Le Québec se joint à une coalition d’États contre les projets pétroliers et gaziers

Aucun projet d’exploration développé au cours des dernières années n’a débouché sur l’exploitation de pétrole ou de gaz au Québec.
Source Pétrolia Aucun projet d’exploration développé au cours des dernières années n’a débouché sur l’exploitation de pétrole ou de gaz au Québec.

Le premier ministre François Legault a profité jeudi de son passage à la conférence climatique des Nations unies (COP26) pour annoncer que le Québec se joint à une coalition d’États qui ferment la porte aux projets d’exploitation pétrolière et gazière. Même si aucun projet d’exploration n’a débouché sur l’exploitation de telles ressources, son gouvernement compte compenser les entreprises toujours présentes dans la province.

Le Québec a décidé de joindre sa voix aux Danemark et au Costa Rica, les deux États qui sont à l’origine de la « Beyond Oil and Gas Alliance » (BOGA), qui sera lancée officiellement le 10 novembre à la COP26, à Glasgow. Selon M. Legault, cette décision signifie que « le Québec donne l’exemple et assume son rôle de chef de file en matière de production d’énergies vertes. Il incite également d’autres États à trouver des alternatives au pétrole et au gaz ».

« Le Québec entend lutter contre les changements climatiques en exploitant, notamment, ses abondantes ressources hydroélectriques. Mais pour atteindre sa cible de réduction de ses émissions de GES de 37,5 % par rapport à 1990 et atteindre la carboneutralité en 2050, il doit également se libérer des énergies fossiles », a également fait valoir le premier ministre.

La BOGA plaide en effet pour une « transition juste » des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. À l’heure actuelle, cette transition est toujours loin, puisque les énergies fossiles comblent toujours plus de 80 % des besoins énergétiques de l’humanité.

Qui plus est, les grands pays producteurs (dont le Canada) prévoient d’exploiter en 2030 environ 110 % plus d’énergies fossiles que ce qui serait cohérent avec l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Cette même production serait 45 % plus élevée que ce qui permettrait de ne pas dépasser un réchauffement de 2 °C, selon la plus récente édition du Production Gap Report, publiée en octobre.

Plusieurs groupes environnementaux ont salué jeudi la décision du gouvernement Legault, dont la Fondation David Suzuki. Analyste des politiques climatiques chez Équiterre, Émile Boisseau-Bouvier a aussi souligné que la décision du Québec permet de « créer du momentum » et d’inciter d’autres États se joindre à la BOGA.

Compenser les entreprises

 

La décision de mettre un terme aux projets d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière au Québec ne change toutefois rien en ce qui a trait à la consommation de ces ressources fossiles au Québec, qui sont entièrement importées. Les Québécois consomment notamment du gaz de schiste, mais aussi plus de 350 000 barils de pétrole chaque année, dont du pétrole de schiste et du pétrole des sables bitumineux. Selon le rapport L’État de l’énergie, la consommation de produits pétroliers a même augmenté depuis 2013.

Le fait de tourner définitivement le dos aux projets pétroliers et gaziers risque aussi de coûter plusieurs millions de dollars aux contribuables québécois, et ce, même si aucun projet d’exploitation n’a vu le jour au cours des dernières années dans la province et que l’exploration est au point de mort.

En entrevue au Devoir la semaine dernière, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a pris l’engagement de compenser financièrement les entreprises qui détiennent toujours des permis d’exploration au Québec. Selon les données de son ministère, on recense une dizaine d’entreprises, essentiellement détenues par des intérêts étrangers, qui contrôlent 182 permis d’exploration, pour une superficie totale de plus de 32 000 km2.

« On a des gens qui se sont engagés dans un processus de bonne foi, qui ont acheté des licences, payé des frais », a souligné M. Julien, en faisant référence aux entreprises. « On n’est pas une république de bananes. Quel message on enverrait si on disait à ceux qui s’étaient investis dans une aventure : c’est terminé », a-t-il ajouté.

Le ministre n’a pas évoqué d’évaluation financière des coûts pour l’État québécois, qui a déjà dépensé plus de 120 millions de dollars dans des projets pétroliers qui n’ont jamais débouché sur l’exploitation. « On va être équitables et raisonnables. Ce n’est pas vrai, en fin de compte, qu’on va être trop dépensiers », a-t-il simplement affirmé.

Chose certaine, des entreprises s’apprêtent déjà à réclamer des millions de dollars, voire des milliards. C’est le cas de Ressources Utica, une entreprise contrôlée par des actionnaires autrichiens. Celle-ci a mis la main sur plusieurs permis délaissés par d’autres entreprises, si bien qu’elle contrôle aujourd’hui 29 permis, totalisant environ 4400 km2 dans les basses terres du Saint-Laurent et en Gaspésie.

Selon ce que précisait récemment son président, Mario Lévesque, dans une réponse écrite au Devoir, la valeur des actifs s’élèverait à « plusieurs milliards de dollars ». Un avis partagé par le président de l’Association de l’énergie du Québec, Éric Tétrault, qui estime qu’à lui seul, le gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent pourrait représenter des « profits perdus » de « 3 à 5 milliards de dollars ».

Une filiale de Ressources Utica, Gaspé Énergies, a déjà lancé une action en justice contre le gouvernement Legault, qui lui a refusé un permis de forage pétrolier en Gaspésie, pour un projet nommé « Galt ». Une autre action en justice a été lancée par une entreprise américaine qui réclame 150 millions de dollars canadiens pour l’annulation, en 2011, d’un seul permis, qui était situé dans le lit du fleuve Saint-Laurent, en aval de Trois-Rivières.

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