Couillard accusé de brûler les étapes

Le Québec serait inapte à répondre à un déversement pétrolier dans le golfe du Saint-Laurent, un milieu marin riche en espèces animales et végétales.
Photo: Productions Rapides blancs Le Québec serait inapte à répondre à un déversement pétrolier dans le golfe du Saint-Laurent, un milieu marin riche en espèces animales et végétales.

Le gouvernement de Philippe Couillard brûle les étapes dans le dossier des énergies fossiles du golfe du Saint-Laurent, estiment les auteurs d’un nouveau rapport obtenu par Le Devoir et qui fait état de nombreux risques environnementaux et économiques liés à l’exploitation pétrolière dans cet écosystème fragile.

 

« On peut dire que le gouvernement agit de façon précipitée », affirme le biologiste Jean-Patrick Toussaint, chef de projets scientifiques à la Fondation Suzuki.

 

Il rappelle que les libéraux ont annoncé la semaine dernière la tenue d’une évaluation environnementale stratégique (EES) sur les hydrocarbures dont les conclusions sont attendues au printemps 2015. Or, Québec espère dès cet automne signer avec Ottawa une entente « prévoyant les conditions de mise en valeur des hydrocarbures dans le golfe ». « C’est pour le moins incongru », laisse tomber M. Toussaint.

 

« Le gouvernement Couillard a clairement annoncé, dans le budget 2014-2015, sa volonté d’entamer l’exploration pétrolière du golfe. L’EES globale n’aurait alors pour but que de déterminer la meilleure façon de le faire, sans regard critique sur la filière elle-même. C’est, à nos yeux, inacceptable », déclare pour sa part le biologiste Sylvain Archambault.

 

Selon M. Toussaint le gouvernement se donne des délais très courts pour la réalisation de cette nouvelle EES, qui doit couvrir les volets tant terrestres que maritimes des filières gazières et pétrolières. Une EES a déjà été menée uniquement pour le golfe du Saint-Laurent. Sa réalisation, confiée à la firme Genivar, a nécessité trois ans de travaux.

 

Le rapport, publié en septembre 2013, conclut que le Québec connaît mal le golfe du Saint-Laurent. Ce document de plus de 800 pages souligne que les carences concernent les technologies d’exploration et d’exploitation, les composantes des milieux physique, biologique et humain, ainsi que les impacts des déversements. Qui plus est, le Québec serait inapte à répondre à un déversement pétrolier en milieu marin. Selon M. Archambault, il y a lieu de croire que le gouvernement Couillard se contentera de « tabletter » ce rapport.

 

Maintenir le moratoire

 

Des groupes environnementaux espèrent ajouter aux constats déjà établis avec un nouveau rapport publié ce lundi. Soulignant que « plusieurs lacunes importantes d’ordre scientifique, technique, légal et social témoignent de l’encadrement inadéquat de l’industrie pétrolière », ils plaident pour le maintien du moratoire dans le golfe.

 

Coauteur du rapport, Jean-Patrick Toussaint souligne notamment qu’il serait essentiel de mettre en place une vaste étude qui inclurait les cinq provinces qui ont une frontière maritime avec le golfe, mais aussi les communautés autochtones. Pour le moment, seules les provinces de Terre-Neuve et du Québec mènent, chacune de leur côté, des démarches en vue d’une exploration pétrolière sur la structure de Old Harry.

 

Impacts économiques

 

Le document fait également valoir que l’exploitation d’or noir menacerait l’industrie de la pêche, dont dépendent 10 000 entreprises dans le secteur du Canada Atlantique. « La pêche et le tourisme sont les moteurs économiques du golfe du Saint-Laurent et sont à la base même du mode de vie des communautés côtières. »

 

La pêche génère plus de 1,5 milliard annuellement et le tourisme, 800 millions. Quant aux redevances d’une hypothétique exploitation pétrolière à Old Harry, elles sont estimées à 300 millions. « Est-ce que ça vaut la peine de faire peser des risques sur ces secteurs économiques essentiels ? », demande M. Toussaint.

 

Il apparaît par ailleurs qu’il serait très difficile de nettoyer un déversement pétrolier. Le golfe est une véritable mer intérieure recouverte de glace une bonne partie de l’année. Et pour le moment, la responsabilité des pétrolières en cas de désastre est limitée à 30 millions de dollars. Le fédéral veut l’augmenter à un milliard. La catastrophe du golfe du Mexique a coûté plus de 40 milliards de dollars.

 

Un déversement provoqué par l’exploitation pétrolière maritime dans le secteur d’Old Harry menacerait tout l’est du golfe du Saint-Laurent, mais aussi les îles de la Madeleine, concluait le mois dernier la première étude scientifique indépendante sur le sujet.

À voir en vidéo