Les impacts du troisième lien risquent d’être connus seulement après les élections de 2022

De toute façon, l’évaluation environnementale ne changera pas les plans du gouvernement Legault, a réaffirmé mercredi le ministre de l’Environnement, Benoit Charette. «C’est une infrastructure qui va se construire, n’en déplaise à certaines personnes.»
Photo: Francis Vachon Le Devoir De toute façon, l’évaluation environnementale ne changera pas les plans du gouvernement Legault, a réaffirmé mercredi le ministre de l’Environnement, Benoit Charette. «C’est une infrastructure qui va se construire, n’en déplaise à certaines personnes.»

Même si l’enjeu du troisième lien sera au cœur de la prochaine campagne électorale provinciale, il est fort possible que l’étude d’impact du mégaprojet routier ne soit pas disponible avant les élections d’octobre 2022, selon les informations obtenues par Le Devoir. Le ministre de l’Environnement Benoit Charette a de toute façon affirmé mercredi que le tunnel de 10 milliards de dollars sera construit, peu importe l’opposition de « certaines personnes ».

Le ministre de Transports François Bonnardel a annoncé le 28 septembre dernier le lancement de l’étude d’impact environnemental du projet de lien routier entre Québec et Lévis. Un « mandat » de 2 millions de dollars a d’ailleurs été accordé au consortium SNCL-Englobe pour réaliser cette étude d’impact.

Or, la procédure environnementale n’a toujours pas démarré, selon les informations obtenues par Le Devoir. En vertu de la législation québécoise, le promoteur du projet, soit le ministère des Transports du Québec (MTQ), doit d’abord déposer un « avis de projet » au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Lorsque le ministère a reçu cet avis, il émet une « directive » qui précise quels sont les éléments qui devront être analysés dans le cadre de l’étude d’impact. Dans le cas d’un projet comme le troisième lien, ceux-ci devraient probablement inclure les impacts sur les milieux d’accueil, sur le climat et sur le fleuve Saint-Laurent, mais aussi les effets psychosociaux associés au projet.

Une fois l’étude déposée au MELCC, plusieurs ministères seront appelés à donner leur avis sur sa « recevabilité ». Ces avis, ainsi que ceux du MELCC, devraient mener à plusieurs échanges entre le promoteur et le ministère. C’est seulement au terme de tout ce processus que l’étude pourra être jugée comme étant recevable, ce qui déclenchera la procédure d’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Projet déposé en 2022

 

Pour le moment, l’avis de projet n’a toujours pas été déposé au MELCC. Celui-ci sera déposé « au cours de 2022 », indique le MTQ dans une réponse écrite. Malgré des demandes de précision, il n’a pas été possible d’obtenir davantage de détails sur l’échéancier prévu. Combien de temps sera nécessaire pour compléter l’étude ? « Les informations concernant l’étude d’impact seront disponibles suite au dépôt de l’avis de projet », a seulement répondu le MTQ.

Le ministère n’a pas non plus été en mesure de dire si cette étude sera disponible pour la prochaine campagne électorale, en vue du scrutin prévu le 3 octobre 2022. « Les détails de l’étude d’impact seront disponibles suite au dépôt de l’avis de projet prévu en 2022. Il n’est pas possible à ce stade-ci de confirmer, ou non, septembre 2022 comme échéancier », a répété le ministère, lors d’une deuxième demande de précisions.

Il est donc possible que les impacts environnementaux de ce projet routier, qui serait réalisé au coût de 10 milliards de dollars de fonds publics, ne soient pas connus avant les prochaines élections.

Projet « nécessaire »

De toute façon, l’évaluation environnementale ne changera pas les plans du gouvernement Legault, a réaffirmé mercredi le ministre de l’Environnement, Benoit Charette. « C’est une infrastructure qui va se construire, n’en déplaise à certaines personnes. Notre rôle est que ça se fasse dans le respect de la Loi sur la qualité de l’environnement et avec le moins d’impacts possibles sur l’environnement », a-t-il fait valoir dans le cadre d’une mêlée de presse à l’Assemblée nationale. Ce projet est « utile et nécessaire », a-t-il ajouté.

Selon M. Charette, le BAPE est « une étape parmi d’autres » dans l’évaluation environnementale du projet, conçu pour faciliter les déplacements en voiture entre les rives du fleuve Saint-Laurent. Les commissaires auront toutefois « toute la latitude » nécessaire pour évaluer le projet, a-t-il assuré.

« Nous avons opté pour l’option la plus directe entre les deux centres-villes, pour limiter l’étalement urbain et limiter les impacts environnementaux », a aussi fait valoir M. Charette. Le ministre des Transports, François Bonnardel, a pour sa part affirmé qu’il est « faux » de dire que le troisième lien favorisera l’étalement urbain. Selon lui, il n’y aura pas de « développement gargantuesque » dans le secteur de Lévis. « Personne n’a jamais parlé de développement sur la rive sud », a-t-il insisté mercredi.

Critiques

 

La décision déjà arrêtée du gouvernement Legault d’aller de l’avant avec le troisième lien a fait réagir les partis d’opposition mercredi. « Peu importe ce qui se dit, peu importe si ça coûte 10 milliards de dollars, peu importe si c’est un projet qui n’est pas positif pour l’environnement, peu importe si ça favorise l’étalement urbain, peu importe si la science dit le contraire, peu importe s’il se met ses propres experts à dos, peu importe si ça le force à dire niaiserie par-dessus niaiserie, le gouvernement a fait sa tête, il a choisi, il va de l’avant », a soutenu le leader parlementaire du Parti libéral, André Fortin.

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a pour sa part affirmé que les ministres du gouvernement Legault « multiplient les déclarations antiscientifiques », alors même que la communauté internationale est réunie à la 26e conférence climatique des Nations unies. « Je trouve ça gênant qu’on soit représenté par des gens qui disent : nous, la science, on s’en lave les mains », a-t-il ajouté.

Du côté du Parti québécois, on estime que le gouvernement Legault fait preuve de « pur dogmatisme » dans le dossier du troisième lien, en promettant de le construire avant même d’avoir en main une analyse des impacts environnementaux. « On choisit évidemment les intérêts politiques devant les intérêts généraux de la population », a fait valoir mercredi le député Joël Arseneau.

Le ministre Benoit Charette s’est toutefois défendu de mettre de l’avant les intérêts électoraux de la Coalition Avenir Québec avec ce projet de tunnel routier. Nous ne sommes pas dans une dynamique électorale. Le sujet est dans l’air depuis des décennies », a-t-il assuré.

Avec Alexandre Robillard

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