Les navires du Sea Shepherd rentrent victorieux au port

Il existe un sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Il a été mis en place en 1994 pour y interdire toute chasse commerciale. Seul le Japon s’est opposé à sa création et continue d’y abattre des petits rorquals et des rorquals communs chaque année.
Photo: Glenn Lockitch / Sea Shepherd Australia Il existe un sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Il a été mis en place en 1994 pour y interdire toute chasse commerciale. Seul le Japon s’est opposé à sa création et continue d’y abattre des petits rorquals et des rorquals communs chaque année.
Trois des quatre navires envoyés dans les eaux ceinturant l’Antarctique — le Steve Irwin, le Bob Barker et le Sam Simon — sont arrivés en Australie avec des avaries résultant de leurs affrontements en pleine mer avec les navires-harponneurs et le navire-usine japonais. Sea Sheperd, qui reçoit de nombreux appuis à travers le monde, estime que les réparations pourraient coûter plus d’un million de dollars. L’organisme militant et l’Institut japonais de recherche sur les cétacés se sont accusés mutuellement à plusieurs reprises d’avoir provoqué les collisions.

Le quatrième navire, le Brigitte Bardot, se trouvait en un endroit non communiqué, avec à son bord le Canadien Paul Watson, recherché par Interpol à la demande du Costa-Rica. Il est accusé d’avoir mis en danger un équipage lors d’une opération contre la chasse à des espèces de requins menacés en 2002.

Un succès

Malgré les dommages matériels, les militants estiment que cette campagne a été un succès. Ils ont ainsi soutenu qu’ils avaient empêché le Japon d’atteindre ses quotas de mises à mort de petits rorquals. Sea Shepherd affirme que seulement 75 ont été harponnés. Aucun chiffre n’a été rendu public par le Japon. Tokyo souhaitait tuer cette année environ 900 petits rorquals et environ 50 rorquals communs.

Les navires des animalistes avaient pris la mer en novembre. Le capitaine du Bob Barker, Peter Hammarstedt, estime que la campagne a été la plus fructueuse, mais également la plus dangereuse, des neuf opérations saisonnières menées depuis sa création par l’organisation. «Ça a été une longue campagne, certainement la plus dangereuse jusqu’à présent. Les baleiniers japonais n’avaient jamais été aussi agressifs, irresponsables et violents, a-t-il déclaré à son débarquement à Melbourne. Mon bateau porte les cicatrices de la bataille et ces cicatrices ont été causées par des baleiniers japonais illégaux qui tuent des baleines sans autorisation dans les eaux territoriales australiennes de l’Antarctique.»

L’imposant navire-usine Nisshin Maru — où sont dépecés les rorquals abattus par les navires-harponneurs — est entré en collision à plusieurs reprises, fin février, avec le Bob Barker, détruisant un radar, tous les mâts et provoquant une coupure d’électricité qui a entraîné l’envoi d’un message de détresse. Cet incident, qui a vu le Bob Barker pris en sandwich entre un pétrolier sud-coréen et le navire japonais, est le plus violent depuis janvier 2010, lorsque l’Ady Gil, un bateau de Sea Shepherd, avait été littéralement été coupé en deux par un navire-harponneur alors qu’il harcelait la flotte japonaise.

Chasse scientifique?

Au cours des dernières années, les campagnes ont donné lieu à plusieurs affrontements entre les militants et les navires japonais. Les animalistes attaquent habituellement les baleiniers en lançant des bombes puantes sur le pont ou en tentant de stopper leurs hélices de propulsion à l’aide de câbles. Les Japonais répliquent à l’aide de canons à eau ou encore en tentant de frapper les zodiacs de Sea Shepherd à l’aide d’ancres.

Tokyo affirme depuis des années mener une chasse à des fins de «recherche scientifique». La Commission baleinière internationale (CBI) a interdit la capture commerciale de la baleine en 1986 pour protéger ces mammifères en voie de disparition, mais elle a autorisé des campagnes de chasse conduites à des fins de recherche. Trois pays membres de la CBI, soit les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ont déjà dénoncé cette «prétendue chasse scientifique». Mais il est difficile pour ces États de mettre en place un moratoire complet en raison des divisions entre les pays membres de la CBI.

Il existe un sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Il a été mis en place en 1994 pour y interdire toute chasse commerciale. Seul le Japon s’est opposé à sa création et continue d’y abattre des petits rorquals et des rorquals communs chaque année.

Ce programme coûte cher à Tokyo et la demande pour la viande de baleine, autrefois populaire dans l’archipel nippon, est aujourd’hui très faible. Si bien que le pays en a déjà des milliers de tonnes en réserve. Qui plus est, plusieurs pays, dont l’Australie et la Nouvelle-Zélande, dénoncent année après année cette chasse. Canberra a d’ailleurs porté plainte en 2010 devant la Cour internationale de justice de La Haye pour mettre un terme à cette pratique que poursuit le Japon sous des couverts scientifiques. Mais le gouvernement s’est toujours refusé à envoyer un bateau pour surveiller cette chasse.

Avec l’Agence France-Presse

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