«Climategate»: une enquête blanchit les scientifiques

«Nous avons conclu que la rigueur et l’honnêteté des scientifiques ne faisaient aucun doute mais nous avons conclu qu’il y a eu une tendance manifeste à ne pas faire preuve de l’ouverture adéquate», a déclaré l’auteur du rapport, Muir Russell, ancien président de l’université écossaise de Glasgow.

Il s’agit de la troisième enquête sur l’affaire dite du «Climategate», déclenchée par la publication sur Internet en novembre dernier d’un millier de courriels échangés par des climatologues réputés et piratés dans les ordinateurs de l’Unité de recherche climatique (CRU) de l’Université d’East Anglia.

Les «climatosceptiques» se sont emparés de cette correspondance qui prouve selon eux que les experts ont manipulé les données pour étayer la thèse désormais admise par la plus grande partie de la communauté scientifique du réchauffement climatique et de son origine humaine.

La polémique avait éclaté juste avant le sommet international des Nations unies sur le changement climatique organisé à Copenhague en décembre.
Dans les messages interceptés, les chercheurs critiquaient leurs détracteurs dans des termes vifs, discutant des moyens de faire barrage à ceux qui contestent l’origine humaine du changement climatique, y compris dans les publications spécialisées.

Le chef du CRU, Phil Jones, a dû démissionner. Le document qui a le plus enflammé les climatosceptiques est en effet un courriel dans lequel M. Jones mentionnait «une astuce» employée pour «cacher la baisse» des températures dans le monde. Le rapport Russell conclut qu’il n’y a pas eu de falsification de la tendance mais que le graphique exploitant ces données était involontairement «erroné».

Si le rapport Russell conclut que ni Phil Jones, ni les autres scientifiques n’ont altéré les données sur le climat, il reproche à l’université son manque de coopération avec les demandes dans le cadre de la loi sur la liberté de l’information, ce pour quoi l’établissement s’était déjà fait épingler par l’organisme de surveillance de la protection des données.

Le président de l’Université d’East Anglia, Edward Acton, a déclaré que Phil Jones, ayant été «complètement blanchi», pourrait revenir au CRU en tant que directeur de la recherche, une nouvelle fonction dépourvue de responsabilités administratives. Il a assuré que l’université avait revu sa gestion des demandes d’information.

Une enquête parlementaire britannique avait déjà apporté son soutien aux scientifiques impliqués dans cette affaire, et une autre enquête indépendante avait levé les soupçons de manipulation des données scientifiques, sans convaincre les climatosceptiques.

L’impact de la polémique sur l’opinion publique est difficile à évaluer, mais selon un sondage Ipsos MORI publié en juin, 78 % des Britanniques estiment que le climat mondial est en train de changer, contre 91 % il y a cinq ans, et 71 % se disent inquiets du réchauffement de la planète, contre 82 % en 2005.

Certains scientifiques estiment que la polémique a libéré la parole. Pour Mike Hulme, qui enseigne le changement climatique à l’Université d’East Anglia, «la publication des courriels a marqué un tournant». «Il y a déjà un nouveau ton. Les chercheurs sont plus francs, ouverts, et explicites au sujet de leurs incertitudes, par exemple», expliquait-il, interrogé par le Guardian avant la sortie du rapport Russell.

Un avis que partage Bob Ward, directeur de la communication à l’Institut Grantham de recherche sur le changement climatique à l’Ecole d’économie de Londres: «il est nécessaire de rétablir la confiance.»

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