Compteurs intelligents - La Régie entendra une sommité en radiofréquences

La Régie de l'énergie a décidé d'entendra au début de mai le Dr David Carpenter, un spécialiste de réputation internationale en matière d'impacts sur la santé des champs électromagnétiques.

Le témoignage du Dr Carpenter, dont le rapport Bio Initiative a servi de base au changement de politique du Con-seil de l'Europe à propos de l'exposition aux champs électromagnétiques, a été requis par l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et le groupe Stratégies énergétiques.

Comme le rapportait Le Devoir hier, le procureur d'Hydro-Québec, Me Jean-Olivier Tremblay, s'opposait à la venue du Dr Carpenter. La société d'État estime que les compteurs intelligents sont conformes aux «lignes directrices» de Santé Canada et que ce ministère et son équivalent québécois ont «conclu à l'absence de risques pour la santé des compteurs de nouvelle génération».

Le régisseur responsable du dossier des compteurs intelligents, Me Richard Lassonde, précise dans sa décision rendue hier que l'opinion du Dr Carpenter lui sera utile pour «savoir si les émissions de RF [radiofréquences] des compteurs de nouvelle génération en question peuvent constituer un risque de dommage grave ou irréversible pour la santé [en référence au principe de précaution de la Loi sur le développement durable du Québec]».

L'intérêt manifesté par le régisseur Lassonde pour les questions de santé dans la cause sur les compteurs intelligents tombe à zéro dans la cause dite «tarifaire», dans laquelle Hydro-Québec demande l'autorisation d'imposer un tarif d'environ 200 $ par année à ceux qui refuseraient qu'on installe chez eux un compteur intelligent doté d'un émetteur de RF.

En effet, dans une autre décision rendue la veille, le régisseur Lassonde et deux de ses collègues ont statué que dans la cause sur le tarif de retrait, «la Régie n'acceptera aucune preuve» relative à l'hypersensibilité électromagnétique ou à tout autre impact sur la santé.

Cause tarifaire

Pour les trois régisseurs, ces questions «ne sont pas pertinentes» et ils ne permettront même pas que les preuves déposées dans le dossier des compteurs intelligents, dont l'expertise du Dr Carpenter, soient versées dans le dossier de la cause tarifaire. Ils estiment que les questions de santé n'ont pas à être débattues dans une cause où l'option de retrait peut être exercée par un client d'Hydro-Québec sans qu'il ait à fournir de justification.

Pour Me Dominique Neuman, le procureur de l'AQLPA, le témoignage du Dr Carpenter permettra «de contrebalancer celui du médecin d'Hydro-Québec, qui prétendait que la science était uniforme sur le fait que de telles émissions ne représentent aucun risque pour la santé. Le Dr Carpenter pourra présenter l'état actuel des recherches, lesquelles sont nombreuses à identifier de tels risques».

Quant à la décision des trois régisseurs de n'entendre aucune preuve sur les questions de santé dans la «cause tarifaire» sur les frais de l'option de retrait, il s'interroge sur la suite des choses.

«En effet, précise Me Neuman en entrevue, si des gens choisissent de faire remplacer leur compteur, c'est précisément par mesure de précaution afin de réduire l'impact sur leur santé ou celle de leur famille. Et c'est précisément pour ce motif principal que nous souhaitons demander que cette option soit gratuite. Or il est de la juridiction de la Régie de déterminer si l'option sera gratuite ou non. Nous étudions donc la récente décision de la Régie afin de voir s'il nous sera encore possible de lui demander la gratuité de l'option pour ce motif.»

À voir en vidéo