Charest a voulu organiser une rencontre entre TransCanada et Ottawa

Jean Charest aux côtés de la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, en septembre dernier
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jean Charest aux côtés de la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, en septembre dernier

L’ex-premier ministre Jean Charest a tenté d’organiser une rencontre entre des représentants de TransCanada et le cabinet du premier ministre Justin Trudeau. Ottawa aurait refusé en faisant valoir que l’ancien chef du Parti libéral du Québec ne respectait pas les règles qui régissent les activités de lobbying au Canada.

Selon des informations publiées jeudi dans le Globe and Mail, l’ancien premier ministre du Québec aurait voulu organiser un entretien plus tôt cette année. Le bureau du premier ministre Trudeau a d’ailleurs confirmé au Globe qu’au cours d’une conversation sur différents sujets avec Gerald Butts, secrétaire principal de Justin Trudeau, M. Charest avait évoqué la possibilité d’organiser une telle rencontre.

Le cabinet du premier ministre canadien aurait toutefois décliné la demande de celui qui travaille maintenant pour le cabinet d’avocats McCarthy Tetrault. Selon les précisions obtenues, le bureau de M. Trudeau aurait décliné la demande en faisant valoir que Jean Charest ne respectait pas les règles qui régissent les activités de lobbying au Canada. Ce dernier n’est tout simplement pas inscrit au registre des lobbyistes.

Jean Charest et le cabinet McCarthy Tetrault ont refusé de commenter les informations du Globe and Mail. « M. Charest a occasionnellement agi à titre de conseiller en communications auprès de TransCanada. Notre entente avec lui s’est terminée le 30 septembre 2015 », a tout de même admis TransCanada jeudi.

Interpellé au cours d’un point de presse tenu à Vancouver à la suite de la rencontre des premiers ministres sur le climat, M. Trudeau a simplement fait valoir que « notre gouvernement est ouvert, transparent et entend respecter toutes les règles. C’est ce à quoi on s’attend de toute personne qui voudrait aborder le gouvernement, quel que soit le dossier ».

La commissaire au lobbying du Canada, Karen E. Shepherd, a affirmé dans une déclaration aux médias qu’elle prend « toutes les allégations au sérieux ». « Cependant, la Loi sur le lobbying stipule que les examens et enquêtes doivent être menés en secret. Je n’offrirai donc aucun commentaire », a-t-elle fait savoir.

Lobbying libéral

 

Premier ministre du Québec de 2003 à 2012, Jean Charest avait participé en 2014 à un souper privé organisé à Montréal par TransCanada pour faire la promotion de son projet de pipeline Énergie Est. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand y était lui aussi. Des joueurs importants du milieu économique québécois étaient également présents à cette activité privée, dont le président de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia, et la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux. Le président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, a aussi pris part à l’événement, de même que le maire de Montréal, Denis Coderre.

TransCanada a par ailleurs embauché en 2015 le lobbyiste Patrice Ryan, un membre de la commission politique du Parti libéral du Québec depuis plusieurs années. Et en 2014, le porte-parole au Québec de TransCanada pour Énergie Est était Philippe Cannon, ancien candidat libéral et ancien attaché de presse de Line Beauchamp lorsque celle-ci était ministre de l’Environnement.

À quelques jours de la fin de la dernière campagne électorale fédérale, le coprésident du comité de campagne nationale de Justin Trudeau, Daniel Gagnier, avait en outre été forcé de démissionner après qu’il eut donné de précieux conseils à TransCanada, l’invitant à mener des efforts de lobbyisme dès l’élection du prochain gouvernement pour éviter tout retard dans le projet de pipeline Énergie Est.

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