Conseil patronal de l'environnement du Québec - «Certaines entreprises gagneraient beaucoup à collaborer entre elles»

Sarah Poulin-Chartrand Collaboration spéciale
Les entreprises d’une même industrie gagneraient à collaborer entre elles. Par exemple, dans l’industrie du bois, les matières résiduelles de l’une deviennent la matière première de l’autre.
Photo: - Le Devoir Les entreprises d’une même industrie gagneraient à collaborer entre elles. Par exemple, dans l’industrie du bois, les matières résiduelles de l’une deviennent la matière première de l’autre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre 2013

On n’associe pas d’emblée les entreprises privées à la protection de l’environnement. Depuis plus de 20 ans, pourtant, le Conseil patronal de l’environnement du Québec s’efforce de conjuguer développement durable et économique au sein des entreprises québécoises. Et l’organisme planche sur un projet plutôt novateur dans le domaine.


Changer les pratiques des entreprises québécoises en matière de développement durable ne se fait pas toujours rapidement ni facilement. Mais un projet du Conseil patronal en environnement du Québec (CPEQ) pourrait convaincre même les plus récalcitrantes d’entre elles.

 

Une écologie industrielle


Qu’ont en commun une entreprise productrice de planchers de bois, une papetière et une entreprise qui fabrique des bûches reconstituées, faites de résidus ? C’est à ce genre de questions que tentera de répondre le CPEQ au cours des prochaines années, en mettant sur pied un projet-pilote qui pourrait être répété partout dans la province. « Plusieurs entreprises d’un secteur travaillent souvent en silo. C’est normal, puisqu’il y a de la concurrence dans toute industrie. Mais on s’aperçoit que certaines entreprises gagneraient beaucoup à collaborer entre elles », explique Hélène Lauzon, présidente du CPEQ. Comment ? Les matières résiduelles de l’entreprise de planchers ou de la papetière, par exemple, peuvent devenir la matière première de celle qui produit des bûches de résidus du bois.


C’est ce qu’on appelle l’écologie industrielle, qui pourrait se résumer par un développement durable de groupe. On imagine facilement les bénéfices écologiques de ce type d’échanges. Et, pour les entreprises, les réductions de coûts sont une réelle motivation.


Le concept d’écologie industrielle ne s’arrête pas aux matières premières. On peut aussi envisager de partager les services de transport, d’alimentation en gaz, de sécurité. Le projet-pilote n’en est qu’à ses balbutiements, puisque le CPEQ tente pour l’instant de repérer des entreprises qui pourraient le réaliser, mais sa présidente est emballée par ce projet. « Ce partage entre les entreprises permet de réduire les coûts, les gaz à effet de serre, l’espace utilisé dans les sites d’enfouissement, etc. Chaque fois que nous présentons le projet, les gens sont vraiment enthousiastes. » Deux régions du Québec se montrent actuellement intéressées par le projet.


Le CPEQ est un organisme à but non lucratif qui a vu le jour après le Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro, en 1992. Les entreprises québécoises, rappelle Hélène Lauzon, comprennent alors que les pratiques de développement durable et la protection de l’environnement seront des préoccupations importantes au cours du siècle à venir. La volonté de départ était donc de se regrouper et de déterminer des façons de partager informations et énergies. Les membres fondateurs (dont SNC-Lavalin, la SAQ et Imperial Tobacco) avaient aussi la volonté de parler d’une seule voix des intérêts et des défis de l’industrie en matière de développement durable et d’environnement.


Le rôle du CPEQ consiste donc à exercer des pressions auprès des instances gouvernementales pour faire entendre les préoccupations de l’industrie, notamment lorsqu’il est question de commenter des projets de loi ou leur application. Mais sa mission ne s’arrête pas là. Le CPEQ affiche une réelle volonté d’améliorer les pratiques écologiques au Québec, en informant et en conseillant ses membres. Selon Hélène Lauzon, cette double mission du CPEQ en fait un modèle unique en son genre dans le monde. Aujourd’hui, environ 200 entreprises et 50 associations sont membres du CPEQ et l’organisme entretient de bons rapports avec des ONG telles que la Fondation Suzuki ou Équiterre.


Depuis 20 ans, Hélène Lauzon se dit fière des démarches de développement durable et de conformité écologique des membres du CPEQ et elle croit que l’organisme y est pour beaucoup dans cette amélioration des pratiques.

 

Des lignes directrices


Afin de conseiller et d’informer ses membres, le CPEQ a publié, ces dernières années, trois guides à l’intention des entreprises : le Guide de bonnes pratiques afin de favoriser l’acceptabilité sociale des projets, le Guide sur l’implantation d’une démarche de développement durable en entreprise et le Guide de bon voisinage : comment harmoniser vos activités industrielles avec l’environnement et les communautés. Bien que l’adhésion au CPEQ soit payante pour les entreprises, le CPEQ a fait le choix de rendre ses guides accessibles à toutes les entreprises québécoises, dans le but de faire circuler les pratiques de gestion durable dans la province. Ces guides informatifs ont d’ailleurs été réalisés après d’importantes consultations menées auprès de différents groupes de pression.


Le CPEQ a également mis sur pied différents comités auxquels se joignent les entreprises membres, tels que les comités sur l’eau, sur les nuisances ou encore sur la responsabilité sociale des entreprises. Pour la présidente du CPEQ, cette responsabilité sociale doit naître avant tout d’un engagement de la direction au sein des entreprises. Certaines actions doivent ensuite être réalisées afin d’assumer cette responsabilité sociale : des employés bien intégrés à l’entreprise, le respect des normes écologiques en vigueur, le développement de liens avec les parties présentes sur le territoire, etc. Il existe même une norme ISO 26 000, qui définit la façon dont une entreprise, par son engagement social, respecte les principes du développement durable. Le CPEQ offrira d’ailleurs une formation, le 29 mai prochain, sur l’intégration de différentes normes en développement durable.



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