«Le tissu vivant de la planète est une assurance vie»

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Champ de tournesols en Inde
Photo: Archives Le Devoir Champ de tournesols en Inde

Le Jour de la Terre fait sienne cette année une préoccupation qui a amené l'Organisation des Nations unies à déclarer que l'année 2010 serait celle de la biodiversité. Initiatives, donc, pour un 22 avril. Mais surtout, comme le souligne le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, il y a urgence d'agir.

Un protocole sur l'accès et le partage des bénéfices découlant des ressources génétiques devrait être adopté en octobre prochain à Nagoya, au Japon. Et pour cause. La détérioration de la diversité biologique, au rythme actuel, risque d'accroître la pauvreté et d'entraver le développement des pays les moins bien nantis. C'est pourquoi le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique se concentre à intégrer la conservation, l'utilisation durable et l'accès à la biodiversité aux Objectifs du millénaire pour le développement (ODM).

Atténuer la pauvreté


«Lorsqu'on est pauvre, on détruit la biodiversité parce qu'on doit prendre sur les ressources.» Faux, réplique Didier Babin, chargé de programme au Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, qui travaille sur les liens entre la biodiversité et le développement. Il fulmine contre ce «prêt-à-penser» qui a été véhiculé par certaines organisations internationales, dont la Banque mondiale. «Ce sont des généralités contredites par l'observation et par les faits, justifie-t-il. Il y a une petite théorie qui dit: "On va d'abord se développer et ensuite on aura de l'argent pour protéger la nature". Il y a plein d'endroits où ça ne peut pas marcher.»

Dans les officines du Secrétariat, on cherche plutôt les moyens de rendre accessibles ces services écosystémiques aux populations les plus pauvres ou de leur donner, par le biais d'une utilisation durable, la possibilité de survivre, voire de se développer grâce à la biodiversité. Le partage juste et équitable des avantages qui découlent de l'utilisation des ressources génétiques constitue d'ailleurs l'un des trois objectifs principaux de la Convention. La Journée internationale de la diversité biologique, décrétée le 22 mai par l'Organisation des Nations unies, se déroulera cette année sur le thème de «La biodiversité pour le développement et l'atténuation de la pauvreté».

Arbres, plantes, microbes, champignons, bactéries, animaux, insectes ainsi que le fruit des foisonnantes interactions de toute cette faune et cette flore offrent à l'humanité un riche éventail de services, parfois utilisés, parfois trop méconnus. Or, dans les pays où les infrastructures humaines et les dispendieuses technologies ne sont pas à portée de la main pour subvenir aux besoins essentiels, la biodiversité constitue un apport exceptionnel. «On s'aperçoit surtout que les plus pauvres, ceux qui sont souvent démunis de tout, n'ont qu'une ressource gratuite. Elle provient de la biodiversité et des services écosystémiques qui sont fournis par la nature», affirme Didier Babin.

Vivre en zone rurale

Selon le document intitulé Biodiversité, développement et réduction de la pauvreté qu'a publié l'ONU, 70 % de la population pauvre du monde vit dans des zones rurales et dépend directement de la biodiversité pour sa survie et son bien-être. Plus de trois milliards de personnes dépendent de la diversité biologique marine, particulièrement dans les pays pauvres, où la pêche est une source primaire de nourriture. Or, selon des estimations de la FAO, les trois quarts des ressources halieutiques ont déjà été pêchées jusqu'à leur limite biologique par suite d'une surexploitation dont les pays industrialisés sont responsables. Aussi, les trois quarts de la population mondiale s'en remettent à la médecine traditionnelle à base de plantes. Mais un certain nombre de ces plantes sont dorénavant menacées d'extinction.

«Ce tissu vivant de la planète, c'est aussi une formidable assurance. C'est une sorte d'assurance vie», avertit M. Babin. Outre la satisfaction des besoins individuels, la biodiversité, dans son amalgame complexe, a aussi construit des filets de sécurité souvent mésestimés pour les populations. «On s'est aperçu que des zones sous-marines, des récifs coralliens ou ce type de barrière naturelle qui vivent sont en fait des remparts contre des

tsunamis ou ce genre de catastrophe», prend-il pour exemple, avant de prévenir que, «une fois que cette protection naturelle et gratuite a disparu, ça peut avoir des conséquences. Les tsunamis montent plus haut, sont plus violents, sont plus rapides et entraînent plus de dégâts.»

Vulnérabilité

Après la perte d'un service écologique semblable, les pays pauvres deviennent les plus vulnérables. «Ces pays n'ont pas nécessairement les moyens de faire des digues, de faire une protection physique avec un aménagement, un équipement, une infrastructure qui permettrait de se protéger.» Faute de construire «des aménagements qui sont très coûteux», ils sont sujets à subir plus violemment les instabilités de la nature. Cette fragilité doit être palliée rapidement, surtout à un moment charnière de la planète où les changements climatiques risquent de déstabiliser davantage notre environnement.

Une bonne conservation de la diversité biologique peut permettre aux pays à risque de mieux s'adapter aux conséquences inévitables et irréversibles du réchauffement de la planète. «La biodiversité, c'est un potentiel d'adaptation», résume Didier Babin. Son aspect dynamique garantit une certaine résilience là où les onéreuses technologies ne sont pas disponibles pour sauver le jeu.

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