Fukushima: 300 tonnes d’eau radioactive se déversent chaque jour dans le Pacifique

Des spécialistes travaillent à empêcher l’eau contaminée de se déverser dans l’océan.
Photo: Agence France-Presse Des spécialistes travaillent à empêcher l’eau contaminée de se déverser dans l’océan.

Tokyo — Trente mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le problème de l’écoulement d’eau radioactive dans l’océan n’est toujours pas résolu. Le mercredi 7 août, le gouvernement japonais a indiqué que 300 tonnes d’eau contaminée se déversent chaque jour dans la mer depuis la centrale. Le premier ministre, Shinzo Abe, s’est engagé à accentuer les efforts du gouvernement pour limiter les fuites.

 

La veille, la compagnie d’électricité de Tokyo, Tepco, gestionnaire de la centrale, avait une nouvelle fois affirmé qu’elle faisait tout pour résoudre ce problème. Mais, lundi, l’Autorité japonaise de régulation du nucléaire (ARN) a parlé de « situation d’urgence ». L’un de ses dirigeants, Shinji Kinjo, reprochant à la compagnie d’électricité la « faiblesse de son sens de l’urgence », a considéré qu’on « ne peut pas la laisser travailler seule ». Problème majeur depuis le début de la catastrophe du 11 mars 2011, l’eau contaminée menace la reprise en main du site.

 

Dans les premières semaines du drame, 11 000 tonnes d’eau, déversées sur les installations, se seraient écoulées dans les sous-sols de la centrale, se mêlant ensuite à la nappe phréatique et aux rivières passant sous la centrale avant de se jeter dans l’océan Pacifique.

 

Après des mois de dénégations, Tepco reconnaît le problème

 

Une partie de l’eau toujours injectée en continu pour refroidir les réacteurs s’écoule également dans le sous-sol et fait monter le niveau de la nappe phréatique. Après des mois de dénégations, Tepco a fini par reconnaître ce problème, le 22 juillet, au lendemain d’élections sénatoriales qui ont vu la victoire du Parti libéral démocrate du premier ministre Shinzo Abe, favorable au nucléaire.

 

Tepco injecte des produits chimiques pour solidifier le sol le long de la côte, mais cette barrière souterraine serait déjà submergée, selon l’ARN. La compagnie envisage aussi de détourner les cours d’eau passant sous la centrale.

 

De son côté, l’ARN a créé, le 3 août, un groupe de travail spécial sur la gestion de l’eau. Il propose que Tepco pompe l’eau contaminée dans les sous-sols de la centrale et la stocke. Pour éviter les débordements, la compagnie devrait pomper 100 tonnes d’eau supplémentaires par jour. Or, 85 % de ses capacités de stockage - 380 000 tonnes - sont déjà utilisées.

 

Inquiétudes de la population

 

Dans l’attente d’une solution, la question est celle de l’impact environnemental. Le 2 août, Tepco a évalué à entre vingt et quarante mille milliards de becquerels la quantité de tritium radioactif déversée dans l’océan entre mai 2011 et juillet 2013. L’entreprise considère comme « mineur » le danger pour l’environnement, car ces chiffres correspondraient « aux limites supérieures des normes pendant les périodes d’opération ».

 

L’attitude de déni et de dissimulation de Tepco ne fait pourtant qu’accroître les inquiétudes de la population. Elle perturbe également les efforts de relance de l’activité économique du département de Fukushima, essentiellement fondée sur la pêche et l’agriculture.

 

Déjà dans l’interdiction d’exercer à proximité des côtes pendant plusieurs mois, les pêcheurs attendent de pouvoir reprendre une activité normale.

 

Promotion des produits agricoles de Fukushima

 

Quand Tepco a admis en juillet les fuites d’eau contaminée dans l’océan, ce fut un nouveau coup. « La situation est grave, a alors déclaré Masakazu Yanuki, président de la coopérative d’Iwaki, située une quarantaine de kilomètres au sud de la centrale. C’est au gouvernement et à Tepco d’améliorer la situation de l’océan. »

 

Les craintes environnementales n’ont pas empêché le département de lancer une campagne estivale de promotion des produits agricoles de Fukushima : affichage dans le métro de Tokyo pour ses pêches roses et girondes, messages publicitaires à la télévision ou encore événements organisés dans les gares, le tout avec l’appui de la confédération agricole JA Zenno.

 

L’objectif est de faire remonter les prix des produits de Fukushima, qui ont baissé de 10 % à 40 % depuis la catastrophe nucléaire. Selon les autorités, les produits locaux sont testés et ne présenteraient pas de risques sanitaires.

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