Le pont Champlain risque de s'effondrer

Le pont Champlain
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le pont Champlain

Le gouvernement du Canada annoncera ce matin un investissement majeur concernant le pont Champlain, dont le risque d'effondrement a été détecté par des experts qui en recommandent le remplacement pressant.

Le cabinet du ministre fédéral des Transports, Chuck Strahl, a donné l'assurance hier qu'il n'y avait aucun danger dans l'immédiat pour les automobilistes d'emprunter le pont Champlain. Mais du même souffle, on s'empresse d'ajouter qu'il y aura des fonds importants pour ce dossier.

Cyberpresse a révélé hier la teneur de deux rapports d'experts qui concluent à la fragilité du pont Champlain. Les défaillances sont si importantes que le pont le plus fréquenté au pays pourrait s'écrouler, expliquent les ingénieurs de la firme ontarienne Delcan dans une analyse faite à la demande de la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain.

«Il a été reconnu qu'il y a un risque d'effondrement partiel du pont, ou même d'un effondrement d'une travée (une partie du pont entre deux piliers)», relate Cyberpresse.

Dans le deuxième rapport, la recommandation pour régler le problème est claire: «Le pont Champlain doit être remplacé par une nouvelle structure. Un processus rapide doit être enclenché afin que le remplacement commence le plus tôt possible. En attendant, les travaux actuels de réhabilitation doivent se poursuivre.»

Ces rapports auraient été transmis à la mi-décembre à Transports Canada, qui les a fait suivre à Chuck Strahl. Or, en janvier dernier, alors que Le Devoir avait recueilli des informations selon lesquelles la solidité de Champlain était remise en question, le cabinet du ministre affirmait qu'il n'en était rien. La situation apparaissait d'autant plus préoccupante que le camionnage venait d'être interdit sur le pont Mercier pour des raisons de sécurité, ce qui a augmenté de façon importante la charge que le pont Champlain doit maintenant supporter.

Au même moment, les experts avaient sonné l'alarme. Ces derniers notent que la section située entre la partie centrale et l'île des Soeurs est particulièrement endommagée. «Les travées de béton précontraint sont dans un état si sérieux que la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain a demandé que des structures de soutien d'urgence soient fabriquées et installées à proximité du pont dans l'éventualité où une poutre latérale serait perdue. Ceci est une action très inhabituelle et démontre un manque de confiance envers ces poutres latérales», ont écrit les ingénieurs de Delcan.

Depuis déjà quelques années, la dégradation prématurée du pont Champlain est documentée. Les inspections annuelles des firmes privées de génie Dessau (2005-2007) et Tecsult (2008-2011) ont démontré les signes de corrosion importante de la structure qui date de 1962. C'est dans ce contexte que le gouvernement a lancé, en 2009, un programme d'entretien de 212 millions, sur une période de 10 ans.

De façon concomitante, Ottawa a commandé une étude de préfaisabilité pour le remplacement du pont Champlain. L'étude, dont Le Devoir a une copie, mentionne que ces investissements, bien que nécessaires afin de prolonger la vie de la structure, ne permettent pas pour autant de «rehausser son niveau de performance sismique et [de] réhabiliter son tablier». En clair, les travaux de réfection effectués ne peuvent garantir la sécurité du pont.

Selon les quatre firmes de génie-conseil (BPR, Cima +, Desau et Egis) signataires de l'étude, le pont Champlain présente «un manque substantiel de résistance» en cas de tremblement de terre. «La superstructure de béton du pont Champlain actuel, qui représente près de 80 % de la longueur totale du pont, a cette particularité que les semelles supérieures des poutres font partie du tablier.[...] La réhabilitation du tablier [...] impliquerait une reconstruction complète de toutes les travées», peut-on lire dans le document.

Les rapports obtenus par Cyberpresse soulignent le même problème sur le plan de la résistance sismique. «En résumé, ce pont n'est pas dans une condition lui permettant de continuer à servir de lien majeur au-dessus du fleuve Saint-Laurent. Il ne peut pas continuer à soutenir un lourd trafic de véhicules, de camions et d'autobus sans certains risques, lesquels ne peuvent pas être quantifiés.»

Il s'agit d'un élément qui milite en faveur du remplacement du pont Champlain. L'étude de préfaisabilité estime les coûts de ces travaux entre 1,3 et 2 milliards de dollars. Mais ces calculs ne tiennent pas compte d'éléments essentiels à la réalisation d'un ouvrage de cette envergure. Il s'agit notamment des approches routières, de la réfection ou de la démolition de l'estacade, des aménagements sur le nouveau pont pour la construction d'un système léger sur rail (SLR), du remplacement du pont menant à l'île des Soeurs, de la réfection et de l'élargissement de l'autoroute 15 entre le pont et l'île des Soeurs ainsi que des études d'avant-projets et des coûts de gestion.

Comme le révélait il y a deux mois Le Devoir, selon des sources proches du dossier, la construction d'un nouveau pont pourrait coûter au moins six milliards de dollars. Bien que le pont Champlain soit de compétence fédérale, le gouvernement du Québec sera appelé à contribuer financièrement au projet. Déjà, il a partagé la facture pour l'étude de préfaisabilité.

Les experts proposent que Québec hérite de 30 % des coûts de construction, d'exploitation et d'entretien compte tenu de l'espace occupé sur le nouveau pont pour le transport collectif. Des discussions sont en cours entre les deux ordres de gouvernement.

L'annonce de ce matin sera faite par le sénateur Larry Smith, qui rencontrera les médias au nom du ministre Strahl, qui ne parle pas français. 

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