«Le changement climatique menace la paix», dit Ban Ki-moon

Le secrétaire général de l'ONU a demandé mardi aux États «de faire tout ce qu’ils peuvent pour limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2°C».
Photo: Andrew Burton Getty Images Agence France-Presse Le secrétaire général de l'ONU a demandé mardi aux États «de faire tout ce qu’ils peuvent pour limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2°C».

Il reste à peine plus d’une année avant le sommet de Paris, où doit être adopté un accord international suffisamment ambitieux pour freiner les bouleversements du climat planétaire. Bref, il y a urgence pour les États de faire enfin preuve de « leadership » et de s’engager à réduire significativement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Tel est le message répété mardi matin par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, à l’ouverture du sommet sur le climat de New York. « Le changement climatique menace la paix chèrement acquise, la prospérité et les chances de réussite de milliards de personnes », a-t-il souligné à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU. « Nous ne sommes pas là pour parler, nous sommes là pour écrire l’Histoire », a-t-il ajouté.

« Je demande à tous les gouvernements de s’engager à conclure un accord universel et significatif sur le climat à Paris en décembre 2015 et de faire tout ce qu’ils peuvent pour limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2°C », l’objectif fixé à Copenhague en 2009, a aussi souligné Ban Ki-moon.

À l’heure actuelle, la croissance continue des émissions de gaz à effet de serre (GES) place plutôt la planète sur une trajectoire de hausse avoisinant les 4 °C, selon la Banque mondiale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Or, un tel bond « aurait des conséquences désastreuses en matière d’événements climatiques extrêmes et d’élévation du niveau de la mer, et entraînerait d’énormes coûts économiques et sociaux », selon un rapport produit par l’AIE. Plus spécifiquement, le GIEC estime que les bouleversements climatiques posent une sérieuse menace pour l’approvisionnement alimentaire mondial. Les pêcheries mondiales risquent aussi d’encaisser des reculs significatifs.

L’épineux Fonds vert

Devant ces constats scientifiques de plus en plus difficiles à contester, les États développés ont fait peu de progrès au cours des dernières années pour éviter le pire. Pour le moment, une majorité d’entre eux ne tiennent même pas les engagements de réduction qu’ils avaient promis en 2009 à Copenhague. L’effort global des États n’atteint pas 20 % de réduction des émissions d’ici 2020. Les rapports du GIEC préconisent pourtant une baisse des GES comprise, au minimum, entre 25 % et 40 %.

Qui plus est, en 2009, les pays développés s’étaient engagés à verser aux pays du Sud une aide de 100 milliards par an, d’ici 2020, pour les aider à faire face au réchauffement climatique. Pratiquement rien n’a été fait depuis. Ban Ki-moon a donc plaidé de nouveau mardi en faveur d’une capitalisation de ce Fonds vert.

La France a d’ailleurs annoncé qu’elle contribuerait à hauteur d’un milliard de dollars à ce Fonds vert. Seule l’Allemagne avait, jusqu’à présent, mis la main au portefeuille de manière significative, posant elle aussi sur la table un milliard de dollars.

Quels engagements?

Mais au chapitre des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, on s’attend à très peu de progrès à New York. Washington a déjà annoncé que les engagements chiffrés ne seraient pas dévoilés avant le début de 2015. Quant aux grands pollueurs que sont la Chine et l’Inde, ils ont décidé de ne pas envoyer leurs chefs d’État à ce sommet, qui constitue la plus forte concentration de dirigeants jamais réunis pour discuter du climat.

L’Union européenne a toutefois profité mardi du sommet pour présenter des objectifs audacieux qui, pour la première fois, vont au-delà de 2020. Le bloc politique a ainsi indiqué que ses pays membres réduiront leurs émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030, en comparaison avec les émissions de 1990. L’énergie renouvelable répondra à ce moment à 27 % des besoins énergétiques du bloc, et l’efficacité énergétique aura été rehaussée de 30 %.

En guise de comparaison, le Canada devrait rater complètement les cibles de réduction de gaz à effet serre pourtant revues à la baisse par les conservateurs. Selon les plus récentes données disponibles, Ottawa prévoit qu’en 2030, les émissions s’élèveront à 815 millions de tonnes de GES. Elles seront donc supérieures de 11 % aux niveaux de 2005. L’essentiel de cette croissance est attribuable aux compagnies pétrolières qui exploitent les sables bitumineux albertains.

À l’échelle du globe, les émissions ont aussi tendance à augmenter à un rythme sans précédent. Dans un rapport publié au printemps dernier, le GIEC constate que les émissions de gaz à effet de serre « ont progressé plus rapidement entre 2000 et 2010 qu’au cours de chacune des trois décennies précédentes ».

Malgré ce contexte d’urgence climatique, les deux principaux États émetteurs tardent à agir. Les États-Unis, qui connaissent un boom d’exploitation de pétrole et de gaz de schiste, refusent catégoriquement de se faire imposer une cible de réduction. Même chose pour la Chine, qui tire plus de 70 % de son énergie du charbon. Une situation pour ainsi dire bloquée qui risque de nuire aux négociations des prochains mois.

Avec l’Agence France-Presse

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