2014, l'Année internationale de l'agriculture familiale

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
«En Haïti, il n’existe pas de document prouvant que les cultivateurs sont bien propriétaires de leur terre. Il est pratiquement impossible de retrouver le véritable propriétaire. Cela explique en partie la dégradation des terres agricoles», explique Yon Fernandez Larrinoa, coordonnateur de l’unité responsable des partenariats avec la société civile de la FAO.
Photo: Agence France-Presse (photo) Thony Belizaire «En Haïti, il n’existe pas de document prouvant que les cultivateurs sont bien propriétaires de leur terre. Il est pratiquement impossible de retrouver le véritable propriétaire. Cela explique en partie la dégradation des terres agricoles», explique Yon Fernandez Larrinoa, coordonnateur de l’unité responsable des partenariats avec la société civile de la FAO.

Ce texte fait partie du cahier spécial Agriculture - Mai 2014

D’ici 2050, l’agriculture devra nourrir 9 milliards d’humains. La FAO estime que des politiques publiques doivent être mises en place dès maintenant pour aider les fermes familiales à affronter ce défi.

2008. Le monde est plongé dans une crise alimentaire sans précédent. Les prix du blé, du riz et du maïs, denrées de base, ont pratiquement doublé. Des émeutes de la faim éclatent en Haïti, en Côte d’Ivoire et en Indonésie. La Banque mondiale lance un appel pour « une nouvelle donne alimentaire mondiale ». Différentes solutions sont avancées et, parmi elles, il est question de mieux soutenir et protéger les petits fermiers.

L’idée d’une Année internationale de l’agriculture familiale (AIAF) naît. Elle est portée à bout de bras par le Forum rural mondial. Le gouvernement des Philippines introduit le projet à la Conférence des Nations Unies en 2011. La décision est entérinée : 2014 sera l’année des fermes familiales et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sera responsable de sa promotion et de la coordination de ses événements.

Québec 2014

Avril 2014. Cette AIAF tant attendue bat son plein. Cinq dialogues régionaux se sont déjà tenus à travers le monde où des cultivateurs, des chercheurs, des organisations de producteurs agricoles et des fonctionnaires ont discuté des enjeux propres à l’agriculture familiale. C’est maintenant au tour de l’Amérique du Nord. Des représentants de 35 organisations du Canada, des États-Unis et du Mexique sont réunis à Québec, au Château Frontenac. Heureuse coïncidence : c’est ici même que la FAO a vu le jour, il y a près de 70 ans.

« Nous avons plusieurs objectifs, mais le principal est de replacer l’agriculture familiale au centre des politiques agricoles, environnementales et sociales dans divers pays, plus particulièrement ceux où une bonne partie de la production alimentaire repose sur les épaules des petits fermiers, explique Yon Fernandez Larrinoa, coordonnateur de l’unité responsable des partenariats avec la société civile de la FAO. Nous souhaitons surtout que l’importance des fermes familiales soit mise de l’avant dans les politiques concernant la sécurité alimentaire. »

L’expert rappelle que la planète sera peuplée de 9 milliards d’êtres humains en 2050. Plus de 70 % d’entre eux vivront dans les villes. « Comment espère-t-on nourrir cette énorme population urbaine alors qu’il y aura de moins en moins de travailleurs dans les campagnes ? Qui produira notre nourriture ? Les multinationales ? Comment pourra-t-on, dans ce cas, s’assurer de la qualité des aliments que nous mangerons ? Et si les jeunes continuent à déserter les régions, comment supporterons-nous la main-d’œuvre agricole vieillissante ? », demande M. Larrinoa. Autant de questions auxquelles il espère obtenir des débuts de réponse grâce à l’AIAF.

Le pouvoir aux fermiers

Après avoir parcouru le monde et écouté les témoignages de nombreux cultivateurs, Yon Fernandez Larrinoa plaide entre autres pour un renforcement des pouvoirs des fermes familiales. « Il est très difficile pour des agriculteurs d’améliorer leur sort quand ils ne sont pas propriétaires de leur terre, quand leurs droits sont brimés, quand ils ne reçoivent aucune considération sociale pour leur travail, quand ils n’ont pas accès à l’éducation ou à des soins de santé parce qu’ils habitent dans des régions trop éloignées, observe-t-il. C’est aux gouvernements de renverser la vapeur et de leur donner les outils nécessaires pour surmonter ces obstacles. »

Bien sûr, il n’y aura pas de recette unique, car la production agricole est très différente d’un continent à l’autre. « On ne peut pas intervenir de la même façon auprès d’une ferme qui a une superficie de dix hectares et d’une autre qui en possède moins de deux — ce qui est le cas d’environ quatre exploitations agricoles familiales sur cinq dans le monde », signale M. Larrinoa.

Par exemple, plusieurs de ces petits producteurs sont confrontés à des régimes fonciers fort complexes, sinon inexistants. « C’est un défi majeur dans certains pays, reconnaît le représentant de la FAO. En Haïti, il n’existe pas de document prouvant que les cultivateurs sont bien propriétaires de leur terre. La plupart du temps, ces lopins sont loués à un individu qui lui-même les a loués à un autre, et ainsi de suite. Il est pratiquement impossible de retrouver le véritable propriétaire. Cela explique en partie la dégradation des terres agricoles : les fermiers qui en sont locataires y sont moins attachés, en prennent moins soin ou encore les surexploitent, ne sachant pas trop quand ils n’y auront plus accès. »

Cet enjeu ainsi que plusieurs autres feront l’objet de recommandations qui seront discutées lors du Dialogue mondial sur l’AIAF de la FAO, qui se tiendra à Rome en octobre prochain.

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