Les catastrophes naturelles ont déplacé 19,3 millions de personnes en 2014

Une petite fille tente de se réchauffer tout en pataugeant dans les eaux du village inondé de Malabon, aux Philippines.
Photo: Aaron Favila Associated Press Une petite fille tente de se réchauffer tout en pataugeant dans les eaux du village inondé de Malabon, aux Philippines.

En 2014, 19,3 millions de personnes ont été obligées de fuir leur foyer en raison d’une catastrophe liée aux aléas naturels, révèle le dernier rapport de l’Observatoire des situations de déplacements internes (IDMC) du Conseil norvégien pour les réfugiés. Si les tremblements de terre et les éruptions volcaniques ont entraîné la mobilité de 1,7 million de personnes, dans leur très grande majorité (17,6 millions), ces déplacements ont été provoqués par des catastrophes liées aux aléas climatiques, des cyclones et des inondations essentiellement.

Les flux migratoires contraints par une catastrophe naturelle ne cessent de croître. L’importance de ces mobilités forcées varie bien sûr d’une année à l’autre ; néanmoins, depuis 2008, ces catastrophes ont entraîné le déplacement de 22,5 millions de personnes en moyenne chaque année — pour la plupart à l’intérieur même de leur pays — soit l’équivalent de 62 000 personnes chaque jour.

Aujourd’hui, la probabilité qu’une personne subisse un tel déplacement est 60 % plus élevée que dans les années 1970. Et les effets des changements climatiques qui causeront de plus en plus d’événements extrêmes exacerberont encore cette tendance, s’alarme l’IDMC. D’autant que le nombre des personnes vivant dans des zones à risque ne cesse de croître.

Concentration des zones à risque

La hausse de ces déplacements s’explique en grande partie par la croissance démographique, le développement économique et l’urbanisation galopante dans les zones à risque, souligne le rapport, qui constate que les pays en développement sont davantage affectés que ceux à bas revenus. « Dans les pays connaissant une forte et rapide croissance et, ce faisant, une urbanisation souvent anarchique, de plus en plus de personnes sont exposées à un risque de déplacement. La concentration dans les zones à risque où l’habitat est souvent précaire ne fait qu’accroître la probabilité d’une catastrophe », observe Alexandra Bilak, directrice de la recherche et des politiques de l’observatoire, qui insiste sur le fait que la plupart de ces catastrophes sont souvent autant humaines que naturelles.

L’Asie, qui abrite 60 % de la population mondiale, est le continent le plus touché, avec 16,7 millions de déplacés en 2014, soit 87 % du nombre total sur la planète. Comme au cours des sept dernières années, la Chine, l’Inde et les Philippines sont les trois pays qui ont connu l’an passé les plus forts mouvements. Les deux plus grands désastres ont été provoqués par les typhons Glenda et Ruby aux Philippines et ont entraîné à eux seuls le déplacement de plus de 4,8 millions de personnes.

En Afrique, les déplacements ont été en 2014 trois fois moins importants qu’en moyenne au cours des sept dernières années. Néanmoins, certains pays peuvent être durement touchés : au Soudan notamment, quelque 159 000 personnes ont encore été contraintes de se déplacer à cause des inondations lors de la saison des pluies.

Les déplacements en Europe représentent moins de 1 % de l’ensemble des mobilités forcées au niveau mondial. Néanmoins, les Européens contraints de fuir en raison d’une catastrophe naturelle ont été en 2014 deux fois plus nombreux (190 000) qu’en moyenne au cours des sept dernières années, principalement à cause des inondations catastrophiques dans les Balkans.

Déplacements prolongés

Si les pays en développement payent le plus lourd tribut, les populations des régions les plus développées ne sont pas épargnées. Au Japon, le typhon Halong en août 2014 a provoqué le déplacement de 570 000 personnes.

L’IDMC insiste sur la complexité de la situation des déplacés qui, souvent, subissent aussi les conséquences d’un conflit. « En Bosnie, les inondations qui se sont produites en 2014 ont affecté des personnes qui, pour la plupart, avaient déjà été déplacées pendant la guerre des Balkans et n’avaient toujours pas trouvé de solution durable. Le même phénomène s’observe en Afghanistan, où le déplacement forcé de populations est causé par une multitude de facteurs, la violence et le conflit armé, mais aussi des tremblements de terre, des inondations et des glissements de terrain, explique Alexandra Bilak, qui s’alarme de ces situations de déplacements prolongés. Il persiste un mythe selon lequel un déplacement provoqué par une catastrophe naturelle est temporaire. Or ce phénomène touche un grand nombre de personnes, et pas dans les seuls pays en conflit ou les plus vulnérables. »

Aux États-Unis, sur les 430 000 personnes du New Jersey contraintes en octobre 2012, par l’ouragan Sandy, de quitter leur foyer, 14 000 vivent encore dans des logements temporaires. « Il s’agit là principalement d’Afro-Américains et de Latino-Américains qui accèdent plus difficilement à l’assistance publique au logement », observe Mme Bilak.

L’IDMC insiste sur l’urgente nécessité d’une prise en compte de ces flux migratoires forcés dans les négociations internationales en cours. Si l’accord mondial sur le climat espéré à Paris en décembre devrait reconnaître le déplacement comme une conséquence importante des changements climatiques, ce phénomène, s’inquiète-t-il, n’est pas traité en tant que tel parmi les objectifs de développement durable qui doivent être adoptés cette année par la communauté internationale.

À voir en vidéo