Obama met les Américains au défi

Les centrales au charbon représentent une grande part de l’économie de plusieurs États américains.
Photo: David J. Phillip Associated Press Les centrales au charbon représentent une grande part de l’économie de plusieurs États américains.

Bien plus qu’un simple plan pour lutter contre « la grande menace » que font peser les changements climatiques sur la planète, la nouvelle politique environnementale américaine, présentée par le président Barack Obama lundi, est une main tendue vers la communauté internationale, à moins de six mois de la tenue de la conférence de Paris sur le climat.

« Cette nouvelle prise de position d’Obama est très symbolique, insiste Maya Jegen, professeure au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal. Les États-Unis ont longtemps été la cible de lourdes critiques en matière d’environnement. Le président se positionne, envoie à ses vis-à-vis internationaux un message clair qui dit que les États-Unis sont enfin prêts à bouger. »

Le président mise sur la mobilisation citoyenne déjà en marche pour forcer la main des politiciens qui seraient tentés de contester son nouveau plan de lutte contre les changements climatiques.

Cette lutte est l’un des « défis-clés » de notre époque, a estimé M. Obama depuis la Maison-Blanche, d’où il a annoncé le Plan américain pour une énergie propre (« America’s clean power plan »). Piloté par l’Agence de protection de l’environnement (EPA), ce dernier place, pour la première fois, les centrales électriques — qui sont responsables de 40 % des émissions américaines de dioxyde de carbone — « en première ligne ».

Plus encore, ce sont celles qui carburent encore au charbon — on en compterait environ 1200 aux États-Unis — qui sont surtout visées par la politique environnementale.

Au moment de la présenter, Barack Obama a décrit les restrictions imposées aux centrales électriques comme « l’étape la plus importante » jamais effectuée par les États-Unis pour contrer les bouleversements climatiques auxquels fait face l’humanité.

« Il n’y a pas de défis qui posent une plus grande menace pour notre avenir et pour les générations futures que les changements climatiques », a affirmé le président, soulignant l’urgence d’agir.

« La plupart du temps, les problématiques auxquelles nous faisons face sont temporaires et nous pouvons nous attendre à ce que les choses s’améliorent si nous y travaillons dur, a-t-il lancé. Mais voilà l’un des rares cas, de par leur ampleur, de par leur portée, qui, si nous ne le réglons pas, ne pourront pas être inversés. Et nous ne pourrons probablement pas nous adapter suffisamment. »

Les objectifs fixés par le nouveau plan sont donc légèrement plus ambitieux que ceux initialement présentés en juin 2014.

Ainsi, d’ici 2030, les États-Unis devront réduire de 32 % leurs émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité, sur la base de celles enregistrées en 2005. La première version visait plutôt une réduction de 30 %.

Contestation juridique

La première mouture du plan avait été largement contestée par le Parti républicain, remise en question jusque devant les tribunaux.

La politique s’appuie sur la Loi sur la qualité de l’air, qui est sous la responsabilité de l’EPA, une agence fédérale. Les États doivent mettre en place des mesures pour se conformer aux objectifs du plan d’ici 2022.

L’environnement étant de compétence étatique, les opposants évoquent le fait que le président outrepasse ses pouvoirs.

« C’est probablement ce qui va arriver à cette nouvelle version, prédit la professeure Maya Jegen. La contestation sera juridique et politique, car [Obama] vient frapper certains États où le charbon occupe encore une place très importante dans l’économie, et quand on dit “ économie ”, on veut dire “ emplois ”. »

En effet, le débat est particulièrement vif et crée de nombreux clivages aux États-Unis, où 37 % de l’électricité est encore produite par des centrales au charbon. Dans certains États, comme la Virginie occidentale, le Wyoming et le Kentucky, plus de 85 % de l’électricité découle de cette source d’énergie fossile.

La professeure souligne d’ailleurs que les lobbys du charbon sont très forts dans certains États et qu’ils joindront, sans aucun doute, leurs forces à celles des républicains.

En contrepartie, la politique prévoit un programme de subvention pour les États qui effectueraient une transition vers les sources d’énergie durables, comme l’éolien et le solaire.

Changements locaux

Pour Donald Cuccioletta, de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, le nouveau plan vise surtout à interpeller les Américains eux-mêmes, plutôt qu’à convaincre les républicains.

« Depuis quelques mois, Barack Obama s’adresse surtout à son peuple lorsqu’il fait des annonces majeures, indique le spécialiste de la politique américaine. Il lui parle, le sensibilise, en fait un acteur de changement. » Plus encore, selon M. Cuccioletta, les Américains démontrent depuis déjà un moment leur volonté de s’engager dans la lutte contre les changements climatiques.

En ce sens, une centaine de maires de grandes villes du pays ont déjà dit qu’ils s’engageraient activement dans le Plan. Des gouverneurs d’États à l’avant-garde environnementale, comme la Californie et le Colorado, comptent eux aussi pousser à la roue.

« Aux États-Unis, les grands changements ne viennent jamais d’en haut, indique-t-il. Et c’est ça qu’Obama a bien compris. Regardez aujourd’hui ! Plus du tiers de son discours s’adressait directement à sa population. Il a fait pareil quand est venu le temps de parler du contrôle des armes à feu ou de la question raciale », en marge des événements de Ferguson et de Baltimore.

Dès le début de son premier mandat, en 2008, le président Obama avait fait de l’environnement l’une de ses priorités.

Son audacieuse politique a d’ailleurs déjà été saluée par la communauté internationale. L’Union européenne a immédiatement applaudi au plan et aux « efforts sincères » du président américain pour participer à la lutte mondiale contre les changements climatiques.

Avec l’Agence France-Presse et Le Monde

ONU: un plan à 3500 milliards

L’ONU estime qu’il faudra dépenser au moins 3500 milliards de dollars par an sur 15 ans pour éradiquer l’extrême pauvreté, tout en maîtrisant le réchauffement climatique. Les 193 pays membres des Nations unies ont adopté dimanche un très ambitieux programme pour atteindre ces objectifs d’ici 2030. « Les chiffres généralement évoqués vont de 3500 à 5000 milliards de dollars par an, année après année », a indiqué l’ambassadeur kényan à l’ONU, Macharia Kamau, dont le pays a coprésidé les négociations, avec l’Irlande. « Cela semble un chiffre astronomique », a-t-il reconnu, estimant qu’il s’agissait d’un programme « certes ambitieux mais pas impossible à réaliser ». Il a souligné l’importance qu’aura la contribution du secteur privé, « un réservoir de milliers de milliards de dollars ». Le programme, intitulé « Transformer notre monde, programme de développement durable d’ici 2030 », comprend 17 objectifs de développement durable déclinés en 169 « cibles », dont le premier est « d’éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde ». D’autres concernent la santé, l’accès à l’éducation ou l’égalité des sexes. Les pays ont aussi promis de « prendre d’urgence des mesures pour lutter » contre les changements climatiques, notamment en concluant un « accord ambitieux » lors de la conférence de Paris.


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