Université de Sherbrooke - La bonne gestion est toujours rentable

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Selon Alain Webster, la mise en place de pratiques éprouvées en développement durable améliore la performance de l’université.
Photo: Université de Sherbrooke Selon Alain Webster, la mise en place de pratiques éprouvées en développement durable améliore la performance de l’université.

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable mars 2013

L’Université de Sherbrooke, qui a choisi de placer le développement durable au coeur de son plan stratégique, obtient d’excellents résultats. À preuve, l’Université de Sherbrooke vient de se classer première au Canada et sixième dans le monde dans le cadre du GreenMetric World University Ranking (WUR) de l’Universitas Indonesia.


Rappelons que le GreenMetric World University Ranking est une initiative mise en place par le recteur de l’Universitas Indonesia visant à évaluer la performance en développement durable des universités à travers le monde. L’événement en est à sa troisième édition, et cette année, 215 universités situées dans 49 pays sur les cinq continents y ont participé. Le classement se fait en tenant compte de critères dans les domaines suivants : la gestion de l’énergie et des gaz à effet de serre, la gestion des matières résiduelles, la gestion de l’eau, le transport durable, et l’enseignement et la recherche en développement durable.


« C’est un événement à participation volontaire et c’est la deuxième année que nous acceptons l’invitation, explique Alain Webster, vice-recteur au développement durable. Le principal intérêt de cet événement est de brosser un portrait de ce qui se fait en développement durable dans les universités dans le monde et de voir à quel point le développement durable est intégré à la gouvernance des universités. Le classement est secondaire, bien que nous soyons fiers de nos résultats. Le classement permet aussi de mesurer nos propres efforts. Si nous sommes à la tête du peloton, c’est que l’on fait bien les choses. Mais si, au contraire, nous sommes à la traîne, c’est signe qu’il reste du travail à faire. »

 

De bons résultats


L’Université de Sherbrooke s’est particulièrement distinguée dans les trois catégories suivantes : le transport durable, la gestion de l’eau et la gestion des matières résiduelles. En transport durable, le fait que le transport en commun soit gratuit pour les étudiants est une mesure qui a certainement joué en sa faveur. « Lorsqu’on a implanté ce service, il y a une dizaine d’années, plusieurs étaient sceptiques. Aujourd’hui, tous conviennent de son utilité quant à la réduction de l’automobile sur le campus. Cela nous a permis de fermer 300 places de stationnement et de réduire la taille des stationnements. Le terrain ainsi dégagé a servi à créer des espaces verts et des lieux de convivialité. Ainsi, on a même fait un gain en matière d’aménagement paysager. » De plus, l’établissement a pris le virage du transport électrique. « On a acheté des véhicules électriques et on a installé des bornes de recharge sur le campus. »


La gestion des eaux a valu à l’Université de Sherbrooke son meilleur score. L’installation d’appareils à faible débit munis de détecteurs de mouvement est l’une des mesures mises en place. « Nous avons de plus éliminé l’utilisation d’équipements utilisant l’eau d’aqueduc en continu, notamment en remplaçant les systèmes de refroidissement à l’eau continue des laboratoires par d’autres systèmes de refroidissement, et l’on a interdit l’arrosage extérieur. » Les eaux de pluie sont aussi recueillies. « Elles servent à créer des bassins d’eau intégrés à l’aménagement paysager. L’eau de pluie est ainsi filtrée naturellement avant d’être retournée à l’égout. »


Quant à la gestion des matières résiduelles, l’Université de Sherbrooke soustrait présentement à l’enfouissement 80 % des déchets qu’elle produit, qu’ils soient inorganiques ou organiques. « Nous avons composté 70 tonnes l’an dernier. Même la vaisselle de la cafétéria est faite de matière compostable. » Les matières inorganiques prennent la route du recyclage et de la valorisation. On a même travaillé à réduire à la source. « Depuis 2009, on a réduit notre utilisation de papier de 33 %. Et l’on utilise uniquement du papier 100 % recyclé. »

 

Un véritable laboratoire


Selon Alain Webster, le développement durable est aujourd’hui un incontournable pour les universités. « On ne peut plus gérer ni construire une université aujourd’hui sans tenir compte du développement durable. On définit souvent les universités par la qualité de l’enseignement et de la recherche, mais il ne faut pas oublier les bonnes pratiques de gestion, notamment celles liées au développement durable. »


Cela est d’autant plus vrai dans une société qui s’engage dans une économie du savoir. « Les universités ont un rôle fondamental à jouer dans l’élaboration de cette société du savoir et les pratiques en développement durable permettent aux universités de contribuer à définir cette nouvelle société. »


C’est la raison pour laquelle il vise à faire de l’Université de Sherbrooke un véritable laboratoire en développement durable. « D’une part, la mise en place de pratiques éprouvées en développement durable améliore la performance de l’université. Cela aussi exerce une influence sur nos partenaires ainsi que sur le milieu. D’autre part, y a-t-il un meilleur endroit pour faire de la recherche en développement durable que sur le campus d’une université ? »


Il donne en exemple les efforts de l’Université de Sherbrooke en matière d’énergie solaire. « Nous avons commencé par installer un mur solaire passif lors de la construction de notre dernier pavillon sur le campus. Présentement, nous étudions la possibilité de produire de la vapeur en utilisant l’énergie solaire. » Dans ce cas, la technologie retenue est celle des cellules photovoltaïques en concentré, c’est-à-dire en utilisant un miroir pour concentrer la lumière du soleil sur la cellule photovoltaïque. « C’est une nouvelle technologie et nous ne sommes pas encore certains des résultats que l’on pourrait obtenir. Mais selon moi, c’est justement le rôle que peut jouer une université, c’est-à-dire essayer une nouvelle pratique en développement durable sur son campus de manière à faire la démonstration que cela peut marcher. »



Collaborateur

À voir en vidéo