Projet immobilier à l'île Charron - Une étude évalue à la baisse la valeur du terrain

Investissement Luc Poirier veut construire 2500 habitations à la porte du parc national des Îles-de-Boucherville, dont on voit ici l’entrée sur l’île Charron.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Investissement Luc Poirier veut construire 2500 habitations à la porte du parc national des Îles-de-Boucherville, dont on voit ici l’entrée sur l’île Charron.
C'est ce qu'a soutenu hier la Coalition pour la protection de l'île Charron sur la foi d'une étude réalisée par Florence Junca-Adenot, la directrice d'Urba 2015. Selon la Coalition, «ce terrain est loin de la valeur prétendue par le propriétaire».

Mais les négociations en vue de son acquisition pressent, a soutenu Coralie Deny, du Conseil régional de l'environnement de Montréal, car le deuxième moratoire institué par Québec sur ces terrains pour y empêcher toute construction prend fin le 29 octobre et ne peut être renouvelé en vertu de la loi régissant les expropriations.

Les quelques rencontres intervenues entre les représentants du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) et Investissement Luc Poirier se sont vite avérées un échec.

Selon nos informations, le promoteur réclame 37 millions pour ce terrain acquis pour 6 millions auprès du Mouvement Desjardins qui a omis, malgré sa politique, d'en faire un don exceptionnel à la population québécoise et métropolitaine. Québec aurait offert 18 millions, ce que le promoteur aurait trouvé si «ridicule» qu'il aurait immédiatement quitté la table. Il base son évaluation sur la vente de l'île Lapierre, dans la rivière des Prairies. Montréal a déboursé 4 millions pour cette acquisition, montant auquel Canards illimités aurait ajouté 8 millions sous forme de dons écologiques.

Mais, explique Mme Junca-Adenot, le coût des infrastructures préalables à la construction sur l'île Charron se situerait entre 28 et 37 millions. On parle ici de canalisations, de lignes de transport électrique, de système de pompage d'eau potable, d'eaux usées, etc. De plus, son étude évalue à près de 1 million par année les coûts d'entretien et de fourniture des services publics, sans compter l'ajout de 1250 voitures aux heures de pointe à l'entrée déjà saturée du tunnel Louis-H.-Lafontaine, qui va en outre entrer sous peu en phase de rénovation.

Parc menacé


Le parc des Îles serait menacé à plusieurs égards par ce projet, notamment par l'arrivée d'une population résidente qui aurait tendance à en faire sa cour arrière, sans parler de la destruction quasi totale de la deuxième forêt en importance de l'archipel.

Selon l'étude de Mme Junca-Adenot, le promoteur ne peut pas construire 2500 unités résidentielles sur ce terrain, mais 620 en vertu du zonage longueuillois et du plan d'aménagement de la CMM, qui en fait un territoire récréotouristique.

De plus, comme on trouve 9 ha de milieux humides sur les 20,5 ha du promoteur, il peut tout au plus prétendre y construire non pas 620, mais 320 unités. Et encore, a soutenu la Coalition, car comme on trouve la couleuvre brune dans ces terrains humides et que ces derniers sont connectés au fleuve, le ministère — qui veut obtenir ces terrains — peut en vertu de ses propres règles refuser tout certificat d'autorisation pour empiéter sur ces milieux.

Pour la Coalition, le ministère des Transports, responsable des acquisitions, doit cesser d'évaluer des terrains de ce genre avec les règles dépassées des évaluateurs privés. Il doit notamment tenir compte des facteurs qui réduisent leur valeur réelle, comme la présence d'espèces rares ou de milieux humides, et des coûts indirects refilés à la société pour augmenter le profit du promoteur et pour éviter aux contribuables des déboursés inutiles. En plus, dans ce cas-ci, pour éviter aussi un projet susceptible de dénaturer le plus petit parc national du sud du Québec et le plus achalandé avec 300 000 visiteurs par an.

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