Les États ne respectent pas leurs engagements

Récolte d’anchois sur un bateau de pêche péruvien lors d’une expédition dans l’océan Pacifique.
Photo: Rodrigo Abd Associated Press Récolte d’anchois sur un bateau de pêche péruvien lors d’une expédition dans l’océan Pacifique.

Malgré les engagements internationaux en faveur de la protection de la biodiversité mondiale, la surpêche demeure la norme, la déforestation se poursuit, les milieux humides continuent de disparaître, l’extinction menace de plus en plus d’espèces animales et certaines formes de pollution sont en hausse.

Tels sont les constats pour le moins sans appel du rapport Perspectives mondiales de la diversité biologique, publié lundi à l’ouverture du sommet onusien de la Convention sur la diversité biologique (CDB).

« Les extrapolations pour un éventail d’indicateurs révèlent que, sur la base des tendances actuelles, les pressions sur la biodiversité continueront de s’accroître au moins jusqu’en 2020, et que la biodiversité poursuivra son déclin », peut-on lire dans le document.

« Des mesures encourageantes ont été prises de par le monde pour faire face à la perte de biodiversité à plusieurs niveaux », souligne certes les auteurs du rapport. « Mais il est clair à mi-parcours qu’elles ne seront pas suffisantes à niveau constant pour remplir la plupart des objectifs fixés », ajoutent-ils.

Ce rapport est d’autant plus révélateur qu’il constitue une évaluation globale, à mi-parcours, du « Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 », qui avait fixé une vingtaine de grands objectifs pour la fin de la décennie. Or, à cinq ans de la date butoir, il est clair que les échecs à entrevoir demeurent nombreux et touchent des pans importants des engagements pourtant pris par les 194 pays membres de la CDB.

Reculs généralisés

On souligne ainsi que l’humanité a beau utiliser les ressources naturelles plus efficacement pour produire des biens et services, « cette amélioration est annulée par le niveau global fortement accru de la consommation ». Et en l’état actuel des choses, « il semble peu probable que les écosystèmes pourront être maintenus dans des limites écologiques sûres compte tenu des modes de consommation actuels ».

Le cas des pêcheries mondiales est d’ailleurs assez révélateur, selon ce qui dégage de l’évaluation de la mise en oeuvre du plan. « La surpêche représente toujours un problème majeur, avec un pourcentage croissant de stocks de poissons surexploités, épuisés, ou effondrés, et des pratiques de pêche inappropriées causant des dommages aux habitats et aux espèces non visées. »

Si cette tendance destructrice se poursuit, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime même que les océans auront été complètement vidés de leurs ressources halieutiques d’ici 2050.

Pour la faune, la situation continue en fait de se dégrader un peu partout, malgré certains exemples de réussites. « Le risque moyen d’extinction pour les oiseaux, les mammifères et les amphibiens continue de croître », et ce, malgré les engagements pris en 2010 en faveur de mesures de protection.

Les habitats naturels, berceaux de la biodiversité permettant la vie sur terre, continuent eux aussi d’essuyer des reculs marqués. Dans le cas de l’exploitation forestière, par exemple, on note une hausse des coupes dites durables, notamment dans les zones boréales. « Néanmoins, des pratiques non durables en agriculture, aquaculture et foresterie causent encore une dégradation de l’environnement et une perte de biodiversité substantielles. »

Même si la déforestation a « sensiblement » ralenti en Amazonie, elle a augmenté « dans de nombreuses zones tropicales du monde ». Quant aux milieux de tous types — prairies, zones humides, réseaux fluviaux, récifs coralliens —, ils continuent à être « fragmentés et dégradés ».

La pollution causée par l’excès d’éléments nutritifs s’est stabilisée dans certaines zones d’Europe et d’Amérique du Nord, mais les prévisions indiquent qu’elle « s’accroîtra » dans d’autres régions. Elle demeure globalement « une menace significative » à la biodiversité aquatique et terrestre.

« D’autres formes de pollution, comme celle causée par les produits chimiques, les pesticides et les plastiques, sont en hausse », souligne en outre ce rapport.

Au chapitre des éléments positifs, les auteurs constatent que l’objectif de protéger 17 % des zones terrestres d’ici à 2020 « pourra probablement être atteint ». Toutefois, les réseaux de zones protégées « demeurent peu représentatifs » et de nombreux sites particulièrement importants pour la diversité biologique sont « mal conservés ».

L’objectif de protéger 10 % des zones marines et côtières est également en voie d’être atteint, même si leur gestion est souvent « inadéquate ». Dans ce domaine, le Canada est toujours loin du compte. À cinq ans de la date butoir fixée par les États membres de la CDB, à peine 1 % du vaste territoire maritime canadien bénéficie d’un statut d’aire marine protégée. À titre d’exemple, un projet de création de zone de protection marine dans l’estuaire du Saint-Laurent est étudié depuis plus de 15 ans et sa création n’est toujours pas envisagée.

Appel à l’action

Le rapport publié lundi souligne par ailleurs qu’il serait possible de mettre en place les moyens de mettre fin au recul généralisé de la biodiversité. « Cependant, la réalisation de ces objectifs conjoints nécessite de profonds changements sociétaux, y compris une utilisation beaucoup plus efficace des terres, de l’eau, de l’énergie et des matières premières, un réexamen de nos habitudes de consommation, et en particulier une transformation majeure des systèmes alimentaires. »

L’agriculture mondiale devrait notamment être revue de façon importante, non seulement dans les champs, mais aussi tout le long de la chaîne d’approvisionnement. À elle seule, l’agriculture devrait être à l’origine de « 70 % des pertes projetées de la biodiversité terrestre », prévient la CDB.

Ce document « devrait secouer le monde entier », a prévenu Achim Steiner, le directeur du PNUE, à l’ouverture de la conférence lundi. Beaucoup des objectifs de Nagoya ne seront pas atteints, estime d’ores et déjà le PNUE. « Il s’agit de toute la vie sur Terre. Nous devons en faire plus — et vite — pour protéger le tissu même du monde naturel. »

À voir en vidéo