La bière pour favoriser... la biodiversité

Alexandre Beaudoin et Olivier Demers-Dubé dans le potager. «On pense toujours aux légumes, comme la tomate ou le poivron, lorsqu’on parle d’agriculture urbaine, raconte Alexandre. Pourtant, il n’y a rien de moins indigène, c’est totalement importé ! »
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Alexandre Beaudoin et Olivier Demers-Dubé dans le potager. «On pense toujours aux légumes, comme la tomate ou le poivron, lorsqu’on parle d’agriculture urbaine, raconte Alexandre. Pourtant, il n’y a rien de moins indigène, c’est totalement importé ! »

Lancé en 2011, le projet PAUSE (Production agricole urbaine soutenable écologique) de l’Université de Montréal verdit aujourd’hui le campus de ses huit jardins et potagers. Cette année, une culture de houblon en vue de produire de la bière artisanale a été mise en branle. Une façon pour les jeunes agriculteurs urbains derrière le projet de promouvoir le respect de la biodiversité et de célébrer la culture locale.


Tout comme l’expérience d’apiculture menée l’an dernier, le projet de production de bière par la culture du houblon, pensé par Alexandre Beaudoin, un conseiller en biodiversité pour l’Université de Montréal, et Olivier Demers-Dubé, responsable de l’agriculture urbaine à l’Université de Montréal, a beaucoup attiré l’attention du public. Cette notoriété a fait bien plaisir aux deux jardiniers de profession, bien qu’elle leur semble un peu prématurée. « À l’origine, le but de cette culture-là était de recouvrir certains îlots de chaleur et de verdir les espaces bétonnés du campus, explique Alexandre, grand barbu arborant la chemise à carreaux. Comme le houblon est une plante grimpante, nous avons installé les plants près d’une structure en béton noire, un des pires îlots de chaleur de l’université. On s’est dit que, si on arrivait à réduire la chaleur, en plus d’en ressortir avec une production de bière à la fin de la saison, on ferait d’une pierre deux coups ! »


Car au-delà de la perspective de souveraineté alimentaire, souvent notée comme le premier argument en faveur de l’agriculture urbaine, PAUSE oeuvre à bien plus. Notamment à promouvoir le patrimoine naturel du Québec. « Une des premières questions que l’on s’est posées avec le houblon était : “Est-ce que c’est indigène ?”, c’est-à-dire est-ce que c’est une plante qui pousse ici de façon naturelle ? », se rappellent Olivier et Alexandre. Avec l’aide de la sommité en botanique Luc Brouillette, on a pu déterminer qu’un spécimen de houblon aurait déjà poussé sur le territoire québécois. En plus de réduire les îlots de chaleur et d’éventuellement produire le précieux nectar, PAUSE se félicite d’utiliser des végétaux d’ici. « On pense toujours aux légumes, comme la tomate ou le poivron, lorsqu’on parle d’agriculture urbaine, raconte Alexandre. Pourtant, il n’y a rien de moins indigène, c’est totalement importé ! »


La réflexion de la rusticité agricole se combine à celle de la consommation locale. Le duo observe que, bien que le Québec raffole de ses microbrasseries, peu de cultivateurs québécois font pousser du houblon. « La majeure partie des ingrédients utilisés pour brasser la bière est importée, explique Alexandre Beaudoin. Ce serait bien si les gens réalisaient qu’ils peuvent utiliser une partie de leurs terres pour cultiver du houblon. »


Un chapeau de paille vissé sur la tête, Olivier souligne que le houblon est une plante qui prend très peu de place et qui fournit en très grande quantité. « Avec un seul plan, on peut produire plusieurs litres de bière », ajoute-t-il.


La vie au jardin


Pour gérer les huit potagers de PAUSE, éparpillés sur la surface du campus, les garçons ont lancé un appel à la communauté étudiante et professionnelle de l’université. « Nous avons entre 80 et 90 bénévoles qui prennent soin des jardins, explique Olivier. En principe, nous, on ne s’en occupe plus. Les bénévoles sont autonomes et peuvent conserver les fruits de leur travail. »


En voyant des bénévoles s’affairer dans l’un des potagers, les cultivateurs sont en pâmoison. Les volontaires ont reçu en début de saison des formations leur enseignant les bases de l’entretien jardinier et ils volent maintenant de leurs propres ailes. « Certains sont des néojardiniers, des néophytes complets, ajoute Alexandre. Il n’y a pas d’âge pour commencer à planter, c’est pour tout le monde ! »


Selon nos deux experts, la réputation à l’international de la métropole québécoise comme ville d’agriculture urbaine est très enviable. « La figure de proue de la ville pour l’agriculture est son programme municipal de jardins communautaires, commente Olivier Demers-Dubé, au sujet du programme qui existe depuis 1975. On compte aujourd’hui plus de 8000 parcelles cultivées par les citoyens. Les villes qui suivent en ont moins de 4000. »

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