Québec protégera 10% des eaux du Saint-Laurent d’ici 2020

À l’heure actuelle, il existe une seule zone maritime formellement protégée dans tout le Saint-Laurent.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir À l’heure actuelle, il existe une seule zone maritime formellement protégée dans tout le Saint-Laurent.

Le gouvernement Couillard devrait profiter du lancement de sa Stratégie maritime, ce mardi, pour s’engager à protéger 10 % de la superficie de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent d’ici 2020, a appris Le Devoir. Pour y parvenir, il devra toutefois faire débloquer des projets d’aires marines protégées pratiquement au point mort, malgré des années de discussions entre Québec et Ottawa.

À l’heure actuelle, il existe une seule zone maritime officiellement protégée dans tout le Saint-Laurent. Il s’agit du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. À cela doit s’ajouter la réserve aquatique « projetée » de Manicouagan. Ces deux zones représentent un peu moins de 2000 km2, soit à peine 1,3 % de toute la superficie de l’estuaire et du golfe.

Un peu comme il l’a fait en annonçant le déploiement du Plan Nord, le gouvernement libéral devrait toutefois s’engager à bonifier substantiellement les mesures de protection dans le cadre de l’annonce de sa Stratégie maritime. Déjà évoqué depuis plusieurs mois, ce chantier économique doit en théorie mettre en valeur « tout le potentiel du fleuve et de l’estuaire du Saint-Laurent ».

Selon les informations obtenues auprès de sources bien au fait du dossier, Québec devrait promettre d’atteindre le taux de 10 % d’ici la fin de la décennie. Cela équivaudrait à créer l’équivalent de sept parcs marins d’ici cinq ans. Mais si cela représente un bond significatif par rapport au taux actuel de protection du Saint-Laurent, cette cible permet simplement au gouvernement de respecter l’engagement international pris lors de la signature de la Convention sur la diversité biologique, à Nagoya, en 2010.

Le document de promotion de la stratégie maritime en ligne depuis des mois sur le site du Parti libéral évoquait par ailleurs l’année 2015 pour l’atteinte de cet objectif. « Nous réserverons 10 % du territoire marin à des aires marines protégées d’ici 2015. Nous devancerons alors de cinq ans l’engagement international de la Conférence de Nagoya », stipule le document qui était encore disponible sur le site des libéraux, lundi.

Très déçue des gestes faits par Québec jusqu’à présent, la Société pour la nature et les parcs fonde d’ailleurs beaucoup d’espoir sur l’annonce de mardi. « Avec des investissements de 1,5 milliard d’ici 2020, nous osons croire que la Stratégie maritime comprendra des mesures pour rattraper le retard en matière d’aires marines protégées. On ne peut construire un plan économique sur le dos du Saint-Laurent sans se préoccuper de la santé de cet écosystème », a fait valoir lundi son directeur général, Patrick Nadeau.

Projets stagnants

 

L’engagement de 10 % ne devrait cependant pas être formellement associé à des projets précis, pour le moment. Il existe trois projets de protection marine qui visent le Saint-Laurent. Tous sont à l’ordre du jour de discussions entre les gouvernements fédéral et provincial depuis plusieurs années, rappelle d’ailleurs Sylvain Archambault, de la Coalition Saint-Laurent. Le problème, ajoute-t-il, c’est que les progrès sont très lents, voire quasi inexistants.

Le plus important projet vise une région de 16 500 km2 entourant les îles de la Madeleine. Dans ce cas, le projet de création d’une aire marine protégée a été évoqué par le gouvernement fédéral dès 2004. Il a fait l’objet de discussions entre les deux ordres de gouvernement au fil des ans, mais rien n’a jusqu’ici été annoncé. Pour certains Madelinots, le projet est d’autant plus important qu’un projet d’exploration pétrolière vise la structure sous-marine Old Harry, située à 80 kilomètres de l’archipel.

Un projet de zone de protection marine est aussi à l’étude dans l’estuaire, afin de bonifier l’aire protégée par le parc marin. Cette zone de 6000 km2 s’étendrait de l’Îsle-aux-Coudres à Métis-sur-Mer, en aval de Rimouski. Elle est à l’étude depuis 1998. Elle a fait l’objet de travaux scientifiques financés par Pêches et Océans Canada et d’une consultation publique. Un plan de gestion préliminaire a même été élaboré. Mais les discussions seraient au point mort, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Un dernier projet vise une zone de 1000 km2 nommée Banc des Américains, située tout juste à la pointe est de la Gaspésie. Le secteur est « caractérisé par la diversité de ses habitats, par la présence permanente ou saisonnière de nombreuses espèces à valeur commerciale et de baleines, par la présence d’espèces en péril et par une grande diversité de mollusques et crustacés », selon Pêches et Océans Canada. Il a été désigné comme « site d’intérêt » en 2011 par le fédéral, mais Québec tarde toujours à s’impliquer dans le dossier.

La réalisation de ces trois projets serait une excellente nouvelle, selon M. Archambault. Selon ses calculs, l’établissement de ces aires marines protégées permettrait aussi d’atteindre un taux de protection de plus de 15 %. « Même après cela, le travail ne sera pas terminé, puisque c’est un réseau d’aires marines protégées qui est nécessaire, a toutefois expliqué Patrick Nadeau. C’est pour cela que nous demandons un plan de match 2015-2020 clair de la part du gouvernement du Québec, avec des jalons et un mécanisme de collaboration avec le gouvernement fédéral. »

Avec des investissements de 1,5 milliard d’ici 2020, nous osons croire que la Stratégie maritime comprendra des mesures pour rattraper le retard en matière d’aires marines protégées. On ne peut construire un plan économique sur le dos du Saint-Laurent sans se préoccuper de la santé de cet écosystème.



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