Le Fonds de solidarité FTQ investit dans un projet minier qui pourrait détruire plusieurs cours d’eau

Minerai de fer Québec dit être obligée de détruire des cours d’eau pour stocker des millions de tonnes de résidus miniers.
Cliffs Natural Resources Minerai de fer Québec dit être obligée de détruire des cours d’eau pour stocker des millions de tonnes de résidus miniers.

Le Fonds de solidarité FTQ investira jusqu’à 75 millions de dollars dans l’expansion de la mine du Lac Bloom. Pour pouvoir aller de l’avant, l’entreprise Minerai de fer Québec prévoit la destruction de lacs, de cours d’eau et de milieux humides afin de stocker les 872 millions de tonnes de résidus miniers qui seront produites au cours des prochaines années. Québec n’a pas encore décidé s’il autorisera la minière à procéder avec ce projet, qui a été sévèrement critiqué par le BAPE.

Dans un communiqué publié jeudi, le Fonds de solidarité FTQ a précisé qu’il a accordé un prêt non garanti d’un montant maximal de 75 millions de dollars à Minerai de fer Québec (MFQ), une filiale de la minière australienne Champion Iron Limited, qui a racheté la mine du lac Bloom en 2016 grâce au soutien financier de l’État québécois. Cette somme doit être utilisée pour réaliser le projet d’expansion de la « phase 2 » de la mine du Lac Bloom, qui prévoit l’exploitation de la mine jusqu’en 2040, à raison de 15 millions de tonnes par année.

« Le développement du Lac Bloom aura un effet structurant pour la Côte-Nord et l’ensemble du Québec », a fait valoir jeudi Dany Pelletier, premier vice-président aux investissements du Fonds de solidarité FTQ. Le communiqué conjoint publié avec MFQ précise que cette mine, située près de Fermont, « produit un des concentrés de fer de plus haute qualité au monde et permet aux aciéristes de réduire leur empreinte carbone de façon significative ». Le minerai brut sera exporté par bateau à partir de Sept-Îles.

La poursuite de l’exploitation de la mine à ciel ouvert doit générer 1,3 milliard de tonnes de résidus et de stériles, dont 872 millions de tonnes qui devront être stockées dans de nouveaux sites. Selon la minière, « l’espace terrestre disponible » est insuffisant pour stocker les résidus à venir. Elle se dit donc obligée de remblayer huit lacs, mais aussi des cours d’eau et des milieux humides en les remplissant de résidus miniers.

Contrairement à certains projets miniers, Minerai de fer Québec rejette l’idée de remplir progressivement la fosse avec les résidus. L’entreposage de résidus ou stériles dans la fosse est « contre-indiqué dans les circonstances afin de ne pas mettre en péril l’exploitation d’une ressource potentiellement exploitable dans le futur », précise l’étude d’impact.

Rejet du BAPE

 

Dans un rapport très critique publié en mars dernier, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concluait toutefois que la minière « devrait revoir son projet », puisqu’elle « n’a pas fait la démonstration que les solutions retenues pour la gestion des rejets miniers sont celles qui minimisent les impacts sur les milieux humides et hydriques ». Le rapport souligne ainsi que le stockage des résidus détruirait notamment 151 hectares de lacs et de cours d’eau, dont un lac de 88 hectares.

Selon le BAPE, qui a recueilli les avis d’experts indépendants, « l’entreprise s’est imposé des critères parfois trop sévères, tels que la distance par rapport au site d’exploitation et la présence de minerai sous la fosse, pour éliminer des solutions de rechange pour la disposition de ses résidus miniers et des stériles ». Parmi les options écartées « sans justification adéquate », le rapport mentionne le remblaiement de la fosse, comme cela se fait depuis plusieurs années pour les projets miniers au Québec.

Contrairement à la minière, le BAPE estime donc que « Minerai de fer Québec pourrait trouver une solution pour augmenter la capacité d’entreposage de ses résidus miniers et des stériles qui permettrait de minimiser son empreinte environnementale ». L’organisme est d’avis que « l’échéancier des travaux donnerait suffisamment de temps à l’initiateur pour qu’il mène les études additionnelles nécessaires à la révision des solutions de rechange ».

La minière a pour sa part indiqué que des projets de « compensation » ont été élaborés pour les milieux humides et hydriques qui seront détruits par le stockage prévu. Les plans de compensation doivent être approuvés par le ministère de l’Environnement.

Est-ce que le Fonds de solidarité est d’accord avec le projet d’expansion tel qu’il a été présenté par Minerai de fer Québec ? « Le prêt accordé par le Fonds de solidarité FTQ est pour le projet d’expansion de phase 2 de la mine du Lac Bloom qui a reçu toutes les approbations et permis nécessaires. Le projet d’expansion du parc de résidus miniers suit présentement le processus normal d’approbation gouvernemental, un processus distinct de celui pour la phase II. Nous laisserons le soin à l’entreprise de commenter les démarches en cours », a indiqué le conseiller principal aux relations de presse du Fonds de solidarité FTQ, Patrick McQuilken, dans une réponse écrite au Devoir.

Porte-parole de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, Ugo Lapointe espère que l’investissement du fonds de travailleurs est lié au respect des recommandations du BAPE. « Il est temps que les investisseurs mettent leurs lunettes sociales et environnementales lorsqu’ils font des investissements et exigent certaines conditions. Le minimum qu’on peut attendre, c’est qu’on exige les meilleures pratiques environnementales et sociales », a-t-il souligné, en entrevue à La Presse canadienne.

Décision à venir

Le gouvernement Legault n’a toujours pas indiqué s’il autorisera MFQ à aller de l’avant avec son projet d’expansion du parc de résidus miniers. Une décision dans ce dossier est attendue d’ici l’automne de la part du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, qui devra faire une recommandation au conseil des ministres.

Le gouvernement a déjà accordé un soutien financier de 120 millions de dollars à la Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire, dans le secteur de Sept-Îles. La mine du Lac Bloom devrait être un client important du transporteur. Investissement Québec est le deuxième plus gros actionnaire de Champion Iron, la maison-mère de MFQ, avec 8,59 % des titres en circulation.

Le gouvernement du Québec n’interdit pas la destruction de lacs, de cours d’eau et de milieux humides pour y stocker des résidus miniers. En 2018, il a d’ailleurs autorisé la minière ArcelorMittal à augmenter la superficie de son parc de résidus miniers, lui aussi dans la région de Fermont. Il est prévu d’y stocker 825 millions de tonnes de résidus d’ici 2045, pour un total de 1318 millions de tonnes entre 2014 et 2045. Dans son rapport sur le projet, le BAPE précise que ce projet entraînera « la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux ». La minière a donc prévu un programme de « restauration » pour compenser la perte de milieux naturels.

Redevances et sites abandonnés

Selon les données officielles disponibles, la valeur brute des ressources minières exploitées au Québec en 2019 atteignait 11,9 milliards de dollars. Les redevances versées au gouvernement pour l’exploitation de ces ressources non renouvelables s’élevaient à un peu moins de 400 millions de dollars. Par ailleurs, le gouvernement doit financer en totalité la restauration des sites miniers abandonnés au Québec. Malgré des dépenses de plus de 180 millions de dollars de fonds publics depuis 2006, la facture de la restauration des sites miniers abandonnés au Québec ne diminue pas, selon ce qui se dégage des plus récentes données officielles. Elle avoisine toujours 1,2 milliard de dollars, soit pratiquement le même montant qu’il y a 10 ans.

 

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