Moins de GES, mais toujours du pétrole?

Le premier ministre Philippe Couillard a reçu des dessins d’enfants représentant l’avenir de la planète qu’il s’est engagé à remettre aux participants à la Conférence de Paris sur le climat.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Philippe Couillard a reçu des dessins d’enfants représentant l’avenir de la planète qu’il s’est engagé à remettre aux participants à la Conférence de Paris sur le climat.

Même s’il estime que l’avenir du Québec ne passe pas par les énergies fossiles, le premier ministre Philippe Couillard ne voit pas de contradiction dans le fait d’ouvrir la porte à l’exploitation des hydrocarbures tout en affirmant sa volonté de lutter contre les changements climatiques. Son gouvernement a toutefois annoncé jeudi une cible ambitieuse de réduction des gaz à effet de serre.

Réagissant à la proposition du gouvernement de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % d’ici 2030, par rapport à 1990, plusieurs groupes ont toutefois souligné que cette cible ambitieuse ne pourra être atteinte si le Québec se lance dans l’exploitation des énergies fossiles. Or, les libéraux n’ont pas caché leur préjugé favorable envers des projets pétroliers en développement en Gaspésie, sur l’île d’Anticosti et dans le golfe du Saint-Laurent.

Le premier ministre croit cependant que les deux objectifs peuvent cohabiter. « Nous sommes dans un siècle de transition, a-t-il soutenu jeudi, dans le cadre d’un point de presse tenu à Montréal jeudi. La clé est de savoir comment on va gérer cette transition. Il n’y a pas de contradiction. C’est le piège habituel de choisir entre les options de développement économique et la protection de l’environnement. Les deux doivent aller de pair. »

Philippe Couillard a également refusé de s’engager à évaluer les GES qui seront produits par le pétrole des sables bitumineux qui coulera dans le pipeline Énergie Est. Des municipalités, des scientifiques et des écologistes ont pourtant déploré l’absence de cet enjeu climatique dans le cadre de l’évaluation environnement que compte mener le Québec pour le projet de TransCanada. Il faut dire que selon des calculs de l’Institut Pembina, les émissions annuelles atteindront 32 millions de tonnes, soit l’équivalent de l’ajout de sept millions de véhicules sur nos routes.

Mais pour le chef libéral, il faut surtout se poser la question des modes de transport du pétrole, tout en se détournant des énergies fossiles. « Dans cette situation, le pétrole qui bougera au cours du prochain siècle sur le continent nord-américain, il bougera soit par chemin de fer, et on sait que ce n’est pas nécessairement une meilleure solution, ou soit par des pipelines. Mais c’est marginal. Ce qu’on doit faire au cours du prochain siècle, ce n’est pas ça. Ce n’est pas le projet du Québec. L’avenir du Québec, ce n’est pas les hydrocarbures. »

Urgence d’agir

En conférence de presse plus tôt en journée à Québec, le ministre de l’Environnement David Heurtel a d’ailleurs insisté sur la volonté du gouvernement d’orienter la province vers une économie plus « sobre » en carbone.

Il a ainsi rappelé qu’il y a « urgence d’agir » pour lutter contre les bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine. « La science nous dit clairement que si nous permettons un réchauffement de plus de deux degrés, on parle de changements cataclysmiques pour toute la planète. On parle d’impacts sur l’eau, sur notre santé, sur notre nourriture et sur notre territoire. »

Pour contribuer à freiner les bouleversements déjà en cours, Québec espère atteindre un premier objectif de réduction des GES fixé à 20 % d’ici 2020, par rapport à 1990. La baisse pourrait ensuite, en théorie, atteindre 37,5 % en 2030, puis entre 80 % et 95 % en 2050.

Pour le moment, les émissions du Québec ont connu une baisse d’environ 8 % depuis 1990. Les plus récentes données sur les émissions québécoises précisent toutefois que celles-ci sont passées de 81,6 à 82,6 millions de tonnes entre 2012 et 2013. À lui seul, le secteur des transports génère en moyenne 35 millions de tonnes de GES par année depuis une décennie. Les émissions du secteur minier sont elles aussi significatives.

« Nous sommes résolument décidés à faire ce qu’il faut pour atteindre notre cible, a néanmoins assuré M. Heurtel. On fera ce qu’il faut pour y arriver, parce que ce que nous faisons, nous le faisons pour les générations futures. » Selon lui, la transition vers une économie moins dépendante des énergies fossiles passe surtout par une transformation du secteur des transports, responsable de 44 % des émissions de GES au Québec. Un document d’orientation sur l’électrification des transports doit d’ailleurs être présenté au cours des prochaines semaines, a promis le ministre.

David Heurtel juge en outre que les changements qui s’imposent dans l’économie devraient déboucher sur des « occasions de développement », notamment pour de nouvelles entreprises et de nouvelles technologies.

GES et pipelines

 

Au-delà des occasions économiques qui pourraient émerger d’une économie plus sobre en carbone, comment arrimer ces objectifs ambitieux avec des projets industriels à fortes émissions de GES, par exemple la cimenterie de Port-Daniel ? Ces projets seront soumis au marché du carbone, a assuré le ministre Heurtel.

Le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, estime que le gouvernement devrait également soumettre les projets industriels d’envergure à un « test climat ». « On ne peut plus dire oui à un projet sans comprendre ses implications environnementales dans le temps et même à l’extérieur de nos frontières. » Selon lui, l’idée de vouloir transformer le Québec en province productrice de pétrole et en territoire stratégique pour l’exportation du pétrole albertain, tout en affirmant lutter contre les changements climatiques, relève de l’« illusion ».

« Le leadership démontré aujourd’hui risque d’être grandement miné si le gouvernement autorise des projets polluants comme les pipelines qui entraîneront une expansion massive de la production de pétrole issu des sables bitumineux », a aussi souligné jeudi Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace. Même son de cloche du côté de Québec solidaire.

Du côté du Parti québécois, on juge tout simplement que le gouvernement Couillard « n’a aucune crédibilité » en matière de lutte contre les bouleversements climatiques.

 

À voir en vidéo