Ottawa poursuit une pétrolière pour un déversement en mer

Depuis le début de 2021, le gouvernement Trudeau a autorisé des dizaines de forages en milieu marin.
Dario Lopez-Mills Associated Press Depuis le début de 2021, le gouvernement Trudeau a autorisé des dizaines de forages en milieu marin.

Dans un geste exceptionnel, le fédéral vient de lancer une action en justice contre la pétrolière Husky Oil, responsable d’un important déversement pétrolier en milieu marin, au large de Terre-Neuve. Depuis cet événement, le gouvernement Trudeau a pourtant autorisé l’entreprise à mener de nouveaux forages, en plus de lui offrir 41 millions de dollars de financement public.

Selon ce qu’a annoncé jeudi le ministère de l’Environnement du Canada, trois chefs d’accusation ont été déposés contre « Husky Oil Operations Limited », en raison d’infractions qui auraient été commises à la Loi sur les pêches et à la Loi de 1994 « sur la convention concernant les oiseaux migrateurs ». Ces chefs d’accusation s’ajoutent à ceux déposés par l’Office Canada — Terre-Neuve-et-Labrador.

Toutes ces accusations découlent du déversement de plus de 250 000 litres de pétrole brut (1572 barils) en novembre 2018, au large des côtes de Terre-Neuve, dans le cadre des opérations d’exploitation de l’entreprise.

Selon les détails fournis par le gouvernement fédéral, une audience est prévue le 23 novembre. L’amende minimale pour telles infractions est de 100 000 $. Dans le cas de l’infraction à la Loi sur les pêches, elle ne peut pas dépasser 200 000 $. La première comparution pour cette affaire aura lieu devant la Cour provinciale de Terre-Neuve-et-Labrador à St. John’s le 23 novembre.

Autorisations de forage

 

À la suite du déversement provoqué par les activités de la pétrolière, le gouvernement Trudeau a donné le feu vert à de nouveaux forages exploratoires en milieu marin par Husky Oil, en partenariat avec ExxonMobil Canada

Le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, a en effet autorisé le 16 mars 2020 les pétrolières Husky Oil et Exxon à mener au moins 10 forages exploratoires en milieu marin d’ici 2027, dans une zone ciblée par l’industrie et située sur les Grands Bancs de Terre-Neuve, dans l’Atlantique. Des levés sismiques et d’éventuels essais de production sont aussi autorisés.

Selon ce qu’a alors fait valoir le ministre Wilkinson, ce nouveau projet de recherche de pétrole et de gaz naturel « n’est pas susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants ». Le rapport produit par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale conclut aussi que le risque d’un déversement pétrolier majeur est « extrêmement faible ».

Selon le « pire » scénario de déversement évoqué dans leur étude d’impact, une « éruption » pourrait laisser fuir plus de 40 000 barils par jour. Cela signifie qu’en sept jours, le déversement pourrait être aussi important que la marée noire provoquée par le pétrolier Exxon Valdez, en 1989.

Selon l’étude d’impact des promoteurs, la région maritime où seront menés les forages compte des « zones d’importance écologique et biologique », plusieurs espèces de cétacés (dont certaines sont menacées) et d’oiseaux marins, mais aussi une importante activité de pêche commerciale.

Soutien financier

 

En plus d’autoriser Husky à lancer un nouveau projet d’exploration en milieu marin, le gouvernement Trudeau lui a accordé 41 millions de dollars en décembre 2020 afin de maintenir des emplois liés à un projet de développement au large de Terre-Neuve.

Cette subvention faisait partie d’une enveloppe de 320 millions de dollars octroyée par Ottawa pour soutenir les travailleurs du secteur. Le fédéral a d’ailleurs confié le soin de formuler des « recommandations » sur les façons d’investir ces fonds publics à un comité contrôlé par des proches de l’industrie pétrolière. L’entreprise Husky comptait un membre sur le comité.

Pour soutenir le développement des projets d’exploration pétrolière en milieu marin, au large des côtes de Terre-Neuve, le gouvernement Trudeau a également décrété au printemps 2020 l’abolition du processus d’évaluation environnementale jusqu’ici en vigueur pour tous les forages exploratoires menés sur un territoire de 735 000 km2 à l’est de Terre-Neuve.

Cette décision est intervenue après la réalisation d’une étude environnementale globale pour toute cette région maritime. Selon le gouvernement, il était tout à fait raisonnable de procéder de la sorte, puisque le rapport produit par le comité qui a mené l’évaluation régionale « conclut que les effets du forage exploratoire extracôtier pétrolier et gazier sont bien connus, entraînent des perturbations mineures, localisées et temporaires, et ne sont pas susceptibles d’être importants si des mesures d’atténuation normalisées sont mises en place ».

Cette décision d’Ottawa s’inscrit dans la volonté de Terre-Neuve de doubler sa production pétrolière après 2030 afin d’atteindre 235 millions de barils par année. Cet objectif passe par la réalisation d’au moins 100 nouveaux forages d’ici la fin de la décennie. Depuis le début de 2021, des dizaines de forages ont été autorisés.

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