Climat - L’après-Varsovie de Jean Jouzel

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Entretiens Jacques-Cartier

Lyon — « C’était vraiment très tendu ». Tout juste avant d’ouvrir les 26es Entretiens Jacques-Cartier, Jean Jouzel, vice-président du groupe scientifique du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), s’est confié ainsi au Devoir, au sujet de la Conférence de Varsovie, où il était la veille avec la délégation ministérielle française.

 

Les pays sont parvenus, à Varsovie, à une entente in extremis en prévision de l’accord sur le climat qui devra être signé à Paris en 2015. Pourtant, M. Jouzel en était à sa douzième participation à une conférence des parties. « L’accord qui a été obtenu est vraiment un accord a minima », a-t-il déploré. Les clivages et les tensions entre les pays en développement et les pays développés sont réapparus. Les gouvernements se sont finalement entendus pour préparer des « contributions », plutôt que des « engagements ». Tout ça alors que la Pologne accueillait au même moment un sommet international du charbon. « C’était un peu de la provocation », a jugé M. Jouzel. « Puis, on a de mauvaises nouvelles de la part de trois grands pays : le Canada, l’Australie et le Japon, qui se sont retirés pratiquement de cette dynamique de lutte contre les changements climatiques », a ajouté M. Jouzel.


Données alarmantes

 

Pourtant, le cinquième rapport du GIEC, publié moins de deux mois auparavant, avait fait grand bruit. On y indiquait, entre autres, que l’activité humaine était responsable des changements climatiques et que le réchauffement de la planète serait de l’ordre de 0,3 à 4,8 degrés d’ici à la fin du siècle, selon les différents scénarios. « Et ce n’est pas le chiffre qui est le plus important. C’est plutôt que, dans cette trajectoire, ce seront peut-être 7 ou 8 degrés à la fin du siècle suivant et 10 degrés au XXIIIe siècle. C’est une mécanique infernale », a ajouté M. Jouzel. De plus, ce rapport s’était davantage attardé à la fonte des glaces et avait revu à la hausse les projections au sujet de l’élévation du niveau de la mer. Un sujet que le climatologue maîtrise bien, puisqu’il a d’abord étudié le Groenland et l’Antarctique au cours de sa carrière.

 

M. Jouzel se montre très satisfait de ce rapport et de la réception dont il a été l’objet. « L’important, c’est que le rapport soit de bonne qualité et qu’il n’y ait pas d’erreurs stupides », a-t-il dit, en allusion à la fausse affirmation qui s’était retrouvée dans le précédent rapport, en 2007, et qui prétendait que les glaciers de l’Himalaya pourraient disparaître. Une erreur due à l’utilisation, à cette époque, de la littérature grise pour concocter le rapport. En août 2010, un rapport de l’Interacademy Council, commandé par les Nations unies, avait reproché au GIEC cette erreur et l’avait mis en garde contre le militantisme. Depuis, la gouvernance du GIEC a été renforcée et tous les auteurs ou membres du bureau doivent remplir une déclaration de conflits d’intérêt.

 

Et maintenant ? Alors que le réchauffement climatique est prouvé et qu’il est démontré que l’activité humaine en est responsable, quel rôle doit jouer la science ? Elle a encore beaucoup à faire, a assuré M. Jouzel, « en particulier au sujet de l’adaptation au réchauffement climatique. Vous devez savoir à quoi vous allez vous adapter. Et ça ne va pas être pareil d’une région à l’autre. Donc, il y a beaucoup de recherche à faire sur tous ces aspects. »

 

Selon lui, la seule façon de gagner la lutte contre les changements climatiques « est de rendre concurrentielles les sources d’énergie renouvelables, parce qu’on est dans un système où c’est l’économie qui mène le monde. Et ça, on n’y changera rien. Notre espoir, il y a une dizaine d’années, c’était que le pétrole devienne suffisamment cher, de façon naturelle, et que les sources d’énergie renouvelables deviennent compétitives. Mais le gaz de schiste et le pétrole non traditionnel ont un peu ruiné cet espoir, du moins pour quelques années. Les économistes le diront, et ils ont raison : la seule façon de développer les sources d’énergie renouvelables, c’est probablement d’instaurer une taxe sur le carbone. »


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