Québec fait cavalier seul dans la gestion de la pollution de l’air

Toronto, comme d’autres grandes villes canadiennes, vivent de plus en plus d’épisodes de smog urbain en été.
Photo: La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Toronto, comme d’autres grandes villes canadiennes, vivent de plus en plus d’épisodes de smog urbain en été.

Après cinq ans de pourparlers, les ministres canadiens de l’Environnement ont annoncé jeudi au lac Louise, en Alberta, qu’ils s’étaient entendus pour mettre en place un « système pancanadien de contrôle des contaminants atmosphériques ».

Le Québec, par contre, entend garder son autonomie de gestion sur son territoire pour préserver son champ de compétence constitutionnelle. Il entend même, a précisé le nouveau ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Daniel Breton, coopérer étroitement avec Ottawa pour avoir accès notamment aux satellites qui suivent globalement l’évolution de la pollution transfrontalière sur le territoire canadien.


Le ministre Breton ainsi que son homologue fédéral, Peter Kent, ont tous deux confirmé que les pourparlers durant cette conférence du Conseil canadien des ministres de l’Environnement (CCME) s’étaient déroulés dans un climat « cordial ». Peter Kent a même confirmé qu’il n’avait aucun problème avec la volonté du Québec de suivre sa propre démarche dans ce domaine puisqu’il partage avec le gouvernement fédéral « les mêmes objectifs » d’assainissement de l’air.


Les ministres provinciaux ont par ailleurs l’intention d’ouvrir des discussions avec Washington pour amorcer des pourparlers sur une gestion continentale de la pollution de l’air. Présentement, les deux pays et même les provinces canadiennes utilisent des normes différentes, que le nouveau système devrait à tout le moins niveler au Canada.


Invité à commenter cette entente, qui a eu l’aval des grands secteurs industriels canadiens et même du groupe environnemental canadien Pollution Probe, le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle, a dit que la non-intégration du système québécois dans le système pancanadien soulevait « une certaine inquiétude » dans son groupe.


« Cela tient au fait, expliquait-il hier soir au Devoir, que nous risquons de ne pas avoir de normes équivalentes à celles du reste du Canada. Il faudra nous mettre à niveau en renforçant les normes édictées l’an dernier par le gouvernement Charest, que nous jugions alors incomplètes et pleines de trous. C’est aussi inquiétant de nous marginaliser d’un système de gestion globale, car la pollution ignore les frontières et doit faire l’objet d’une approche globale. On est relativement capable d’identifier nos sources de pollution au Québec. Mais il y a un gros trou présentement, car nous n’avons pas une entente vraiment efficace avec Ottawa, qui nous permette de suivre avec rigueur l’évolution du smog sur notre territoire, où plus de la moitié du problème nous provient de l’extérieur. Et on sait que les coupes du fédéral ne vont pas nous faciliter le travail. On pense à l’AQLPA que le Québec doit faire partie d’une entente continentale, quitte à ce qu’il le fasse en gérant son système à lui. »


Les ministres canadiens se sont aussi entendus sur de nouveaux standards sur les rejets de biosolides et sur le suremballage. Aucune province ne s’est dissociée de ces ententes puisque leur application demeure volontaire, ce qui respecte leur autonomie.

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