Un modeste accord arraché à Lima

Les négociateurs se sont félicités après la conclusion d’un accord que plusieurs jugent insuffisant. Le texte final a apaisé les pays émergents, qui jugeaient que les esquisses précédentes leur faisaient porter la majeure partie du fardeau de réduction des GES.
Photo: Cris Bouroncle Agence France-Presse Les négociateurs se sont félicités après la conclusion d’un accord que plusieurs jugent insuffisant. Le texte final a apaisé les pays émergents, qui jugeaient que les esquisses précédentes leur faisaient porter la majeure partie du fardeau de réduction des GES.

Un accord à l’arraché a été conclu dimanche matin à la conférence sur le climat à Lima, au Pérou. Alors que certaines ONG environnementales se sont montrées très déçues, le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, croit qu’il s’agit d’un succès, jusqu’à un certain point.

L’entente est relativement modeste puisqu’il y avait des dissensions importantes entre les pays pauvres et les pays riches. Les 195 pays participants ont accepté de dévoiler d’ici un an leurs propres cibles de réduction de gaz à effet de serre.

De plus, M. Guilbeault note que le document prévoit l’injection de 10 milliards dans le Fonds vert des Nations unies. Cette somme sert aux pays en voie de développement, qui doivent d’abord s’adapter aux changements climatiques, mais, surtout, se développer en respectant l’environnement. « Beaucoup de pays industrialisés investissent là-dedans, mais aussi, de plus en plus, des pays en voie de développement, comme le Brésil, l’Afrique du Sud, plusieurs pays d’Amérique latine », a indiqué le directeur d’Équiterre.

L’accord reconnaît également les « circonstances particulières » des pays en voie de développement, une « pierre d’achoppement depuis longtemps », selon Steven Guilbeault. « Qu’il y ait eu accord là-dessus, c’est en soi en succès important », a-t-il constaté.

Le texte final adopté à Lima a apaisé les pays émergents, dont la Chine et l’Inde, qui craignaient que les esquisses précédentes n’imposent à leurs économies un fardeau trop lourd, par comparaison avec les pays riches, en matière d’efforts pour freiner le réchauffement mondial.

« Nous avons obtenu ce que nous voulions », a déclaré le ministre indien de l’Environnement, Prakash Javedekar, satisfait de voir que le texte conserve l’idée que les pays riches doivent montrer l’exemple en matière de réduction des gaz à effet de serre.

« C’est un bon document pour préparer Paris », a affirmé le commissaire européen à l’Énergie et au Climat, Miguel Arias Canete.

Des défis

M. Guilbeault reconnaît qu’il reste beaucoup de défis en vue de la Conférence de Paris, dans un an, notamment en ce qui a trait aux pertes et aux dommages entraînés par les changements climatiques. « Il y a des pays qui ne pourront pas s’adapter aux impacts des changements climatiques. On va devoir déménager des gens. Comment fera-t-on ? Qui va payer ? Il n’y a rien dans le texte là-dessus et c’est un problème », a-t-il expliqué.

En outre, l’accord a laissé en suspens plusieurs points importants, indique-t-il. « Plusieurs décisions qu’il reste à prendre sont de nature politique, et ce ne sont pas les négociateurs qui sont à l’ONU qui peuvent faire ça. Ce sont des ministres, voire des chefs d’État. »

Le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a déclaré que les engagements combinés de tous les pays, en vue de la conférence de Paris, ne suffiront pas pour atteindre l’objectif affiché, à savoir limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius au-dessus de la température moyenne de l’ère préindustrielle.


« On est très loin d’un accord qui enclencherait enfin la sortie des énergies fossiles, condition pour lutter contre les dérèglements climatiques selon le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] », a indiqué Greenpeace dans un communiqué.

L’accord de Lima a été adopté dans la nuit de samedi à dimanche, après deux semaines de négociations. Une première version du texte avait été rejetée par les pays en voie de développement, qui ont accusé les pays riches de manquer à leur responsabilité face aux changements climatiques.

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