Des risques environnementaux significatifs pour la Baie de Fundy

La hausse marquée du trafic maritime de pétroliers aurait des impacts certains sur les baleines qui fréquentent le secteur.
Photo: Stephan Savoia Associated Press La hausse marquée du trafic maritime de pétroliers aurait des impacts certains sur les baleines qui fréquentent le secteur.

S’il se réalise, le projet de pipeline Énergie Est imposera des risques environnementaux significatifs pour la Baie de Fundy, conclut un rapport publié mercredi par le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick.

Puisque la vaste majorité du pétrole transporté dans ce tuyau coulera jusqu’à Saint John, au Nouveau-Brunswick, c’est à partir de là qu’il sera exporté par pétroliers vers les marchés étrangers.

Le rapport, intitulé « Un trafic pétrolier et des boulettes de goudron : ce que l’oléoduc Énergie Est signifie pour la baie de Fundy et le golfe du Maine », estime donc que ce projet conçu pour l’industrie des sables bitumineux pourrait avoir des impacts sur l’environnement marin et les 75 communautés côtières du Nouveau-Brunswick qui dépendent de l’industrie de la pêche et du tourisme autour de la baie de Fundy.

« Ce rapport montre que l’oléoduc Énergie Est causerait un environnement marin stressant pour les baleines, et un accident vite arrivé impacterait des milliers de Néo-brunswickois travaillant dans le domaine touristique ou la pêche dans la baie de Fundy », résume Matthew Abbott, porte-parole du Conseil de conservation et auteur du rapport.

Selon les données du rapport, l’exportation de pétrole ferait augmenter le trafic de pétroliers, puisque 115 à 290 navires seraient nécessaires chaque année pour transporter venu le brut de l’Ouest canadien.

Or, tout déversement aurait des impacts dévastateurs pour l’environnement et l’économie de la région, selon l’organisme. « Avec cette proposition d’oléoduc, nous mettons en jeu des milliers d’emplois permanents pour avoir des emplois à court terme qui mettent la baie de Fundy en danger à long terme », selon M. Abbott. À titre d’exemple, les pêcheries de la baie de Fundy emploient près 5000 personnes.

Le groupe souligne en outre qu’il serait très ardu d’intervenir en cas de marée noire, en raison des marées très importantes dans la baie de Fundy, une zone maritime qui connaît plusieurs épisodes de brouillard chaque année.

Menace pour les baleines

 

Qui plus est, la hausse marquée du trafic maritime de pétroliers aurait des impacts certains sur les baleines noires qui fréquentent le secteur. Cette espèce de cétacés, rarissime dans l’Atlantique nord (il reste à peine 500 individus), est très présente en été. Elle est d’ailleurs inscrite sur la liste des espèces en péril au Canada, ce qui signifie que le gouvernement a l’obligation de protéger son habitat essentiel.

La situation de l’espèce est tellement critique que des mesures de protection mises en place au sud de la baie de Fundy ont résulté en un déplacement des routes maritimes, de façon à éviter les zones de concentration des animaux.

Le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick demande donc à Pêches et Océans Canada d’évaluer les impacts du projet Énergie Est pour la baleine noire, mais aussi sur les pêcheries. Pêches et des Océans et la Garde côtière canadienne devraient aussi, selon le groupe, « recevoir le mandat d’effectuer une évaluation de leur capacité d’intervention d’urgence en cas d’accidents de pétroliers ou de déversements de bitume dans la baie de Fundy ».

Risques en Ontario

 

La semaine dernière, la Commission de l’énergie de l’Ontario concluait pour sa part que le projet Énergie Est devrait générer de faibles retombées économiques, tout en faisant peser des risques bien réels pour la population et l’environnement. L’évaluation menée au nom du gouvernement de l’Ontario avait débuté en 2013.

Au Québec, l’évaluation environnementale du projet de pipeline devrait débuter sous peu. La décision finale concernant Énergie Est reviendra cependant au gouvernement fédéral. Aucun des trois partis qui peuvent espérer prendre le pouvoir aux prochaines élections ne s’oppose au projet.

Ce pipeline conçu pour répondre aux besoins de l’industrie pétrolière albertaine transportera plus de 400 millions de barils de brut chaque année en territoire québécois, sur une distance d’environ 720 kilomètres.

Avec le transport de plus d’un million de barils par jour dès 2020, Énergie Est fera du territoire du Québec un élément clé dans l’exportation du pétrole albertain. Grâce ce projet, le plus important du genre en développement en Amérique du Nord, plus du tiers de la production des sables bitumineux passera en sol québécois d’ici cinq ans.


 

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