Une facture salée pour le Canada

Le rapport de la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie explique que le Canada peut contribuer à réduire ces coûts, mais il s’agit de scénarios qui sont, pour l’instant, fort éloignés des choix d’Ottawa.
Photo: Agence Reuters Le rapport de la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie explique que le Canada peut contribuer à réduire ces coûts, mais il s’agit de scénarios qui sont, pour l’instant, fort éloignés des choix d’Ottawa.
Il existe même une possibilité, réduite certes à seulement 5 %, que ce coût atteigne en raison d'une combinaison de différents facteurs à 91 milliards par année au milieu du siècle.

Tel est le bilan économique du coût des changements climatiques dressé par la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie (TRNEE) dans un rapport rendu public ce matin à Ottawa. La TRNEE est une agence de consultation financée par le gouvernement fédéral, qui nomme aussi ses membres. On y retrouve des représentants du secteur des entreprises, des universitaires, des environnementalistes et des spécialistes des politiques publiques et des milieux communautaires et sociaux.

Ce rapport, le quatrième de la série «Prospérité climatique», s'est donné comme objectif de cerner les coûts d'une action concertée au Canada contre le mégaphénomène environnemental. Et aussi le coût de l'inaction à l'échelle internationale et nationale. Ce coût, précise le rapport, dépendra fondamentalement de «la croissance des émissions à l'échelle mondiale et de la croissance de l'économie et de la population du Canada».

«On peut constater, précise le rapport, qu'il y a un risque que ces coûts soient non seulement plus élevés, mais beaucoup plus élevés. Dans les années 2050, si les coûts sont estimés à 21 milliards de dollars dans le scénario de changement climatique faible, combiné à une croissance économique lente, il y a une probabilité de 5 % que ces coûts atteignent au moins 44 milliards de dollars par année; dans le scénario de changement climatique élevé et de croissance économique forte, alors que les coûts sont estimés à 43 milliards, il y a une probabilité de 5 % qu'ils atteignent au moins 91 milliards par année.»

Le rapport explique que le Canada peut contribuer à réduire ces coûts, mais il s'agit de scénarios qui sont, pour l'instant, fort éloignés des choix du gouvernement conservateur.

«Une atténuation à l'échelle mondiale conduisant à un avenir de changement climatique faible permettrait de réduire davantage les coûts à long terme pour le Canada, affirment les membres de cet organisme nommé par le gouvernement fédéral. Cette hypothèse renforce l'argument selon lequel le Canada tirerait des avantages environnementaux et économiques d'une entente internationale post-2012 sur le climat, qui permettrait au fil du temps de réduire de façon systématique les émissions de tous les émetteurs, y compris le Canada.»

Présentement, le Canada envisage de ramener d'ici 2020 ses émissions à 3 % au-dessus du niveau historique de 1990. Par contre, stabiliser la hausse du climat planétaire à 2 °C — un objectif que le Canada dit endosser — exigerait une réduction globale de 20 à 40 % des émissions planétaires d'ici 2020, selon les experts de l'ONU.

Hier, le Centre de recherche conjoint de l'Union européenne établissait dans un nouveau rapport que les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine ont été en 2010 en hausse de 5,8 % par rapport à l'année précédente. En atteignant ainsi les 33 milliards de tonnes de CO2, l'humanité aurait atteint le seuil au-delà duquel elle n'a qu'une chance sur deux de limiter la hausse du climat à 2 °C. Elle pourrait même risquer de perdre alors la possibilité de contrôler cette hausse en raison des phénomènes d'auto-alimentation du réchauffement climatique. Le seuil de 33 Gt avait été établi comme la limite à ne pas dépasser d'ici 2020, un seuil que l'humanité franchit présentement 10 ans en avance sur les prévisions les plus pessimistes.

Pour la TRNEE, les impacts d'un réchauffement d'amplitude moyenne engendreront des pertes de 17 milliards par année en 2050 dans le secteur forestier, aux prises avec de nouveaux ravageurs et une fréquence plus importante des incendies de forêt.

Le coût des inondations causées par des pluies et des crues exceptionnelles, devenues plus fréquentes et plus intenses, devrait alors se situer entre 1 et 8 milliards par an. Enfin, l'aggravation des canicules et l'augmentation de leur durée vont provoquer des hausses de décès dans les quatre grandes villes étudiées, soit Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver. Les impacts de cette situation sur la qualité de l'air seront importants: pour Toronto seulement, ces coûts devraient atteindre de 3 à 11 milliards par année vers 2050. Vancouver sera la deuxième ville touchée en importance en matière de santé publique.

Mais, précise le rapport, une politique d'adaptation, basée sur une relance des études et bilans gouvernementaux sur les changements climatiques, permettrait de réduire ces coûts.

En forêt, les investissements dans l'adaptation procureraient des bénéfices 38 fois supérieurs aux coûts dans un scénario de croissance rapide, et de 9 fois dans un scénario faible. Dans les zones côtières, interdire les nouvelles constructions dans les zones inondables et le retrait stratégique des constructions existantes dans ces secteurs — le contraire de ce que Québec a fait à Saint-Jean-sur-Richelieu! — pourrait ramener les coûts à 3 ou 4 % seulement de ceux d'un scénario de statu quo.

Mais une politique de remplacement des toits actuels par des toits verts pour réduire l'effet d'îlot de chaleur dans les grandes villes engendrerait des coûts supérieurs aux bénéfices. La TRNEE n'a toutefois pas examiné le scénario des toits réfléchissants, beaucoup moins chers. Par contre, précise le rapport, le recours aux technologies de lutte contre la pollution atmosphérique pour limiter la formation d'ozone au sol (smog) «s'est avéré rentable» dans les examens coûts-bénéfices.

Afin de stabiliser ces coûts dans le cadre d'une action internationale concertée, le «Canada doit investir dans le développement de l'expertise de notre pays dans les aspects économiques du changement climatique et de l'adaptation afin que nous disposions de nos propres données et analyses pertinentes, centrées sur le Canada, pour les décideurs du secteur public et du secteur privé», conclut notamment le rapport de la TRNEE.

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