Pour quelques degrés de moins

Le réchauffement climatique entraînerait la fonte accélérée des glaces, l’élévation du niveau des mers et l’acidification des océans.
Photo: Sarah Dawalbi Agence France-Presse Le réchauffement climatique entraînerait la fonte accélérée des glaces, l’élévation du niveau des mers et l’acidification des océans.
La Conférence de Paris sur le climat s’ouvre dans à peine deux semaines. S’il est généralement acquis que ce sommet réunissant 195 États accouchera d’un ambitieux accord de lutte contre les changements climatiques, les écueils n’en demeurent pas moins nombreux, malgré le message « positif » lancé à la fin de la dernière rencontre préparatoire, tenue cette semaine.

« Cest la vie même sur notre planète qui est en cause, l’urgence est absolue », résumait lundi le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, futur président de la conférence sur le climat COP21, devant les ministres des pays négociateurs réunis pour une dernière fois avant le sommet de Paris.

M. Fabius n’est évidemment pas le premier à évoquer l’extrême urgence d’agir pour enrayer la crise climatique mondiale. Mais son appel à une action concertée d’une ampleur sans précédent dans l’Histoire survenait alors que le monde amorce la dernière ligne droite avant la rencontre de quelque 195 États qui devront, d’ici le 11 décembre, statuer sur un accord suffisamment ambitieux pour freiner la hausse du thermomètre mondial à 2 °C d’ici 2100. Ou à tout le moins s’en approcher autant que possible.

Chose certaine, le temps presse. L’Institut météorologique britannique annonçait en effet lundi que la hausse des températures observée tout au long de l’année 2015 atteignait 1 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Ce nouveau record climatique survient alors que la croissance des émissions mondiales de gaz à effet de serre ne montre aucun signe de ralentissement. « Chaque année, nous faisons état d’un nouveau record dans les concentrations de gaz à effet de serre », déplorait d’ailleurs lundi l’Organisation météorologique mondiale, lors de la présentation de son rapport annuel à Genève.

Même en supposant le strict respect des engagements annoncés par près de 160 États en vue du sommet de Paris, le monde ne pourra pas éviter de bouleverser sérieusement le climat de la planète. Le plus récent rapport de l’ONU signale ainsi que les « contributions nationales » qui sont sur la table risquent de mener à une hausse globale comprise entre 3 °C et 3,5 °C à l’horizon 2100. Selon toute vraisemblance, ce bond se traduira par la multiplication des sécheresses et des vagues de chaleur, par la fonte accélérée des glaces, l’élévation du niveau des mers et l’acidification des océans. Les risques de conflits seraient du même coup multipliés. Autant dire que la vie humaine sera directement menacée.

Des avancées

 

Réputés au fait de ces données scientifiques sans équivoque, les pays négociateurs sont parvenus, selon M. Fabius, à « des avancées » à Paris en début de semaine. Ils se sont ainsi entendus sur l’idée de réviser à la hausse, et sur une base régulière, les engagements des États au cours des prochaines années. À la lumière des prévisions de l’ONU, une telle avenue semble en effet incontournable.

Autre élément qui pourrait jouer en faveur d’un accord dans la capitale française : les pays développés pourraient bonifier leur aide aux pays en développement à partir de 2020, afin d’aider ces derniers à s’adapter aux changements climatiques tout en développant une économie plus sobre en carbone. Le hic, c’est que les 100 milliards par année d’ici 2020 promis à Copenhague en 2009 n’ont toujours pas été entièrement livrés.

Outre cette promesse financière qui n’a toujours pas été respectée, six ans après Copenhague, pas moins d’une centaine d’États, dont plusieurs pays insulaires, réclament une cible plus ambitieuse que les 2 °C fixés par la communauté internationale. Ces États réunis au sein du Climate Vulnerable Forum estiment en fait que le monde devrait tout mettre en oeuvre pour stopper la hausse du thermomètre mondial à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Un total de 104 pays appuient cette demande, mais aussi plusieurs organisations environnementales et sociales.

Tous font valoir que la limitation à 2 °C, sur laquelle se basent les négociations en vue d’un accord à Paris, exposerait toujours plus d’un milliard de personnes à une hausse catastrophique du niveau des mers, mais aussi aux impacts d’événements climatiques extrêmes, entre autres. Tous ces phénomènes menaceraient des populations entières dans plusieurs régions du monde, font-ils valoir.

Contraignant ou non

 

Mais quelle que soit la cible, la Conférence des parties devra aussi dessiner les contours du virage économique à effectuer par tous pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Une formulation s’est dégagée des discussions de la pré-COP, autour de l’idée de « trajectoire d’émissions bas carbone et adaptée au climat », a estimé Laurent Fabius. Une définition qui semble convenir au futur président de la COP, mais pas à de nombreux observateurs, déçus de n’y voir figurer aucune date (en 2050 ou à la fin du siècle ?) ni aucune précision sur les modalités de cette transition énergétique (essor des énergies renouvelables dans le paysage énergétique, retrait des énergies fossiles ?).

Un écueil important a par ailleurs refait surface jeudi, sous la forme d’une guerre des mots entre la France et les États-Unis. Il s’agit de l’aspect « contraignant » ou non du futur accord sur le climat. Dans un entretien au Financial Times publié jeudi, le secrétaire d’État américain, John Kerry, a fait savoir que l’accord de Paris « ne sera certainement pas un traité ». « Il n’y aura pas d’objectifs de réduction [des émissions de gaz à effet de serre] juridiquement contraignants, comme cela avait été le cas à Kyoto », a-t-il insisté.

Une déclaration qui a visiblement déplu au gouvernement français, qui présidera la Conférence de décembre. L’accord attendu à Paris pour contenir le réchauffement sous le seuil des 2 °C sera « contraignant ou il n’y aura pas d’accord », a réagi François Hollande. Au final, si le différend subsiste, certains évoquent déjà l’idée d’un « accord hybride » prévoyant des contraintes sur le suivi des promesses faites par les pays, mais pas sur les objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Autant dire un risque sérieux pour le climat mondial.

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