Valorisation du verre - Un futur bétonné pour les bouteilles de vin

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
Photo d’un plancher produit avec de la poudre et des agrégats de verre, provenant d’un procédé appelé « micronisation » du verre.
Photo: Source SAQ Photo d’un plancher produit avec de la poudre et des agrégats de verre, provenant d’un procédé appelé « micronisation » du verre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre 2013

Cette bouteille de beaujolais que vous avez en main pourrait bien se retrouver un jour dans le futur pont Champlain ou l’échangeur Turcot. Car l’utilisation du verre dans le béton est un débouché développé au cours des dernières années par la Chaire SAQ de valorisation du verre dans les matériaux, de l’Université de Sherbrooke.


Bon an mal an, la Société des alcools du Québec utilise 200 millions de bouteilles, ce qui représente plus de 75 000 tonnes de verre à récupérer et à valoriser. De cette quantité, 94 % des bouteilles sont récupérées grâce au système de collecte sélective. S’y ajoutent des bocaux et d’autres objets de verre, dont le taux de recyclage oscille autour de 60 % dans le domaine résidentiel, selon Recyc-Québec. Dans l’ensemble, le verre représente de 15 % à 20 % des matières envoyées à la récupération.


Après son passage au centre de tri, une partie du verre est acheminé chez des conditionneurs qui le nettoient, le broient et le conditionnent à la réutilisation pour le revendre à des manufacturiers. Ces derniers le valorisent de différentes façons - laine de verre pour l’isolation des maisons, filtres de piscine, comptoirs, papier à poncer - ou en refaisant d’autres contenants de verre, tout simplement.


« En refaisant du verre avec du verre, on économise de 25 % à 30 % en énergie, ce qui vaut la peine d’être considéré. Le principal marché est de refaire des bouteilles et des pots, c’est ce qui utilise le plus grand volume. Il faut aussi savoir que plus on a de la matière recyclable disponible, plus on peut développer de nouveaux marchés », dit Jeannot Richard, vice-président innovation chez Recyc-Québec.


Difficile recyclage


Mais on parle surtout ici du verre incolore. Le verre de couleur, dont les bouteilles de vin, est plus complexe à recycler, puisqu’on se retrouve avec une foule de couleurs mélangées que le volume élevé ne permet pas de séparer. C’est ce qu’on appelle le verre mixte, qui trouve plus difficilement preneur, puisque le Québec n’a pas d’industrie du vin développée et ne fabrique pratiquement pas de bouteilles.


« En Europe, on refait d’autres bouteilles de vin avec les bouteilles usagées. Les nouvelles bouteilles contiennent environ 85 % de bouteilles recyclées. Mais, ici, nous ne produisons pas suffisamment de verre pour en faire autant, d’où la nécessité de le valoriser autrement », dit Mario Quintin, vice-président développement durable, SAQ.


C’est pour remédier à ce problème que la SAQ a eu l’idée, il y a dix ans, de financer cette chaire de recherche qui permettrait de trouver des débouchés et de donner une valeur ajoutée au verre mixte. Ces recherches ont abouti à la mise au point d’un procédé : la micronisation, qui consiste à réduire le verre en particules de la taille d’un micron. Une licence a été vendue à Tricentris, un centre de tri qui est sur le point de construire une usine de micronisation du verre.


« Un micron est une particule beaucoup plus petite qu’un grain de sable, il n’est pas visible à l’oeil nu. La poudre peut être utilisée en remplacement du ciment dans le béton, car elle a un effet liant. Cela donne des structures très denses et résistantes et procure au béton un avantage supplémentaire : une très faible perméabilité. De plus, sa fabrication génère beaucoup moins de gaz à effet de serre que celle du ciment, car la fabrication d’une tonne de ciment engendre presque une tonne de CO2 », dit Arezki Tagnit-Hamou, professeur au Département de génie civil et directeur de la Chaire de valorisation du verre dans les matériaux de l’Université de Sherbrooke.


Dépôt d’un brevet


Si l’idée d’utiliser du verre dans le béton existait déjà, la chaire est la première équipe de chercheurs au monde à avoir effectué une étude aussi exhaustive sur le sujet, explique le professeur. « Nous avons aussi déposé récemment un brevet pour produire un béton à ultrahaute performance contenant une grande quantité de verre micronisé, qui coûtera moins cher que les bétons de même classe déjà sur le marché », ajoute-t-il.


Déjà, quatorze planchers de succursales de la SAQ ont été fabriqués avec du béton intégrant du verre micronisé, ainsi que quelques trottoirs de Montréal. C’est le cas des nouveaux trottoirs situés devant le Musée des beaux-arts de Montréal, rue Sherbrooke, et de ceux situés devant la Maison du développement durable, rue Sainte-Catherine.


« Les planchers que nous avons coulés pour nos succursales ont permis d’utiliser 1,7 million de bouteilles. Notre objectif est de redonner une nouvelle vie à ces bouteilles qu’on ne peut évidemment pas retourner à nos 2700 fournisseurs dans 65 pays. Au moment où on se parle, les débouchés du verre dans le béton sont très prometteurs et nous espérons que son utilisation sera possible dans les grands travaux d’infrastructures qui s’en viennent à Montréal », dit Mario Quintin.



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