Ligne 9B d’Enbridge - Québec exige voix au chapitre

Le pipeline d'Enbridge ferai couler 300 000 barils de pétrole brut chaque jour vers Montréal.
Photo: - Le Devoir Le pipeline d'Enbridge ferai couler 300 000 barils de pétrole brut chaque jour vers Montréal.

Même s’il n’a toujours pas annoncé de consultation au sujet du projet de pipeline d’Enbridge, le gouvernement Marois dit qu’il doit impérativement avoir son mot à dire avant qu’Ottawa autorise l’arrivée de 300 000 barils de pétrole brut chaque jour à Montréal. Ottawa estime que la décision lui appartient.

 

Après avoir refusé de répondre aux questions du Devoir en début de semaine, le bureau du ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a finalement indiqué mercredi que Québec n’a toujours « rien à annoncer » concernant une éventuelle consultation publique au sujet de l’inversion de la ligne 9B d’Enbridge.

 

Le directeur du cabinet de M. Blanchet a toutefois précisé par courriel que le Québec juge qu’il a son mot à dire concernant le projet. « Un oléoduc transfrontalier est de compétence fédérale, mais l’aval politique du gouvernement du Québec est nécessaire en matière d’acceptabilité. » Le ministre, qui a déjà montré une ouverture au projet, avait choisi pour sa part de répondre au Devoir plus tôt en journée par l’entremise de son compte Twitter.

 

Compétence fédérale

 

Le ministre conservateur des Ressources naturelles, Joe Oliver, a déjà souligné il y a des mois que le projet d’Enbridge est de compétence fédérale. C’est à l’Office national de l’énergie (ONE) de l’évaluer, a-t-il fait valoir en substance. Il faut dire que le gouvernement Harper est un ardent défenseur des projets d’oléoduc. Or les deux autres projets annoncés, qui permettraient l’exportation de pétrole albertain, sont bloqués. Le Québec devient donc le territoire de prédilection pour l’industrie de l’énergie fossile canadienne.

 

L’ONE, qui terminera ses consultations dans les prochains jours, a écarté les intervenants qui souhaitaient aborder l’impact environnemental des sables bitumineux. « L’Office ne se penchera ni sur les effets environnementaux et socio-économiques associés aux activités en amont ni sur l’exploitation des sables bitumineux ou l’utilisation en aval du pétrole transporté par le pipeline », prévenait d’ailleurs l’organisme fédéral dans le formulaire à remplir pour prendre part aux audiences.

 

Au cours d’une rencontre d’information tenue à Montréal en mars, un porte-parole de l’ONE a aussi soutenu qu’une fuite de pétrole d’un pipeline ne constitue pas en soi une « catastrophe » environnementale. Selon l’Institut Polaris, Enbridge serait responsable de 804 déversements en Amérique du Nord entre 1999 et 2010. L’entreprise dit qu’elle devra effectuer au moins 600 inspections ou réparations le long du tracé de la ligne 9B.

 

Dire non à Enbridge

 

Jugeant que le gouvernement Marois fait preuve d’incohérence en matière environnementale, Québec solidaire a par ailleurs exigé mercredi le rejet du projet d’Enbridge. Selon le député Amir Khadir, une arrivée aussi massive de pétrole au Québec est incompatible avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et la réduction de notre dépendance au pétrole.

 

Québec solidaire a présenté une motion demandant au gouvernement Marois de convoquer « sans tarder » la commission parlementaire sur les transports et l’environnement afin de tenir des consultations sur la cible québécoise de réduction des émissions de GES.

 

« J’en appelle à la cohérence du gouvernement Marois, qui s’apprête à défaire d’une main ce qu’il fait de l’autre, a affirmé M. Khadir. Le développement des transports en commun ou l’électrification des transports n’avanceront pas notre bilan global si le PQ choisit de transformer le Québec en plaque tournante du pétrole le plus sale au monde. »

 

«Est-ce digne pour un gouvernement souverainiste d’être plus complaisant envers l’industrie des sables bitumineux que les États-Unis ou encore la Colombie-Britannique?», a-t-il ajouté. Victoria a en effet rejeté un projet d’oléoduc piloté par Enbridge, et Washington n’a toujours pas donné son accord pour le projet Keystone XL.

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