Les études lancées par le gouvernement Couillard sont jugées biaisées

Des citoyennes opposées aux projets de pipelines qui traversent le Québec ont manifesté lors de la présentation du mémoire de la Fédération des chambres de commerce du Québec.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Des citoyennes opposées aux projets de pipelines qui traversent le Québec ont manifesté lors de la présentation du mémoire de la Fédération des chambres de commerce du Québec.

Le début des consultations publiques des évaluations environnementales stratégiques (EES) sur les énergies fossiles a surtout été l’occasion de décrier le processus établi par le gouvernement Couillard, jugé biaisé en faveur de l’exploitation du pétrole et du gaz. Plusieurs participants ont aussi dénoncé l’absence du tiers des études commandées par Québec et le peu de temps pour se préparer aux audiences.

« Cette EES a un préjugé favorable envers les hydrocarbures », a résumé lundi la professeure Lucie Sauvé, du collectif scientifique sur la question du gaz de schiste, dans le cadre des consultations qui se tenaient à Montréal. Celles-ci se déroulaient devant deux sous-ministres du gouvernement du Québec, responsables d’assurer l’« objectivité » du processus des EES.

« La démarche des consultations publiques nous semble être davantage un exercice de relations publiques, a ajouté Mme Sauvé. […] On semble reposer toujours la même question en souhaitant une réponse différente, dans une dynamique d’épuisement des citoyens qui n’ont pas les moyens financiers pour participer à des processus qui s’enchaînent autour des mêmes questions depuis 2010. Il s’en dégage une impression de gaspillage planifié de l’énergie citoyenne. »

« Nous avons vraiment l’impression que les avis exprimés ne seront pas pris en compte et que les dés sont pipés dès le départ, a insisté pour sa part Jacques Tétreault, du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec. La future politique énergétique du Québec et la loi sur les hydrocarbures promises pour le printemps prochain nous semblent déjà écrites. »

Coprésident des EES en cours, le sous-ministre de l’Environnement du Québec Jacques Dupont a admis que le mandat octroyé par le gouvernement avait essentiellement pour but de déterminer s’il existe des potentiels d’exploitation, mais aussi les « impacts » de la filière fossile et les moyens de les « minimiser ». « On ne nous a pas demandé de regarder la question des scénarios alternatifs et de la transition énergétique », a-t-il précisé. Mais à la lumière des nombreuses critiques formulées lundi, M. Dupont a dit que le volet de la « transition énergétique » doit être pris en compte.

Études manquantes

 

Les groupes environnementaux ont unanimement dénoncé le processus des EES en rappelant que plusieurs études « majeures » ne sont toujours pas publiques, alors que les consultations ont déjà commencé. Il manque toujours 18 des 62 études qui doivent servir à la rédaction du rapport final des EES, qui doit être terminé d’ici quelques semaines.

Un porte-parole du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) a indiqué que les consultations portent sur les « hydrocarbures », et non sur les études menées dans le cadre des EES. Il n’a pas précisé de délais pour la publication de la totalité des études. Dans un communiqué publié le 12 novembre, le MERN prétendait à tort avoir publié toutes les études le 17 octobre. « Tout a été mis en oeuvre pour susciter des échanges constructifs avec les participants et une réflexion judicieuse de la situation. »

Ces EES, lancées en 2014, ratissent très large. Elles traitent de la question de l’exploration et de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel dans toutes les régions du Québec. Elles doivent aussi permettre d’évaluer toute la question du transport d’énergies fossiles sur le territoire, que ce soit par pipeline, par train ou par navire. En raison des délais serrés pour la réalisation des EES en cours, celle portant sur l’exploitation pétrolière sur Anticosti ne tiendra pas compte des forages avec fracturation.



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