Gaz de schiste - Junex se retire du comité d'évaluation

«Après quelques rencontres au sein du comité, je constate que ma présence pourrait être conflictuelle à certains égards. Afin de ne pas nuire à la crédibilité de ce comité et dans le respect de ses membres, je me dois de retirer ma participation à cet important dossier», précise le communiqué diffusé hier par Junex au nom de son président. Ce dernier a toutefois précisé qu'il «demeure disponible pour contribuer à titre d'expert» aux travaux du comité si le besoin s'en fait sentir.

Des choix contestés

Le choix du président de Junex et de Mariane Molgat, une spécialiste en géologie qui travaille pour Talisman Energy, a été fortement contesté par les groupes écologistes et de la société civile depuis la formation du comité d'experts chargé d'évaluer les modalités de développement de cette filière, à l'exclusion du sujet principal réclamé par la société civile, soit la pertinence de ce développement.

Dans le cas de Mme Molgat, plusieurs ont fait remarquer que sa société paye le salaire de Lucien Bouchard à titre de président de l'Association gazière et pétrolière du Québec. Les deux, M. Lavoie et Mme Molgat, sont aussi enregistrés comme lobbyistes auprès du gouvernement québécois.

Pour André Bélisle, le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), la «représentante de Talisman devrait tirer la ligne tout autant que M. Lavoie» en raison de ce qu'il perçoit comme un véritable «conflit d'intérêts». Et cela, même si ces deux personnes ont été sélectionnées par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Le président de Junex a précisé hier sur le réseau Canoë qu'il se trouvait en «conflit d'intérêts» puisque le comité auquel il siégeait devait se prononcer sur la pertinence de délivrer des permis d'exploration à certains projets. Il a par contre refusé de dire si sa collègue de Talisman Energy devrait elle aussi démissionner, comme l'a réclamé hier l'AQLPA en ajoutant que tout le dossier devrait être placé sous l'autorité des commissaires du BAPE qui ont dirigé la consultation publique de l'automne dernier pour le doter d'un minimum d'indépendance.

«Nous avons dit et répété en fin de semaine devant les 10 000 à 15 000 personnes venues manifester contre l'exploration des gaz de schiste, ajoutait André Bélisle, que ce comité manque de crédibilité, pas seulement parce qu'on y trouve des représentants de Junex et de Talisman, mais aussi plusieurs fonctionnaires qui travaillent pour un gouvernement voué à la promotion de cette filière. Michel Lamontagne, qui représente la société civile, est un ancien président de Réseau environnement, un groupe d'affaires qui espère sa part du gâteau [...]. Nous, on pense que Mme Corinne Gendron, l'autre représentante de la société civile dont on respecte la rigueur et la compétence, est néanmoins elle aussi dans une situation délicate.»

La chaire universitaire que dirige Mme Gendron à l'Université du Québec à Montréal a obtenu 330 000 $ de Cascades, de Loto-Québec et de Boréalis à la mi-juin. Or on retrouve Laurent Lemaire, vice-président de Cascades, au conseil d'administration de Junex. Par ailleurs, Junex et Gestion Bernard Lemaire sont partenaires dans le permis d'exploration de Galt, un autre projet d'exploration qui couvre 16 803 acres en Gaspésie.

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