14 militants de Greenpeace accusés de «piraterie» par Moscou

Un total de 14 militants de Greenpeace ont finalement été accusés officiellement de «piraterie en bande organisée» par la justice russe mercredi. Ils se seraient rendus coupables de ce crime en protestant contre l’exploitation pétrolière en Arctique, un développement industriel qui met en danger cette région fragilisée par les bouleversements climatiques.

Ce sont donc 14 des 29 militants du groupe écologiste qui ont été officiellement accusés. S’ils sont reconnus coupables, ils risquent jusqu’à 15 ans de prison en Russie. D’autres accusations formelles devraient par ailleurs être déposées jeudi. Pour le moment, les deux Canadiens arrêtés par Moscou, dont un Montréalais, ne figurent pas au nombre des accusés de «piraterie».

Greenpeace n’a pas tardé à dénoncer une décision «destinée à intimider et à réduire au silence». Kumi Naidoo, directeur général de Greenpeace International, a soutenu que ces accusations représentent «une atteinte au principe même de la protestation pacifique».

Accusations absurdes

«Toute affirmation selon laquelle ces militants sont des pirates est aussi absurde qu’abominable», a-t-il déclaré dans un communiqué. Il a répété qu’il s’agissait de la « menace la plus grave » contre l’activité «pacifique» de l’association depuis l’épisode du Rainbow Warrior, coulé en 1985 dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande par les services secrets français, pendant qu’il faisait campagne contre les essais nucléaires réalisés en Polynésie. Cette opération a provoqué la mort d’un membre de l’équipage.

«Trois décennies plus tard, les militants de l’Arctic Sunrise se sont élevés contre l’industrie pétrolière, et ils risquent maintenant une longue peine dans une prison russe», a-t-il ajouté, appelant l’opinion publique mondiale à réclamer leur libération.

Amnesty International a appelé dans un communiqué la Russie à abandonner ses poursuites, estimant que cela «ridiculisait» le système judiciaire du pays.

Alexandre Morozov, rédacteur en chef du site Rousski Journal cité par l’Agence France-Presse, estime que «la sévérité des accusations est liée au fait que le Kremlin est persuadé qu’un "complot mondial" se joue derrière les actions de Greenpeace» et y voit «des manigances de la CIA».

Intervention armée

Le 19 septembre dernier, des gardes-frontières armés de mitrailleuses ont pris d’assaut le navire Arctic Sunrise, utilisé à plusieurs reprises dans le passé pour mener des actions pacifiques contre des projets qui poseraient des risques environnementaux.

La réaction par les armes de Moscou est intervenue au lendemain de l’arrestation, mercredi, de quatre militants écologistes qui ont escaladé une plateforme pétrolière pour attirer l’attention sur les risques environnementaux que représentent les forages pétroliers dans l’Arctique.

«Il est difficile de croire que ces soi-disant militants ne savaient pas que la [plateforme] était un objet à haut risque et que toute action non autorisée sur elle pouvait provoquer un accident qui aurait mis en danger non seulement les personnes se trouvant à bord, mais aussi l’écologie», a par la suite affirmé, par voie de communiqué, le Comité d’enquête russe chargé de mener l’enquête.

La plateforme pétrolière appartient au géant pétrolier russe Gazprom, qui prévoit de lancer la production au premier trimestre 2014, faisant peser le risque d’une marée noire dans une zone où existent trois réserves naturelles protégées par la loi russe, selon les écologistes.

Le Programme des Nations unies pour l’environnement a toutefois lancé plus tôt cette année un sérieux avertissement à la communauté internationale : la fonte accélérée des glaces de l’Arctique rend de plus en plus probable une exploitation précipitée des immenses ressources énergétiques fossiles dans cette région du monde.

«Ce que nous voyons, c’est que la fonte des glaces encourage une ruée vers les ressources en combustibles fossiles qui précisément, et en premier lieu, ont provoqué la fonte», a ainsi souligné le directeur général du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Achim Steiner. Selon le PNUE, ce recul des glaces engendre un accès plus facile aux ressources naturelles, «provoquant ainsi une augmentation des activités humaines susceptibles de mettre en péril les écosystèmes et la faune d’ores et déjà fragiles».

Avec l’Agence France-Presse
 

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