Records de chaleur planétaires

Des baigneurs à la plage du parc Jean-Drapeau, lundi, à Montréal. Au Québec comme ailleurs, le réchauffement atteint des niveaux historiques.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Des baigneurs à la plage du parc Jean-Drapeau, lundi, à Montréal. Au Québec comme ailleurs, le réchauffement atteint des niveaux historiques.

La dépendance de l’humanité aux énergies fossiles se reflète de plus en plus sur le thermomètre planétaire. De nouvelles données scientifiques publiées lundi révèlent en effet que les derniers mois ont battu des records historiques à la hausse, tant sur les continents qu’à la surface des océans. Un signal de plus de l’aggravation de la crise climatique.

 

Le rapport de l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) précise ainsi que la planète a atteint en juin une température moyenne de 16,22 °C, soit 0,72 °C au-dessus de la moyenne du XXe siècle pour ce mois. La température d’un mois de juin n’a pas été inférieure à la moyenne du XXe siècle depuis 1976, a aussi indiqué la NOAA.

 

« La majorité de la planète a fait face à des températures mensuelles supérieures à la moyenne, avec des records de chaleur dans des régions du sud-est du Groenland, du nord de l’Amérique du Sud, ou encore des zones de l’est et du centre de l’Afrique, ainsi que des parties du sud et du sud-est de l’Asie », a aussi souligné l’agence par voie de communiqué.

 

Le sommet de juin constitue surtout un record depuis le début des relevés des températures en 1880. Il suit aussi celui battu en mai dernier. Le mois de mai de cette année a en effet été le plus chaud dans le monde depuis le début des relevés. Ce fut également le 39e mois de mai consécutif et le 351e mois d’affilée au cours duquel la température de la planète a été au-dessus de la moyenne du XXe siècle.

 

La NOAA a en outre rappelé que la température du mois d’avril 2014 a été à égalité avec celle de 2010, qui avait été la plus chaude jamais enregistrée pour le même mois sur la planète.

 

Les indices pointant vers un réchauffement de la planète ne cessent d’ailleurs de s’accumuler depuis quelques années. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) notait ce printemps que l’année 2013 « se classe au sixième rang, ex aequo avec 2007, des années les plus chaudes jamais enregistrées ».

 

Qui plus est, le XXIe siècle compte déjà 13 des 14 années les plus chaudes jamais observées et « chacune des trois dernières décennies s’est révélée plus chaude que la précédente, la décennie 2001-2010 battant tous les records », notait le rapport de l’organe de l’ONU. « Le réchauffement du climat ne marque aucune pause », avait alors déclaré le secrétaire général de l’OMM, Michel Jarraud.

 

« Depuis 1998, nous sommes, année après année, dans des températures qui sont supérieures à la moyenne du XXe siècle, a d’ailleurs expliqué lundi au Devoir le biologiste Claude Villeneuve, spécialiste de la question climatique. Ces données ne sont pas du tout étonnantes. Elles s’inscrivent parfaitement dans une tendance vers une température moyenne plus chaude. Et la tendance actuellement modélisée nous indique que cette hausse est due à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. »

 

Hausse du niveau des océans

 

Le réchauffement des océans, par exemple, « s’est accéléré et atteint de plus grandes profondeurs », selon les données de l’OMM. Le rapport publié lundi par la NOAA va dans le même sens et souligne justement que la température à la surface des océans a battu un record historique en juin dernier.

 

Comme les océans recouvrent 70 % de la Terre, ce phénomène est pour le moins préoccupant, selon Claude Villeneuve. « Au fur et à mesure que la température augmente, les océans accumulent une charge thermique, tant en surface qu’en profondeur. Et on ne peut pas se débarrasser aisément de cette charge thermique. Même si nous connaissions une année de refroidissement global, il sera moins important parce qu’il sera compensé par la chaleur qui se dégagera des océans. »

 

Le niveau des océans connaît en outre une hausse « plus rapide que prévu », note M. Villeneuve, en bonne partie du fait de la dilatation thermique qui résulte de l’augmentation des températures. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, cette hausse menace directement les États insulaires, mais aussi plus d’une centaine de villes côtières de plus d’un million d’habitants. Les effets devraient se faire sentir de façon particulièrement coûteuse d’un point de vue humain et économique d’ici 2050.

 

L’échec humain

 

Cet exemple illustre bien le fait que l’humanité est à l’heure de la « double facturation », selon Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki. « Nous en sommes à devoir payer pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, tout en sachant que nous devrons aussi payer pour nous adapter aux impacts des changements climatiques. Mais pour le moment, nous sommes en train de perdre la bataille de la réduction et de l’adaptation. »

 

Claude Villeneuve juge lui aussi « très peu probable » le respect de l’objectif de limiter à 2 °C la hausse du thermomètre mondial au cours du présent siècle, par rapport à la période préindustrielle. « Peu importent les actions qui seront mises en avant dans les prochaines années, nous ne parviendrons pas à respecter la limite des 2 °C. »

 

Cette limite a été établie par les spécialistes du climat de façon à éviter que le réchauffement climatique ne se transforme en une catastrophe sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Mais pour la respecter, il faudrait plafonner les émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2020. Mieux, il faudrait parvenir à des émissions « zéro » en 2070. « Ça voudrait dire de ne plus utiliser la moindre source d’énergie fossile dont les émissions ne seraient pas captées et stockées, a expliqué M. Villeneuve. Et nous sommes très en retard sur le développement de cette technologie. Donc, nous sommes très mal partis. »

 

Il ne croit pas non plus aux chances d’infléchir significativement la tendance climatique actuelle au sortir du sommet de Paris, en 2015. Quelque 190 États devront alors convenir d’un accord contraignant de lutte contre les changements climatiques, qui doit entrer en vigueur en 2020. « Il n’y aura pas d’accord assez ambitieux », résume Claude Villeneuve.

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