Laval lance un non catégorique au projet Énergie Est

L’île aux Vaches, dans la rivière des Mille Îles. Le pipeline Énergie Est franchira cette rivière qui sépare Laval de la Rive-Nord.
Photo: Alarie Photos L’île aux Vaches, dans la rivière des Mille Îles. Le pipeline Énergie Est franchira cette rivière qui sépare Laval de la Rive-Nord.

S’il n’en tenait qu’à Laval, le Québec fermerait définitivement la porte au pipeline Énergie Est de TransCanada. Son maire a d’ailleurs appelé jeudi à « bloquer » ce projet conçu pour exporter le pétrole des sables bitumineux, un message qui semble trouver de plus en plus d’écho dans le monde municipal.

« Des problèmes graves se produisent par centaines sur les oléoducs existants. Devant de tels risques, il s’avère injustifiable de permettre ce projet. La sécurité des personnes prime sur le reste et nous ne permettrons pas que la santé et la vie de nos citoyens soient mises en danger », a martelé le maire Marc Demers en dévoilant le mémoire particulièrement sévère rédigé pour les consultations de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) sur le projet Énergie Est.

Laval, troisième ville en importance au Québec, estime en fait que ce pipeline destiné au transport de pétrole albertain ferait courir des risques « à la population, à l’environnement et à l’activité économique régionale ».

Le tracé précis du pipeline sur le territoire lavallois « n’est toujours pas connu », constate la municipalité de 420 000 habitants. Mais selon les plans de TransCanada, le tuyau qui serait construit serait en fait une conduite secondaire servant à transporter du pétrole jusqu’à Montréal.

Ce pipeline traverserait donc le territoire du nord au sud, franchissant au passage les rivières des Mille Îles et des Prairies, deux éléments qui inquiètent particulièrement la Ville. Le mémoire rappelle ainsi que les deux cours d’eau constituent des milieux naturels de grande importance, mais aussi que la rivière des Mille Îles est caractérisée par une « biodiversité impressionnante ».

Eau à risque

Or, en plus de juger déficientes les informations de la pétrolière sur les traversées de ces cours d’eau, Laval déplore l’absence de détails sur la traversée de la rivière des Outaouais. La question est pourtant prioritaire. Cette rivière est en effet le tributaire des sources d’eau brute de la municipalité. La Ville souligne que les risques sont d’ailleurs bien réels. Selon un rapport produit par la firme Savaria Experts-Conseil, « la totalité des prises d’eau de la ville de Laval pourrait être affectée dans un intervalle de 8 h à 12 h ».

Laval constate en outre que le projet n’entraînerait « pas de gains notables » pour son économie. « Le projet sert d’abord les intérêts économiques des différents acteurs privés, dont TransCanada et les grandes pétrolières des sables bitumineux […] » Qui plus est, ce pipeline viendrait interférer dans la planification du territoire lavallois pour les prochaines années. Selon ce que précise TransCanada, une emprise permanente d’une largeur de 30 mètres est nécessaire pour son pipeline.

La Ville fait enfin valoir qu’en favorisant l’expansion de la production des sables bitumineux, ce pipeline « ne contribuera pas à réduire notre dépendance énergétique aux combustibles fossiles, ne réduira pas les émissions de gaz à effet de serre et n’aura pas d’impact positif sur la qualité de l’air, et conséquemment, sur la santé des citoyens ». Le mémoire déplore d’ailleurs que les pipelines « s’inscrivent dans le modèle économique encore dominant » basé sur les énergies fossiles, « donc non renouvelables ».

Fronde municipale

Par ailleurs, non seulement Laval « s’objecte » à la construction d’Énergie Est, mais la Ville entend aussi contribuer à la fronde municipale contre le projet. Déjà, les inquiétudes et les refus se font de plus en plus entendre dans le milieu municipal, a souligné jeudi le porte-parole de l’Union des municipalités du Québec, Patrick Lemieux.

« Il y a de plus en plus de municipalités qui expriment de sérieuses réserves ou qui s’opposent carrément au projet, a-t-il fait valoir. Il n’y a pas beaucoup de municipalités qui m’ont appelé pour me dire qu’elles appuyaient le projet. Disons que c’est plutôt le contraire. » Le regroupement doit d’ailleurs prendre position dans ce dossier au cours des prochaines semaines. Plus de 70 municipalités ont déjà signifié leur rejet du projet de pipeline, qui ferait passer plus du tiers de la production des sables bitumineux en sol québécois d’ici cinq ans.

Du côté de TransCanada, la fin de non-recevoir de Laval est perçue comme un appel au « dialogue », a réagi son porte-parole, Tim Duboyce. Selon lui, il est normal que les pipelines, « qui sont relativement nouveaux pour les gens », soulèvent des questions. Mais ils sont nécessaires, a-t-il insisté. « Si on prépare un projet de cette envergure, c’est parce que le marché et les compagnies de pétrole disent que ce sera nécessaire. Si on ne le fait pas, il y aura de plus en plus de pétrole qui va se promener dans des wagons-citernes qui vont passer directement dans les communautés. »

Le pipeline Énergie Est doit transporter 1,1 million de barils par jour, soit plus de trois fois la demande québécoise. Cette quantité équivaut à 1527 wagons-citernes. La production de ce pétrole émettra 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit l’équivalent de sept millions de véhicules.

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