Benoit Charette est ouvert aux projets de capture et stockage de CO2

La technologie de séquestion du carbone pourrait être utilisée pour réduire les émissions des GES de «grands émetteurs industriels», comme les raffineries de pétrole.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La technologie de séquestion du carbone pourrait être utilisée pour réduire les émissions des GES de «grands émetteurs industriels», comme les raffineries de pétrole.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ne ferme pas la porte aux projets de capture et de stockage de carbone en territoire québécois, mais seulement pour les projets industriels déjà existants, a appris Le Devoir. Il tire ainsi un trait sur l’utilisation de cette technologie pour relancer la filière du gaz de schiste.

Le Devoir révélait samedi dernier que l’entreprise albertaine Questerre Energy a récemment présenté au gouvernement une demande pour développer un projet-pilote de capture et de stockage de CO2 (CSC) dans une formation géologique profonde des basses terres du Saint-Laurent. Dans un contexte d’urgence climatique, certains experts estiment que cette technologie est essentielle pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

En entrevue, le ministre Benoit Charette s’est dit ouvert à l’idée d’utiliser la capture et le stockage au Québec, mais seulement dans un contexte bien précis. « Tout ce qui est séquestration, captation du carbone pour certains projets industriels existants, ça peut s’avérer intéressant », a-t-il indiqué au téléphone.

« À l’échelle mondiale, on a réussi pour des projets de plus petite envergure, mais ce potentiel devait se démontrer, a-t-il poursuivi. Pour certains de nos industriels, ça pourrait être une optique intéressante. » Des projets sont aussi déjà en développement ailleurs au Canada, mais principalement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’exploitation gazière et de la production pétrolière des sables bitumineux.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques n’est toutefois pas ouvert à une relance des projets d’exploration de gaz de schiste au Québec. « On n’est pas du tout intéressé à redévelopper cette filière, a martelé l’élu. La législation actuelle ne le permet pas, et on n’a pas l’intention de la modifier. »

La semaine dernière, le président de Questerre, Michael Binnion, affirmait pour sa part que le projet de CSC est « indépendant » de tout projet d’exploration pour le gaz de schiste, même s’il estime qu’« il pourrait y avoir des synergies entre les projets ».

L’entreprise, qui est contrôlée par des intérêts norvégiens, détient toujours 22 permis d’exploration dans les basses terres du Saint-Laurent. Ces permis couvrent plus de 3600 km2 de territoire convoité pour son potentiel en gaz de schiste, entre Drummondville et Lévis. Questerre Energy a d’ailleurs intenté en 2018 une action en justice contre le gouvernement du Québec pour tenter de faire lever l’interdiction du recours à la fracturation dans les basses terres du Saint-Laurent, qui est inscrite dans la Loi sur les hydrocarbures. Cette cause est toujours devant les tribunaux.

Recherches abandonnées

 

Le Devoir a par ailleurs constaté que le gouvernement du Québec a déjà financé, de 2008 à 2013, une Chaire de recherche sur la séquestration géologique du CO2 à l’Institut national de recherche scientifique. Cette chaire a bénéficié d’un financement de cinq millions de dollars.

Dans un rapport synthèse produit par la Chaire, on précise que l’objectif était « d’évaluer la capacité de séquestration géologique du CO2 au Québec, de tester quelques sites pour leur potentiel de rétention du CO2 après injection et de former une expertise au Québec dans le domaine de la technologie du captage et de la séquestration géologique du CO2 ». Le document mentionne aussi la possibilité que cette technologie puisse être utilisée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de « grands émetteurs industriels », comme les cimenteries, les alumineries, les aciéries et les raffineries de pétrole.

Qui plus est, la Chaire avait prévu de développer un projet-pilote de CSC en collaboration avec l’entreprise gazière Junex, qui détenait alors plusieurs permis d’exploration dans le sud de la province, et notamment dans la région de Bécancour. Or, le ministère de l’Environnement a finalement mis un terme aux travaux avant de mettre fin aux activités de la chaire de recherche scientifique.

Pour le président de la firme Dunsky Énergie + Climat, Philippe Dunsky, la capture et le stockage de carbone peuvent effectivement permettre de réduire les émissions de gaz à effet serre. Mais il souligne surtout que cette solution, qu’il qualifie de « dernier recours », ne devrait pas être une priorité pour les prochaines années, notamment en raison des coûts élevés qui pourraient y être associés. Selon lui, la technologie sera possiblement utile, « mais à long terme », dans l’objectif d’atteindre la « carboneutralité » d’ici 2050.

Pour l’économiste François Delorme, la CSC peut être une option intéressante, mais pour le moment, tout indique qu’elle ne peut être utilisée qu’à « petite échelle ». Il estime en outre que tout projet devrait prendre en compte les coûts pour développer une telle technologie. À l’heure actuelle, les données disponibles évaluent que la facture pourrait atteindre plusieurs centaines de dollars pour chaque tonne de carbone séquestrée.

À voir en vidéo