De l'utilité des hivers blancs

La tempête de neige de la semaine dernière a laissé une dizaine de centimètres sur la métropole.
Photo: - Le Devoir La tempête de neige de la semaine dernière a laissé une dizaine de centimètres sur la métropole.
Selon Environnement Canada, la région de Montréal a jusqu'à présent reçu environ la moitié des précipitations de neige moyennes. Les hivers moins «hivernaux» ne sont toutefois pas sans conséquences.

Les accumulations de neige sont des réserves naturelles d'eau pour la saison chaude. Elles fondent tranquillement au printemps, abreuvant ruisseaux et rivières jusqu'à la fin de l'été. «Quand la neige tombe en pluie, l'eau n'est pas entreposée», rappelle Alain Bourque, chercheur au sein du consortium sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques Ouranos. Le secteur agricole risque alors de se retrouver en plan, et des centrales hydroélectriques aussi. Et une eau plus rare et plus chaude est une «combinaison magique» pour les problèmes de qualité de l'eau et de pollution.

Un hiver relativement sec réduit certes les risques d'inondation, à la crue des eaux, mais il favorise aussi les feux de forêts. «Si le printemps est également sec et que la neige fond rapidement avant que les feuilles des arbres sortent, on peut avoir des conditions propices aux incendies», explique le météorologue pour Environnement Canada André Cantin.

Changements climatiques

La couche de neige protège le sol et bon nombre de plantes qui ont besoin de cette couche pour survivre à l'hiver, tout comme les racines de certains arbres. Le froid protège quant à lui le Québec de nombreuses bestioles qui ne supportent pas les basses températures, explique Alain Bourque. Il cite l'exemple d'une infestation qui ravage les forêts en Colombie-Britannique depuis 10 ans. «En 2000, il y avait eu quelques hivers consécutifs sans température de -30, alors que ce sont ces températures très froides qui historiquement tuaient le dendroctone du pin argenté et l'empêchaient de s'établir dans la forêt.»

La neige protégerait aussi les berges de l'érosion, que connaissent trop bien les riverains de la Gaspésie.

Au cours des prochaines décennies, l'extrême sud du Québec risque de voir de moindres accumulations de neige au sol, en raison des changements climatiques, qui ont déjà fait monter les températures annuelles moyennes d'un degré Celsius dans la région montréalaise depuis les années 1960.

«Globalement, tant notre environnement naturel que notre environnement bâti et nos activités socioéconomiques se sont mis en place et se sont adaptés en fonction d'un climat historique, affirme M. Bourque. Le système est optimisé en fonction des 60 dernières années de climat; or les changements de climat le rendront moins optimal. Il faut continuer à réduire les gaz à effet de serre, mais il faudra aussi s'adapter.»

Mais bien que les changements climatiques soient incontestables, Alain Cantin prévient qu'il ne faut pas directement associer les faibles précipitations de neige depuis le début de l'hiver aux changements climatiques. Le climat du Québec a toujours beaucoup fluctué par sa situation, à la rencontre des masses d'air froid du Grand Nord canadien et de celles de l'Atlantique.

D'ailleurs, le record pour Montréal des plus faibles chutes de neige pour le 13 janvier est 16,1 centimètres en 1980. Les fluctuations ne datent donc pas d'hier.

Selon les prévisions, le réchauffement climatique pourrait toutefois apporter plus de neige dans les régions du Nord du Québec.

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