Steven Guilbeault agira finalement pour protéger la rainette à Longueuil

Les travaux routiers réalisés dans un habitat pourtant protégé de la rainette faux-grillon ont été en bonne partie complétés au cours des dernières semaines.
Marie-France Coallier Le Devoir Les travaux routiers réalisés dans un habitat pourtant protégé de la rainette faux-grillon ont été en bonne partie complétés au cours des dernières semaines.

Le ministre de l’Environnement Steven Guilbeault agira finalement en faveur de la protection d’un habitat important de la rainette faux-grillon à Longueuil, en utilisant les dispositions de la Loi sur les espèces en péril. Ce milieu humide a cependant été en bonne partie détruit au cours des dernières semaines, dans le cadre des travaux de prolongement d’une rue qui ont été autorisés par le gouvernement Legault.

« La rainette faux-grillon est inscrite sur la liste des espèces menacées de la Loi sur les espèces en péril, et les activités de développement en cours à Longueuil au Québec entraînent la destruction de l’habitat essentiel de cette espèce », fait valoir le ministre Guilbeault, dans une déclaration publiée tôt lundi matin.

« Après avoir évalué les meilleures preuves scientifiques disponibles et reçu une recommandation du ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, j’ai décidé que la protection en vertu de la Loi sur les espèces en péril est nécessaire », ajoute-t-il. Le ministre de l’Environnement recommandera donc au gouvernement de « prendre un décret d’urgence » pour la protection de l’habitat « essentiel » de l’espèce qui a été détruit en bonne partie pour prolonger le boulevard Béliveau.

Délais

En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP), il est interdit de détruire l’habitat « essentiel » reconnu d’une espèce comme la rainette faux-grillon. Or, c’est précisément ce que fait la Ville de Longueuil depuis déjà plusieurs semaines pour prolonger une rue sur une distance de 300 mètres, de façon à faciliter les déplacements des automobilistes dans un secteur résidentiel.

Dans ce contexte, le ministre Guilbeault avait donc l’obligation de recommander au gouvernement fédéral d’agir. En entrevue au Devoir le 9 septembre, M. Guilbeault avait déjà promis de faire appliquer la LEP avec rigueur au Québec, dans les situations où le gouvernement du Québec ne protégerait pas suffisamment les habitats des espèces menacées.

À la mi-octobre, soit avant la présentation du nouveau cabinet du gouvernement Trudeau, le bureau de l’ancien ministre canadien de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, avait déjà promis de formuler une telle recommandation.

Cet engagement n’a toutefois pas été honoré, si bien que les travaux de prolongement du boulevard Béliveau se sont poursuivis jusqu’à ce que la cour accepte d’imposer une injonction pour les stopper, le 29 octobre. La prolongation de cette injonction sera d’ailleurs discutée en cour ce lundi, à la demande du Centre québécois du droit de l’environnement.

La nouvelle mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, a promis en campagne de stopper les travaux qui ont été financés par la Ville. Le tronçon de rue a déjà été en bonne partie complété. Un imposant tunnel de béton de 30 mètres a aussi été construit dans ce milieu humide. Selon la Ville de Longueuil, il s’agit d’un « passage faunique » censé permettre la libre circulation des batraciens, dont la taille ne dépasse pas les 2,5 centimètres.

Mais pour le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud, l’arrêt des travaux ne règlera pas les multiples problèmes découlant de la réalisation des travaux routiers directement dans l’habitat de la rainette faux-grillon. Il sera selon lui essentiel de stopper le drainage du milieu humide qui a été entamé à la demande de la Ville de Longueuil, sans quoi la population de rainettes disparaîtra.

Autorisations de Québec

Les travaux ont été autorisés par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques, et ce, malgré un avis défavorable des experts du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Cet « avis faunique » n’a toutefois pas été pris en compte dans la décision du gouvernement Legault.

Des représentants du ministère de l’Environnement du Québec ont d’ailleurs aidé la Ville de Longueuil à obtenir les autorisations pour construire la rue, révélait samedi Le Devoir. Ils ont expliqué à la Ville la marche à suivre pour éviter l’avis défavorable des experts du MFFP, puisque ceux-ci concluaient que le projet allait anéantir un des derniers milieux humides abritant cette espèce menacée.

La rainette faux-grillon a déjà perdu plus de 90 % de son habitat au Québec, surtout en raison de l’étalement urbain. Certains habitats de l’espèce situés dans le secteur du boulevard Béliveau, à Longueuil, ont d’ailleurs été détruits au fil des ans et d’autres, près du boisé Du Tremblay, ont été endommagés ou détruits à la fin de 2020.

Dans un bilan des « menaces » daté de mars 2021, mais que le MFFP a refusé de transmettre au Devoir, les experts tirent d’ailleurs la sonnette d’alarme en soulignant que moins de 25 % des populations présentes au Québec seront en mesure de survivre, à moins qu’un frein soit mis aux menaces grandissantes.

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