvres

 

Concernant l’autre question très controversée des « pertes et dommages » déjà subis par les pays les plus exposés, le texte « reconnaît » la réalité du problème et « réitère l’urgence d’augmenter le soutien et l’action, dont la finance, les transferts de technologie et le renforcement de capacités ». Mais sans modalités concrètes.

Les premières réactions ont été mitigées, à l’image du Climate Vulnerable Forum (CVF), qui représente plus d’un milliard de personnes dans 54 pays, et a estimé que le texte « ne répond pas aux principales demandes des pays vulnérables ». Et d’appeler à un « pacte d’urgence » comportant de réelles mesures pour contenir le réchauffement et « garantir la livraison des financements promis ».

L’Alliance des petits États insulaires (AOSIS) a qualifié le texte de « base pour progresser [qui] doit être renforcée [...] notamment pour répondre aux besoins des plus vulnérables », dont une enveloppe spécifique « pertes et dommages ».

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Pour Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace international, « il ne s’agit pas d’un plan pour régler la crise climatique, mais d’un accord pour croiser les doigts en espérant que ça va aller. Une demande polie aux pays de si possible, peut-être, faire plus l’an prochain. Ce n’est pas assez ».

Pour Mohamed Addow, directeur du centre d’études Power Shift Africa, « il y a beaucoup sur l’accélération des réductions d’émissions, mais très peu sur les principales demandes des pays pauvres ».

Le WWF (Fonds mondial pour la nature) s’est félicité de l’appel à réviser des plans de réduction et de la mention faite des énergies fossiles, mais a souligné que ce texte devait « être un plancher, pas un plafond » avec des points à améliorer.



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