Le voilier Roter Sand en mission pour que les Québécois renouent avec leur fleuve

Le Roter Sand sillonnera le Saint-Laurent dans le cadre du Symposium nomade des océans pour sensibiliser la population au fleuve et à sa biodiversité à préserver.
Photo: EcoMaris Le Roter Sand sillonnera le Saint-Laurent dans le cadre du Symposium nomade des océans pour sensibiliser la population au fleuve et à sa biodiversité à préserver.

Méconnu ou alors tout simplement ignoré par nombre de Québécois, le Saint-Laurent n’en demeure pas moins une des grandes richesses du territoire. Raison de plus pour partir à la rencontre de ce fleuve aux grandes eaux, plus fragilisé que jamais. C’est d’ailleurs l’objectif du Symposium nomade des océans, qui vient de lever l’ancre à bord du voilier Roter Sand pour une dizaine de jours de recherche scientifique.

 

Pour Lyne Morissette, chef de cette expédition, il est évident que les Québécois ont perdu contact avec cette très vaste étendue d’eau. « Les gens sont vraiment déconnectés du fleuve, déplore-t-elle. Ils connaissent habituellement peu son immense biodiversité. En fait, pour certains, le fleuve est simplement intrigant, ou alors, il fait peur. Et la culture maritime a disparu en bonne partie depuis quelques années. »

 

Rimouskoise de naissance, cette spécialiste des mammifères marins estime pourtant qu’il est plus important que jamais de sensibiliser les citoyens à la richesse que représente le Saint-Laurent. « Nous avons un des plus beaux plans d’eau au monde, tant pour ce qui est de la navigation qu’en matière de biodiversité. Et il faut rappeler aux gens à quel point nous dépendons du Saint-Laurent et de ses richesses. » Même si elle n’aime pas parler en termes « économiques » du fleuve sur lequel elle navigue fréquemment, Mme Morissette rappelle que les services rendus par les écosystèmes du Saint-Laurent se chiffrent annuellement à plusieurs milliards de dollars.

 

Rien de tout cela n’est toutefois acquis. « Les menaces environnementales sont nombreuses et tout le monde peut être affecté par les menaces qui planent sur le Saint-Laurent. Il faut donc que les gens réalisent qu’il n’appartient pas à un petit groupe de pêcheurs ou à l’industrie pétrolière. Il appartient à toute la population québécoise et il faut absolument le protéger. »

 

Sensibiliser les citoyens

 

Le Symposium nomade des océans se veut d’ailleurs un moyen d’aller à la rencontre des Québécois de différentes régions, souligne Mme Morissette. Des scientifiques spécialisés dans la recherche sur les mammifères marins, accompagnés de stagiaires et d’un représentant du Devoir, doivent ainsi naviguer de Rimouski à Gaspé, puis vers Anticosti, Tadoussac et finalement Québec.

 

Chaque escale sera ponctuée d’une conférence publique portant sur des enjeux environnementaux liés au Saint-Laurent. « Au lieu de demander aux gens de se rendre à un endroit précis, nous allons vers eux. Nous allons à la rencontre des gens pour leur parler des baleines. »

 

Dans ce contexte, les cétacés permettent essentiellement d’illustrer les problématiques écologiques. « On se sert des baleines parce qu’elles sont charismatiques, souligne la chercheuse. Mais en choisissant de protéger les baleines, on décide aussi de protéger leurs habitats et donc toute une panoplie d’espèces qui vivent dans le même écosystème. »

 

Au-delà du volet pédagogique, les scientifiques comptent surtout profiter de l’expédition pour mener différents travaux de recherche sur l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. « L’itinéraire choisi nous permettra de documenter des secteurs très peu étudiés, explique Lyne Morissette. Par exemple, on croit qu’il n’y a pas de baleines le long de la rive nord de la Gaspésie, mais en fait, peu d’équipes empruntent ce chemin sur le Saint-Laurent. Alors on ne connaît pas véritablement l’état de la situation. »

 

Le projet représente donc aussi une nouvelle façon de faire de la recherche sur le fleuve, après les compressions majeures imposées par le gouvernement conservateur. « Il faut être créatifs, parce que la conservation ne fait pas partie du plan de match du gouvernement fédéral actuellement en place, laisse tomber la chef de l’expédition. C’est d’ailleurs ironique, parce que notre symposium est financé en partie par une fondation américaine dirigée par Disney. Ce n’est pas le gouvernement canadien qui nous aide à protéger le fleuve, c’est Disney. »

 

L’expédition se déroule à bord du Roter Sand, un voilier de 26 mètres qui est aussi l’unique navire-école dont la mission pédagogique porte précisément sur le Saint-Laurent. Le voilier, basé à Rimouski, appartient à EcoMaris, un organisme éducatif à vocation environnementale mis sur pied en 2006 dans le but de « redonner un accès au fleuve à la population ».

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