Près d’un tiers des colonies d’abeilles ont été décimées l’hiver dernier aux États-Unis

Depuis quinze ans, le nombre d’essaims disparaît mystérieusement sur toute la planète, un phénomène baptisé Syndrome d’effondrement des colonies. Le taux de mortalité des abeilles est d’environ 30% chaque année depuis 2007 en Europe. Et le phénomène prend aussi de plus en plus d’ampleur en Amérique du Nord.
Photo: François Pesant - Archives Le Devoir Depuis quinze ans, le nombre d’essaims disparaît mystérieusement sur toute la planète, un phénomène baptisé Syndrome d’effondrement des colonies. Le taux de mortalité des abeilles est d’environ 30% chaque année depuis 2007 en Europe. Et le phénomène prend aussi de plus en plus d’ampleur en Amérique du Nord.

Près d’un tiers des colonies d’abeilles aux États-Unis ont été décimées au cours de l’hiver dernier, révèle un nouveau rapport rendu public cette semaine. Une surmortalité très préoccupante pour l’agriculture du pays, selon des experts, qui exigent que ces insectes soient mieux protégés.

Selon cette enquête, menée par le ministère américain de l’Agriculture (USDA) et des associations professionnelles, les colonies d’abeilles ont décliné de 31,1% durant l’hiver dernier. C’est 42% de plus que l’hiver précédent, lorsque 21,9% d’entre elles avaient disparu.

Chaque année depuis 2007, les autorités américaines et les associations Apiary Inspectors of America et Bee Informed Partnership interrogent à deux reprises un large échantillon d’apiculteurs sur leur élevage d’abeilles.

Quelque 6200 producteurs, représentant 22,9% de la production totale du pays de 2,62 millions de colonies, ont répondu cette année. Pas moins de «70% d’entre eux ont fait état de disparitions plus importantes» cette fois, selon l’étude. Désormais, et sans que les experts s’accordent sur un facteur déterminant, quelque 30,5 % en moyenne des colonies d’abeilles meurent chaque année depuis l’hiver 2006-2007.
 
Situation inquiétante

«C’est alarmant, à la fois pour les apiculteurs et pour répondre à nos besoins de pollinisation, a déclaré Jeffery Pettis, qui dirige le service de recherches agricoles de l’USDA, à l’Agence France-Presse. «Les prix pour polliniser les cultures ont plus que doublé, le prix des abeilles est en nette augmentation, mais si on ne peut pas en fournir, les récoltes vont en pâtir, se réduire et faire monter les prix de la nourriture, affectant au final notre nutrition et la chaîne alimentaire.»

La Californie, l’État le plus gourmand en abeilles, est le plus touché par ces pertes. Pour sa seule production d’amandes, cet État de l’ouest des États-Unis a besoin de 1,5 et 1,7 million de colonies, soit 60 % des abeilles élevées dans le pays. Une nouvelle perte de 30% serait un désastre pour la culture d’amandes, prévoit l’USDA.

Outre l’action des parasites, de maladies et de facteurs génétiques, l’exposition aux pesticides et une mauvaise nutrition liée à la disparition progressive de la faune sauvage ont contribué à cette hécatombe.

Mais, pour la première fois cet hiver, «il semble qu’un stress dû à la migration» des productions d’abeilles pour répondre à la demande de l’ensemble du territoire américain «ait été un facteur important», selon M. Pettis.

D’autre part, l’hiver particulièrement rigoureux, froid et sec, connu par les États-Unis ces derniers mois, notamment dans les grandes régions productrices d’abeilles du Nord, comme le Dakota du Nord et du Sud et l’État de New York, aurait pu jouer un rôle, selon les experts.

Quoi qu’il en soit, pour l’antenne américaine du réseau PAN (Pesticide Action Network), il est temps d’agir: «Les abeilles ne peuvent pas attendre. L’Europe a engagé des actions courageuses» en interdisant trois pesticides tueurs d’abeilles fin avril, «les États-Unis doivent s’élever également pour protéger les abeilles».

La Commission européenne a en effet voté la semaine dernière en faveur de l’interdiction, pendant deux ans, de l’utilisation de trois néonicotinoïdes présents dans des pesticides pour quatre types de cultures: le maïs, le colza, le tournesol et le coton. Les grands producteurs agricoles et les multinationales de la chimie ont déploré une décision qu’ils ont tenté de bloquer.

Les abeilles, dont le nombre disparaît dangereusement depuis une quinzaine d’années, sont responsables, par leur pollinisation, de plus d’un tiers de notre alimentation. Au total, ce sont 80% des plantes à fleurs qui sont pollinisées par les insectes comme les abeilles, les bourdons ou encore les papillons.

Mais depuis quinze ans, le nombre d’essaims disparaît mystérieusement sur toute la planète, un phénomène baptisé Syndrome d’effondrement des colonies. Le taux de mortalité des abeilles est d’environ 30% chaque année depuis 2007 en Europe. Et le phénomène prend aussi de plus en plus d’ampleur en Amérique du Nord.

Ce processus a été imputé à tout un faisceau de causes, à commencer par les pesticides, d’où la décision de Bruxelles d’en interdire plusieurs. En 2011, le programme des Nations unies pour l’environnement avait dénombré douze facteurs pouvant expliquer la mortalité des abeilles, surtout dans l’hémisphère nord industrialisé: outre les pesticides, il pointait surtout du doigt la pollution de l’air, la réduction du nombre de plantes à fleurs et un parasite mortel (le varroa). D’autres spécialistes blâment l’extension de la monoculture, qui amenuise la diversité de la flore nécessaire aux abeilles, et du même coup leur résistance immunitaire.
 
Avec l’Agence France-Presse

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