Le PQ «souhaite» que la Caisse de dépôt sorte des énergies fossiles

Le gestionnaire de régimes de retraite de millions de Québécois a accru sa participation dans l’industrie des pipelines au Canada.
Photo: Jeff McIntosh Archives La Presse canadienne Le gestionnaire de régimes de retraite de millions de Québécois a accru sa participation dans l’industrie des pipelines au Canada.

Le Parti québécois « souhaite » que la Caisse de dépôt et placement désinvestisse de l’industrie des énergies fossiles, un secteur où le gestionnaire de régimes de retraite a augmenté l’an dernier sa participation dans certaines entreprises, dont TransCanada. Un message qui rejoint celui des groupes environnementaux.

« On dénonce cette tendance de la Caisse à investir dans les énergies du passé, c’est-à-dire les énergies fossiles, et on souhaite inciter la Caisse à désinvestir de ce secteur », a fait valoir vendredi le député péquiste Sylvain Gaudreault, porte-parole en matière d’environnement.

Ce « souhait » du Parti québécois est d’ailleurs inscrit dans la « proposition principale » qui sera soumise aux membres du parti lors du congrès de septembre : « Inciter la Caisse de dépôt et placement, Investissement Québec et l’ensemble des régimes de retraite publics et parapublics à faire un désinvestissement dans les énergies fossiles. »

Même si la volonté de la formation souverainiste est claire, le Parti québécois se défend de vouloir s’ingérer dans la gestion que fait la Caisse de ses 270 milliards de dollars d’actifs. Il s’agit d’un « souhait », a insisté M. Gaudreault.

Incohérence climatique

 

Les groupes environnementaux sont plus catégoriques. « Alors que la crise climatique s’aggrave, les investissements accrus de la Caisse dans des infrastructures du secteur des énergies fossiles ont pour effet de verrouiller des émissions de gaz à effet de serre additionnelles pour des décennies. Cette orientation est incompatible avec l’Accord de Paris qui requiert exactement le contraire », a soutenu vendredi Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace, estime pour sa part que « la Caisse va complètement à contre-courant de la tendance mondiale et de la volonté des Québécois quand elle finance des projets d’hydrocarbures qui accéléreront la crise climatique ». Selon une étude de l’organisation DivestInvest publiée à la fin de 2016, l’actif des investisseurs institutionnels et individuels qui veulent retirer leurs billes de ce secteur se situe aujourd’hui à plus de 5000 milliards de dollars américains, un record.

Directeur des opérations du Groupe investissement responsable, Jocelyn Caron ne s’étonne toutefois pas de voir la Caisse de dépôt être aussi présente dans le secteur pétrolier et gazier. « Cette industrie est très importante au Canada, et on investit dans ce qu’on connaît bien. Par exemple, au Québec, la plupart des fonds de retraite investissent dans TransCanada et Enbridge. »

Un milliard dans TransCanada

 

Concrètement, le rapport annuel 2016 de la Caisse de dépôt indique que la valeur des investissements dans TransCanada s’élevait à plus de 1,02 milliard de dollars au 31 décembre de l’an dernier, en hausse de 408,5 millions de dollars par rapport à la fin de 2015.

Le gestionnaire de régimes de retraite de millions de Québécois a aussi accru sa participation dans d’autres entreprises actives dans l’industrie des pipelines au Canada. C’est le cas d’Enbridge. Les investissements dans la multinationale sont passés de 627,6 millions au 31 décembre 2015 à 930,6 millions à la fin de 2016.

L’investisseur institutionnel est également plus engagé dans Pembina Pipeline, une entreprise qui exploite des réseaux de pipelines et de gazoducs dans l’ouest du pays. On note aussi une légère augmentation des investissements du côté de Suncor, un joueur très important de l’exploitation des sables bitumineux.

La Caisse détient par ailleurs toujours des investissements dans le secteur du charbon, le pire des combustibles fossiles. Mais ses investissements ont reculé de façon très importante au cours des dernières années.

 

La Caisse répond qu’elle investit de plus en plus dans les énergies renouvelables, surtout dans le secteur de l’énergie éolienne, où elle est particulièrement active, mais aussi dans l’énergie solaire.

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