Val-Jalbert : Québec a ignoré deux avis du Conseil du patrimoine


	Selon un récent sondage, 53 % de la population de la région s’oppose au projet de centrale de 16 mégawatts porté par la Société de l’énergie communautaire du Lac-Saint-Jean.
Photo: Amélie Daoust-Boisvert Le Devoir
Selon un récent sondage, 53 % de la population de la région s’oppose au projet de centrale de 16 mégawatts porté par la Société de l’énergie communautaire du Lac-Saint-Jean.
Dans un avis daté du 13 novembre transmis à la Fondation Rivières à la suite d’une demande d’accès à l’information, le Conseil du patrimoine culturel du Québec (CPCQ) insiste sur la question de la chute de la rivière Ouiatchouan, qui coule au cœur du village historique de Val-Jalbert. Selon son évaluation, la réduction du débit de la chute à 0,3 m3 par seconde en dehors des heures d’ouverture du site touristique, mais aussi d’octobre à mai, « apparaît beaucoup trop importante ». Le Conseil affirme même que « ce faible débit revient à tarir complètement la chute, ce qui n’est pas acceptable ».

Selon les modalités actuelles du projet, qui nécessitera la construction d’un barrage et d’un tunnel d’amenée d’eau jusqu’à la centrale, la rivière Ouiatchouan se trouverait pour ainsi dire asséchée en amont de la chute sur une distance de près de 900 mètres.
 
L’organisme consultatif estime donc que le débit proposé par le promoteur du projet de centrale devrait être revu. « Le projet devrait être bonifié afin de proposer un débit accru lors des périodes de faible achalandage afin de ne pas tarir la chute. À cet effet, le Conseil estime que le débit de 0,3 m3 par seconde n’est pas suffisant et demande que des simulations visuelles du nouveau débit minimum retenu soient soumises », conclut le CPCQ dans le document transmis au Devoir par la Fondation Rivières.

Dans un autre document obtenu par la Fondation Rivières, le ministère de la Culture et des Communications, sur l’avis du CPCQ, « suggère d’étudier la possibilité de revoir à la hausse le débit écologique de la chute dans le but de bonifier son apparence esthétique ». Le « débit écologique » est une appellation employée pour désigner, dans ce cas-ci, le débit de 0,3 m3.
 
Feu vert de Québec

Le gouvernement péquiste a adopté le décret donnant le feu vert au projet le 5 décembre dernier, sur la recommandation du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs. Le Devoir a demandé au ministère quels débits le promoteur devra s’engager à maintenir lors des périodes de fréquentation du site et en dehors de celles-ci. « Lorsque le site touristique sera fermé, la nuit et durant la saison hivernale, ce débit sera réduit au débit écologique de 0,3 m3 par seconde », a répondu une porte-parole des relations avec les médias. Précisément ce que le CPCQ juge inacceptable.

Lors des périodes de fréquentation de ce haut lieu touristique régional, le gouvernement estime qu’un « débit esthétique » de 7 m3 par seconde sera suffisant afin de « donner un aspect naturel à la chute », a répondu le MDDEFP. Selon le ministère, ce débit « correspond au débit médian de cette rivière pour le mois d’août ». En été, le débit de la rivière à cet endroit peut varier entre 12 et 20 m3 par seconde.

Dans son avis, le CPCQ a d’ailleurs émis des réserves par rapport au débit de 7 m3. Selon l’organisme, s’il s’avère que celui-ci « ne correspond pas aux simulations visuelles soumises, des correctifs devraient être apportés au projet afin d’obtenir l’apparence de la chute telle que proposée ».

S’il estime que le projet de centrale hydroélectrique est « cohérent avec la vocation historique du lieu », le CPCQ n’en estime pas moins que « l’acceptabilité sociale n’est pas à un niveau suffisant ». Selon l’organisme, la question du maintien de l’aspect naturel de la chute est une partie importante de la question de l’acceptabilité sociale du projet.

Selon un sondage paru la fin de semaine dernière dans le journal Le Quotidien, 53 % de la population de la région s’oppose au projet de centrale de 16 mégawatts porté par la Société de l’énergie communautaire du Lac-Saint-Jean, qui regroupe les MRC du Domaine-du-Roy et de Maria Chapdelaine, mais aussi le Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean. Bernard Généreux, préfet de la MRC du Domaine-du-Roy et candidat péquiste défait aux dernières élections, a d’ailleurs défendu le projet. Les coûts totaux de construction sont évalués à 53 millions de dollars.

La Fondation Rivières évalue que l’électricité produite sera vendue à 8 ¢ le kilowattheure, sans compter les coûts de transport. Tout cela dans un contexte de surplus et alors qu’Hydro-Québec vend son électricité aux États-Unis à un prix se situant entre 5 et 6 ¢ le kilowattheure.

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