Le BAPE juge sévèrement le projet de mine d’apatite et ses promoteurs

Les commissaires prennent acte de la controverse suscitée à Sept-Îles par rapport à ce projet, qui devait se développer dans les limites de la ville.
Photo: Source IOC Les commissaires prennent acte de la controverse suscitée à Sept-Îles par rapport à ce projet, qui devait se développer dans les limites de la ville.
Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement constate que les impacts environnementaux du projet de Mine Arnaud ont été mal évalués, mais aussi qu’il ne respecte pas les critères d’acceptabilité sociale et que sa rentabilité est très incertaine. Bref, il « n’est pas acceptable », conclut la commission d’enquête. Toute une rebuffade pour Investissement Québec, principal bailleur de fonds du projet.

Dans un rapport rendu public mercredi, le BAPE blâme d’ailleurs sévèrement le promoteur derrière ce projet de mine d’apatite qui doit s’implanter à Sept-Îles. « La commission ne peut que constater que l’ensemble du dossier est incomplet et ne répond pas adéquatement aux enjeux relatifs à la contamination des eaux de surface et des eaux souterraines ainsi qu’aux risques de glissement de terrain et de tassement de sol », écrivent les commissaires dans ce document de quelque 200 pages.

Le rapport recommande donc de mener des « évaluations complémentaires », puisqu’il est impossible de mesurer les impacts réels du projet sans des données supplémentaires.

C’est le cas par exemple pour la baie de Sept-Îles, située tout près du site projeté. Le BAPE estime qu’« entre 2000 et 4000 tonnes de contaminants » pourraient migrer vers la baie tout au long des 30 années d’exploitation prévues. Or, « même si la baie est largement reconnue comme un territoire d’intérêt écologique doté d’une grande biodiversité », les promoteurs n’ont mené « aucune évaluation » des impacts du projet sur la baie.

Le BAPE juge aussi que, compte tenu de l’ampleur du projet, les échantillons prélevés et analysés pour la caractérisation environnementale des résidus miniers « sont insuffisants et non représentatifs » pour en mesurer les impacts sur le milieu, notamment sur les eaux souterraines.

Au cours de sa durée de vie, la mine d’apatite générerait des centaines de millions de tonnes de résidus en raison de l’extraction du minerai d’une fosse qui atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Ce serait la plus grande mine à ciel ouvert jamais exploitée en milieu habité au Québec.

Incertitudes multiples

Le document critique aussi les façons de faire du promoteur en ce qui a trait à la présentation de son étude d’impacts. « La nature incomplète de l’étude d’impact, la nature confidentielle de certaines données et le manque d’écoute du promoteur auraient favorisé un climat d’insécurité où les jugements intuitifs, voire émotifs, relatifs aux risques pouvaient à l’occasion s’éloigner de l’appréciation experte. » Au final, le BAPE « constate l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

Les commissaires doutent par ailleurs de la viabilité économique du projet. Notant que le marché du phosphate (l’apatite est constituée de phosphate) est caractérisé par une offre de plus en plus abondante, « la commission d’enquête constate la discordance des projections du prix de la roche phosphatée. Il n’y a donc pas d’assurance que celui-ci demeurera toujours supérieur au prix plancher établi par Mine Arnaud pour assurer la rentabilité de l’exploitation de la mine ».

Le contexte économique ne semble effectivement pas favorable à l’exploitation d’une mine d’apatite à Sept-Îles. Selon les plus récentes analyses de la Banque mondiale concernant les prix de différents produits de base des secteurs de l’énergie, des minerais et des fertilisants, le prix du phosphate avoisine présentement les 100 $ la tonne. Or, selon le scénario présenté par Mine Arnaud, le seuil de rentabilité de la future mine se situerait à 120 $ la tonne.

La Banque mondiale prévoit en outre que les prix du phosphate continueront de reculer au cours des prochaines années, pour se situer à environ 70 $ en 2025. Cette baisse continue s’explique notamment en raison d’une augmentation de la production mondiale qui proviendra surtout du Maroc et de la Chine, qui dominent le marché.

Selon la Coalition Québec meilleure mine, Investissement Québec ne doit donc pas investir dans le développement du projet, qui nécessiterait des investissements totaux de 750 millions de dollars. Le groupe a d’ailleurs salué la publication du rapport du BAPE mercredi. Son porte-parole, Ugo Lapointe, a qualifié le document de « jugement dévastateur » qui démontre que le projet doit tout simplement être rejeté.

À l’opposé, le Syndicat des Métallos estime que Mine Arnaud doit produire des études complémentaires et « apporter les correctifs nécessaires » pour que le projet devienne « acceptable ». « La compagnie doit compléter ses devoirs, notamment quant à la contamination des eaux et aux risques de tassement des sols. Ce projet mérite qu’on fasse les choses correctement, qu’on aille au bout de la démarche », a fait valoir le coordonnateur régional des Métallos de la Côte-Nord, Alain Croteau.

Ni Investissement Québec ni Mine Arnaud n’ont voulu commenter le rapport du BAPE mercredi. Cela devrait être fait au cours des prochains jours, a-t-on répondu. Pour le moment, a-t-on précisé chez Investissement Québec, 25 millions de dollars en fonds publics ont été dépensés dans le projet de mine.

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