Investissement environnemental à Cacouna - La solution la plus coûteuse et la moins efficace a été retenue

Le digesteur anaérobique qui a été inauguré en grande pompe par les premiers ministres du Québec et du Canada à Rivière-du-Loup avant-hier était le dernier choix de l'«étude de faisabilité technique et économique» réalisée à la fin de 2007 par cette MRC et ses consultants, Collectivités écologiques du Bas-Saint-Laurent.

C'est ce qui ressort en effet du document demeuré confidentiel jusqu'ici, qu'a obtenu Le Devoir d'une source bien informée.

Selon cette étude payée par la MRC, c'est le système de compostage des résidus mixtes à la ferme, soit à ciel ouvert sur de petites plates-formes bétonnées, qui avait obtenu alors la plus haute note, soit 81 %. Mais cette solution, que proposaient les agriculteurs de la région à la suite d'un projet-pilote en 2006 au Kamouraska, avait comme inconvénient d'être peu adaptée aux déchets organiques des municipalités de plus de 2000 personnes, comme Rivière-du-Loup. C'était aussi la solution la moins chère, avec des coûts de 15 à 20 $ la tonne.

Mais c'est une solution assez similaire, soit le compostage aérobique (à l'air libre) sur une vaste plate-forme installée près du site d'enfouissement de la MRC à Rivière-des-Vases, que proposait l'étude de faisabilité de la MRC. Cette solution permettait de traiter les déchets des 13 municipalités avec un maximum de gains environnementaux, économiques et sociaux. Globalement, cette solution recevait un pointage de 79 %. En plus de traiter les boues d'épuration municipales, son coût de revient se situait entre 35 et 40 $ la tonne.

Quant à la digestion anaérobique finalement choisie et financée par Québec et Ottawa, elle permet de composter les déchets organiques dans une sorte d'étuve géante en l'absence d'air. Mais cette solution obtenait le plus bas pointage, soit 71 %. Son coût de revient à la tonne était un des plus élevés, soit entre 65 et 70 $ la tonne si les biogaz n'étaient pas vendus, et autour de 50 $ la tonne s'ils l'étaient. Ils ne seront pas vendus finalement, mais utilisés dans les camions à déchets en remplacement du pétrole.

Le coût de construction prévu à l'époque, soit entre 2 et 3 millions selon l'évaluation de la firme Envirogaz, est finalement passé à 14,5 millions en deux ans, selon les investissements confirmés par les premiers ministres Jean Charest et Stephen Harper mardi. C'est pourtant la même firme, soit Envirogaz, qui est devenue la partenaire des municipalités de la région, qui détiendront ensemble 51 % des actions de la société mixte ainsi créée. Le futur digesteur anaérobique ne pourra que marginalement traiter des boues d'épuration municipales, confirmait de son côté le directeur général de la MRC, Raymond Duval.

Ce dernier, surpris d'apprendre qu'un exemplaire de son étude de faisabilité se trouvait entre les mains du Devoir, ne se rappelait pas que le scénario d'Envirogaz arrivait au dernier rang des solutions évaluées dans sa propre étude. Vérification faite, il en a convenu, mais il ne pouvait expliquer comment la solution d'Envirogaz était passée en deux ans de la queue à la tête de la liste.

«Vous m'étonnez moi-même, a-t-il dit. Qu'est-ce qui explique ça? Je ne puis l'expliquer maintenant. On a dû compléter ou refaire cette analyse. En toute candeur, je suis incapable d'expliquer le changement en question.»

M. Duval a promis qu'il nous reviendrait cependant avec la réponse, d'autant plus que le prix de la solution retenue a été multiplié par quatre en deux ans.

Le digesteur anaérobique retenu pourra traiter 20 000 tonnes de déchets organiques par année. La MRC produit en milieu résidentiel près de 8000 tonnes de déchets organiques et près de 19 000 tonnes du côté de ses industries, commerces et institutions.

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