Obama bloquera Keystone XL

Le président américain Barack Obama
Photo: Evan Vucci Associated Press Le président américain Barack Obama

Après avoir longtemps hésité, le président américain Barack Obama a finalement tranché : il opposera son veto à tout vote du Congrès en faveur du projet de pipeline Keystone XL. Une situation qui risque d’augmenter la pression en faveur de l’oléoduc Énergie Est, qui fera couler chaque année 400 millions de barils de brut albertain vers le Québec.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest, a annoncé mardi que Barack Obama ne promulguerait pas la loi autorisant la construction du tronçon nord du pipeline, qui doit être votée dans les prochains jours par un Congrès désormais sous le contrôle des républicains.

 

Après le veto présidentiel, le Sénat et la Chambre des représentants pourront certes tenter de le surmonter, mais il faudra recueillir une majorité des deux tiers.

Sur le fond, a toutefois précisé Josh Earnest, Barack Obama n’a pas décidé s’il autoriserait, au final, l’oléoduc. Mais en décembre, le président a jugé que le projet profiterait plus aux entreprises pétrolières implantées au Canada qu’aux consommateurs américains, car le brut transporté vers les raffineries du sud des États-Unis serait ensuite exporté.

Il a également déjà formulé de sérieux doutes sur la création d’emplois permanents découlant de la construction du pipeline, estimant ce nombre à tout au plus 50. Qui plus est, le chef démocrate a déjà évoqué les impacts climatiques d’un tel projet, conçu d’abord pour faciliter l’exportation du pétrole des sables bitumineux, dont la production est en pleine croissance.

Forts de leur majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, les républicains sont pour leur part pressés de donner le feu vert à TransCanada, qui attend l’autorisation de Washington depuis maintenant six ans.

Il faut dire que le lobby pétrolier, mais aussi le gouvernement Harper, plaide régulièrement en faveur de Keystone XL. Ce pipeline doit permettre de transporter quotidiennement 830 000 barils de pétrole jusqu’aux raffineries du Texas. Un nouveau tronçon de pipeline de près de 2000 kilomètres de long doit pour cela être construit entre l’Alberta et le Nebraska, où il sera raccordé à une autre conduite transportant le pétrole vers les raffineries du golfe du Mexique.

Pression au Québec

 

Dans un contexte où Keystone XL demeurera bloqué pour une période indéterminée, et alors que la réalisation du projet Northern Gateway destiné à la côte ouest canadienne est toujours incertaine, le chemin naturel du pétrole albertain pourrait bien passer par le Québec.

La conjoncture risque en effet d’accroître la pression en faveur du projet Énergie Est de TransCanada. Après tout, cet unique pipeline transportera chaque jour 1,1 million de barils, soit autant de pétrole que les oléoducs Keystone XL et Northern Gateway réunis. Qui plus est, le geste du président Obama survient alors que l’Office national de l’énergie étudie déjà le projet Énergie Est, qui doit parcourir le sol québécois sur plus de 700 kilomètres.

« Il y aura davantage de pression », estime Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire à HEC Montréal. « Mais, souligne-t-il, même s’il n’y avait pas de blocage du côté de Keystone XL, le projet Énergie Est serait toujours pertinent pour les producteurs albertains, qui sont déterminés à trouver des voies de sortie pour leur pétrole. »

En contrepartie, ajoute M. Pineau, le refus de la Maison-Blanche risque de donner aussi des munitions aux opposants à Énergie Est, qui sont de plus en plus nombreux. « Ils vont trouver dans ce refus une source de motivation supplémentaire. Et symboliquement, c’est un argument qui pourra prendre de la place. »

Quant à savoir si le développement de tels pipelines serait toujours pertinent dans un contexte de faibles prix du pétrole sur les marchés, M. Pineau juge que la situation actuelle ne se poursuivra pas éternellement. Dans deux ou trois ans, soit le délai nécessaire pour construire ces pipelines conçus pour être utilisés pendant des décennies, les prix devraient selon lui être revenus au-dessus des 100 $ le baril.

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