Une plante sur cinq est menacée d’extinction dans le monde

Près d’un dixième des plantes menacées sert à nourrir, soigner ou divertir l’homme. On compte 17 810 plantes qui ont un usage médical connu.
Photo: Kirsty Wigglesworth Associated Press Près d’un dixième des plantes menacées sert à nourrir, soigner ou divertir l’homme. On compte 17 810 plantes qui ont un usage médical connu.

Un cinquième des espèces végétales est menacé d’extinction, selon le centre de recherche botanique des Kew Gardens de Londres, qui, dans son premier rapport sur « l’état du monde des plantes » publié mardi, recense plus de 391 000 espèces.

Ce baromètre, qui doit permettre de mieux suivre l’évolution du monde végétal et le préserver, estime que 21 % des plantes sont en péril.

« On avait déjà un état du monde des oiseaux, des tortues marines et même des pères de famille. Mais, malgré sa grande importance, on attendait encore d’avoir un état des lieux du monde des plantes. C’est désormais chose faite, souligne la professeure Kathy Willis, directrice scientifique des jardins botaniques royaux de Kew. Étant donné l’importance fondamentale des plantes pour le bien-être humain, comme alimentation, combustible, régulateur climatique, il est très important que nous sachions ce qui se passe », a-t-elle ajouté.

À l’ouest de la capitale britannique, le domaine des Kew Gardens abrite l’une des plus importantes collections de plantes de la planète dans ses serres et ses magnifiques jardins. C’est également un centre de recherche botanique mondialement connu qui veut faire de son State of the World’s Plants un outil de référence.

Dans un ouvrage de 80 pagesaccompagné d’un site Internet dédié, les auteurs ont compilé et analysé des dizaines d’étudesexistantes pour constituer une base de données pour les années à venir.

« Ça a été un travail énorme impliquant plus de 80 scientifiques. L’idée était de rassembler, condenser et rendre lisibles des connaissances éparpillées pour s’adresser au plus grand nombre », explique Steve Bachman, qui a coordonné le rapport.

Le chantier est immense : plus de 391 000 espèces de plantes vasculaires (plantes pourvues de vaisseaux qui permettent la circulation d’eau et d’éléments nutritifs) sont recensées dans le monde, et tous les ans on découvre environ 2000 nouvelles espèces, principalement au Brésil, en Australie et en Chine.

Près d’un dixième de ces plantes sert à nourrir, soigner ou divertir l’homme. On compte 17 810 plantes qui ont un usage médical connu.

Menaces

 

Raison de plus, souligne Kathy Willis, de les préserver coûte que coûte. Mais sensibiliser l’opinion sur le sort de la matteuccie fougère-à-l’autruche peut s’avérer plus compliqué que promouvoir la sauvegarde des éléphants d’Afrique, des tigres de Bengale ou des forêts tropicales.

« Il existe déjà un rapport sur l’état du monde des forêts, mais la forêt ne couvre qu’une petite partie du monde végétal », rappelle la directrice scientifique des Kew Gardens.

Les menaces qui pèsent sur le monde des plantes viennent d’abord, selon le rapport, de l’agriculture à cause d’un défrichage excessif (31 %). Le développement résidentiel, les maladies, les pesticides et les incendies représentent d’autres facteurs nocifs.

Le changement climatique ne joue en revanche qu’un rôle marginal (3,96 %), pour l’instant au moins. « Mais il ne faut pas oublier qu’il faut parfois jusqu’à 30 ans avant que la prochaine génération de plante produise des fleurs ou du pollen. On ne pourra donc vraiment mesurer l’impact du changement climatique que vers 2030 », prévient Kathy Willis qui invite à ne « pas se réjouir trop tôt, mais à surveiller ».

De précédentes études ont débouché sur des conclusions très disparates, certaines estimant que 10 % des plantes étaient menacées de disparition à terme, d’autres avançant le chiffre plus alarmant de 62 %.

Les Kew Gardens, eux, évaluent le nombre d’espèces menacées à 21 %. D’où l’intérêt d’un rapport annuel qui servira de baromètre et permettra de suivre l’évolution dans le temps. « À partir de l’année prochaine, on pourra commencer à donner des tendances, et c’est ce qui est le plus riche en enseignements », souligne Steve Bachman.

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