Gaz de schiste - Pas de feu vert social sans évaluation stratégique

Le meilleur moyen de susciter une réelle acceptabilité sociale envers les projets d'exploration et d'exploitation des gaz de schiste, c'est d'envisager une «évaluation environnementale stratégique» de l'implantation de cette filière dans les milieux urbains ou ruraux du sud du Québec.

C'est ce qu'a soutenu hier Christiane Gagnon, une experte de l'Université du Québec à Chicoutimi, qui a étudié les impacts de différents projets industriels, répartis sur plusieurs années.

Cette dernière a de plus suggéré à Québec de mettre sur pied une équipe d'experts qui pourraient conseiller les petites municipalités face au puissant lobby industriel des gaz de schiste afin, dit-elle, de mettre tous les acteurs municipaux sur un pied d'égalité devant cette industrie. Elle a de plus insisté sur la nécessité de créer des groupes ou comités de suivi qui pourront surveiller l'évolution des projets dans le temps au profit de la population et des élus.

Québec a amorcé une étude environnementale stratégique sur les impacts de l'exploration et de l'exploitation pétrolière et gazière dans le golfe et l'estuaire du Saint-Laurent. Une telle étude est normalement suivie d'une évaluation stratégique par une commission indépendante, soit l'équivalent de l'audience générique que plusieurs groupes et personnalités publiques réclament depuis des mois dans le dossier des gaz de schiste.

Aux commissaires qui voulaient savoir comment Mme Gagnon faisait pour différencier le réflexe du «pas dans ma cour» de préoccupations qu'il faut gérer objectivement, l'experte a répondu que la différence se situait dans les discours limités aux problèmes d'ordre personnel ou qui visent plutôt l'intérêt général, comme la sécurité collective, le paysage, le climat, etc.

C'est d'ailleurs l'avancement d'une des quatre études environnementales stratégiques en cours au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) qui a conduit ce ministère à décréter un moratoire sur la partie estuaire du Saint-Laurent, compte tenu des impacts appréhendés. Présentement, la réglementation québécoise sur l'évaluation des impacts environnementaux prévoit l'équivalent d'une évaluation indépendante des études environnementales stratégiques. Mais l'article du règlement, adopté par le Conseil des ministres, attend depuis plus de 20 ans d'être publié dans la Gazette officielle pour qu'il devienne obligatoire au Québec d'évaluer les politiques et les programmes gouvernementaux, comme une politique de développement des gaz de schiste.

La commission du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) se penchait hier sur l'acceptabilité de la filière des gaz de schiste et ses impacts sur la santé publique. Du début à la fin des témoignages entendus hier après-midi, les experts de la Sécurité publique, de la Santé et de l'Environnement ont répété aux commissaires qu'ils ne pouvaient émettre d'opinions ou de réponses factuelles à leurs questions compte tenu du peu de temps qu'ils ont eu pour étudier le dossier ou pour élaborer des solutions comme des plans d'urgence standard pour cette industrie, lesquels deviendront obligatoires, a promis le porte-parole du MRNF.

Exploitation rentable?

En soirée, Hope Deveau-Henderson, directrice de Talisman et représentante de l'APGQ, a répété que la rentabilité du shale de l'Utica n'était toujours pas assurée. À l'heure actuelle, le seuil de rentabilité des puits forés au Québec serait plus élevé qu'ailleurs sur le continent. Le prix sur le marché doit se situer à un minimum de «5,20 $ à 5,40 $». Or, le prix actuel est de moins de 4 $. Et si les experts prévoient une remontée au cours des prochains mois, ceux-ci devraient demeurer très bas, notamment en raison d'une hausse importante de l'offre et de la lenteur de la reprise économique.

Difficile, donc, de savoir quand et dans quelle mesure l'exploitation du gaz du sous-sol du Québec sera rentable. Qui plus est, le rythme de développement actuel n'est pas assez important pour assurer la rentabilité de l'industrie, selon Mme Deveau-Henderson.

Cela n'a pas empêché le représentant du ministère des Finances, Luc Monty, d'évoquer la possibilité d'«exporter» éventuellement une partie de la production gazière.

Appelé à évaluer l'impact économique de l'exploitation du gaz de schiste, il a présenté des chiffres similaires à ceux contenus dans l'étude publiée la semaine dernière par SECOR. Ce dernier a en outre précisé que «le taux de redevances actuel est de 10 %». Et ce taux pourrait demeurer. Pour atteindre un taux de 12,5 %, un puits devrait produire plus de 84 000 m3 de gaz par jour, ce qui constitue «une production assez élevée». Or, a-t-il affirmé, «présentement, aucun puits découvert» n'atteindrait une telle production.

Par ailleurs, «l'essentiel des redevances est versé dans les cinq premières années» de l'exploitation d'un puits et elles sont «moins élevées» au fur et à mesure que les années passent.

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